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Centenaire de Jean Paul II : portrait de Benoit XVI

Publiée le 19-05-2020

Extraits de la Lettre du Pape Benoit XVI au diocèse de Cracovie, en Pologne, à l'occasion du centenaire de la naissance de Saint Jean MPaul II, le 18 mai 2020

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[…] Quand, le 16 octobre 1978, le cardinal Wojtyla a été élu successeur de saint Pierre, l’Église se trouvait dans une situation dramatique.  Les débats du concile avaient été présentés au public comme une controverse portant sur la foi elle-même, et celle-ci paraissait ainsi privée de son caractère de certitude infaillible et inviolable.  Par exemple, un curé bavarois décrivait la situation avec ces mots : « En fin de compte, nous sommes tombés dans une foi fausse. »

Cette sensation que rien n’était plus certain, que tout pouvait être mis en discussion, fut encore alimentée par la manière dont la réforme liturgique a été menée.  En définitive, il semblait que même dans la liturgie, on pouvait tout créer soi-même.  Paul VI avait conduit le Concile avec décision et vigueur jusqu’à son terme, après quoi il a du affronter des problèmes de plus en plus difficiles, qui à la fin ont mis l’Église elle-même en question.  Les sociologues de l’époque comparaient la situation de l’Église à celle de l’Union Soviétique sous Gorbatchev, où en cherchant les réformes nécessaires, c’est toute la puissante image de l’État soviétique qui avait fini par s’écrouler.

Ainsi donc, se dressait devant le nouveau Pape une tâche très difficile à affronter avec les seules capacités humaines.  Mais dès le départ, Jean-Paul II a fait preuve d’une capacité à susciter une admiration renouvelée pour Christ et son Église.  Il s’agissait tout d’abord des mots prononcés au début de son pontificat, son cri : « N’ayez pas peur !  Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ».  C‘est qui a donné le ton de tout son pontificat, le posant on rénovateur et libérateur de l’Église.  Ceci parce que le nouveau pape était issu d’un pays où le Concile avait été accueilli de manière très positive.  Le facteur décisif n’a pas été celui de douter de tout mais de tout renouveler avec joie.

Au cours de 104 grands voyages pastoraux qu’il a accomplis dans le monde entier au cours de son pontificat, il a prêché l’Évangile comme une joyeuse nouvelle, montrant ainsi notamment le devoir de recevoir le bien et le Christ.

En 14 encycliques, il a présenté d’une manière nouvelle la foi de l’Église et son enseignement humain.  Inévitablement, cela lui a valu l’opposition des Églises occidentales, remplies de doutes.

Il me semble aujourd’hui important de souligner l’élément central à partir duquel il faut lire le message contenu dans tous ces textes, et cet élément s’est présenté à nos yeux à l’heure de sa mort.  Le Pape Jean-Paul II est mort aux premières heures de la fête de la Divine Miséricorde qu’il avait lui-même instituée.

Je voudrais ajouter ici une petite note personnelle pour montrer quelque chose d’important pour bien comprendre l’essence et la conduite de ce pape.  Depuis le départ Jean-Paul II est resté très marqué par le message de la s½ur de Cracovie Faustine Kowalska, qui avait présenté la miséricorde de Dieu comme le centre essentiel de toute la foi chrétienne et qui avait voulu instituer la fête de la Divine Miséricorde.  Après avoir pris conseil, le Pape avait prévu qu’elle ait lieu le dimanche « in albis ».  Toutefois, avant de prendre une décision définitive, il a demandé l’avis de la Congrégation pour la doctrine de la foi pour déterminer l’opportunité d’un tel choix.  Nous avons rendu un avis négatif en considérant qu’une date aussi importante, ancienne et riche de signification telle que dimanche « in albis » ne devait pas être alourdie par des idées nouvelles.  Pour le Saint-Père, cela n’a clairement pas été facile d’accepter notre « non ».  Mais il l’a fait en toute humilité et a accepté notre second « non ».  Finalement, j’ai formulé une proposition qui, tout en laissant au dimanche « in albis » son sens historique, lui permettait d’introduire la miséricorde de Dieu dans son acception originale.  En de nombreuses occasions, j’ai été impressionné par l’humilité de ce grand pape, qui renonçait aux idées qui lui tenaient à c½ur quand il n’avait pas l’aval des organes officiel, qui – selon l’ordre habituel des choses – devait être sollicité.

Quand Jean-Paul II rendit son dernier soupir en ce monde, nous étions déjà après les premières vêpres de la fête de la Divine Miséricorde.  Et cela a illuminé l’heure de sa mort : la lumière de la miséricorde de Dieu a baigné sa mort comme un message de réconfort.  Dans son dernier livre, « Mémoire et identité », sorti presque à la veille de sa mort, le Pape a encore une fois brièvement présenté le message de la miséricorde divine.  Dans celui-ci, il soulignait que s½ur Faustine était morte avant les horreurs de la seconde guerre mondiale mais qu’elle avait déjà fourni la réponse du Seigneur à ces horreurs : « le mal ne remporte pas la victoire définitive !  Le mystère pascal confirme que le bien, en définitive, est victorieux, que la vie l’emporte sur la mort et que l’amour triomphe de la haine ».

Toute la vie du Pape a été centrée sur cette proposition d’accepter subjectivement comme sien le centre objectif de la foi chrétienne – l’enseignement du salut – et de permettre aux autres de l’accepter.  Grâce au Christ ressuscité, la miséricorde de Dieu est pour tous.  Même si ce centre de l’existence chrétienne ne nous est donné que par la foi, il a également un sens philosophique parce que – étant donné que la miséricorde divine n’est pas une donnée de fait – nous devons également nous accommoder d’un monde dans lequel le contrepoids final entre le bien et le mal n’est pas reconnaissable.

Au-delà de ce sens historique objectif, nous devons tous savoir qu’en définitive, la miséricorde de Dieu se révélera plus forte que notre faiblesse.  Nous devons à présent trouver l’unité intérieure du message de Jean-Paul II et les intentions fondamentales du Pape François.  Contrairement à ce que l’on dit parfois, Jean-Paul II n’est pas un rigoriste de la morale.  En démontrant l’importance essentielle de la miséricorde divine, il nous donne la possibilité d’accepter les exigences morales qui se posent à l’homme, bien que nous ne pourrons jamais les satisfaire pleinement.  Nos efforts en matière de morale sont entrepris à la lumière de la miséricorde de Dieu, qui se révèle être une force qui guérit notre faiblesse.  […]

 

 

 

 

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