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Sermon de la Messe en l'honneur des saints Innocents. St Bernard

Publiée le 28-12-2011

     1. Béni soit le Seigneur Dieu, qui vient au nom de Dieu et qui a lui parmi nous. Béni soit son nom de gloire qui est aussi un nom de sainteté, le fruit saint des entrailles de Marie n'est pas venu pour rien, mais il a répandu parmi nous,, avec une grande abondance, le nom et la grâce de la sainteté. C'est par lui, en effet, qu'Etienne est saint, que Jean est saint, que les Innocents sont saints, Aussi n'est-ce point sans raison que trois fêtes solennelles font suite à la fête de Noël, c'est non-seulement pour que notre piété trouve un aliment dans cette succession non interrompue de fêtes, mais pour que nous comprenions bien qu'elles sont comme un écoulement, comme un fruit de la fête même de Noël. En effet, chacune de ces solennités nous rappelle trois sortes de sainteté auxquelles il serait bien difficile, je pense, d'en ajouter une quatrième, du moins parmi les hommes. Saint Etienne nous offre l'exemple d'un martyr où le fait et la volonté se trouvent réunis ; saint Jean n'eut que la volonté du martyre et les saints Innocents n'en eurent que le fait. Tous ont bu le calice du salut, l'un en esprit et en vérité, l'autre en esprit et les derniers en vérité. Le Seigneur avait dit à Jacques et à Jean. « Vous boirez en effet mon calice (Matt. XX, 23), » or il n'est pas possible de douter qu'il voulait leur parler du calice de sa passion. Lorsque s'adressant à Pierre, il lui dit : « Suivez-moi (Joan. XXI, 20) » il l'engageait évidemment à le suivre dans la voie de sa passion. « Mais lui, se retournant, voit venir après lui, le disciple que Jésus aimait, » et qui le suivait beaucoup moins encore, en marchant sur ses pas qu'en volant par le coeur à sa suite. Ainsi donc saint Jean but en effet le calice du salut, et suivit le Seigneur aussi bien que saint Pierre, bien que d'une manière différente; car s'il demeura sans souffrir effectivement dans son corps la passion du Seigneur, ce fut par suite d'une disposition toute divine, comme le Seigneur le dit expressément lui même en ces termes : «Quant à lui, je veux qu'il demeure ainsi jusqu'à ce que je revienne (Ibidem. 22). » C'est comme s'il avait dit : il veut me suivre ainsi, mais moi je veux qu'il reste comme il est.

     2. Quant aux saints Innocents, quelqu'un doute-t-il de leurs couronnes? On ne peut douter que les enfants massacrés pour Jésus-Christ aient reçu la couronne du martyre, que lorsqu'on doute si ceux qui sont régénérés en Jésus-Christ, sont comptés au nombre des enfants d'adoption. Comment peut-on croire en effet que cet enfant qui est né pour nous, non point contre nous, aurait souffert que les. enfants, nés en même temps que lui, fussent, mis à. mort à cause de lui, s'il n'avait point voulu leur assurez quelque chose de meilleur que la vie? De même qu'à cette époque, la seule circoncision, sans aucun acte de la volonté des enfants qui la recevaient, et maintenant le baptême suffit, de même pour le salut, ainsi le martyre souffert pour Jésus-Christ a du suffire également pour les sauver. Si vous me demandez quels mérites ils ont eus aux yeux de Dieu pour être sauvés, je vous prierai de me dire quel était leur crime aux yeux d'Hérode pour être mis à mort. Est-ce que par hasard la bonté de Jésus-Christ serait moins grande pour les couronner, que la cruauté d'Hérode ne le fut pour les faire périr? Je veux bien que saint Etienne passe pour un martyr aux yeux des hommes, puisque sa mort parut volontaire de sa part, surtout quand on le voit plus inquiet pour ses propres persécuteurs, jusqu'au moment même où il rendit le dernier soupir, que pour lui-même, et oublier ses propres souffrances corporelles, pour ne songer qu'à compatir, du fond du cœur, au malheur des autres et à gémir plutôt sur leurs péchés que sur les coups qu'ils lui portaient. Que saint Jean soit aussi un martyr aux yeux des anges qui, en leur qualité d'êtres spirituels, ont vu les dispositions de son coeur, cela n'empêche point qu'ils ne soient aussi de véritables martyrs à vos yeux, ô mon Dieu, et si les hommes, ni les anges, n'ont vu aucun mérite en eux, les prévenances singulières de votre grâce ne s'en montrent pas moins pour cela en eux. Vous avez tiré la louange la plus parfaite de la bouche des enfants qui ne pouvaient point parler encore (Psal. VIII, 3). Les anges disent bien : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté (Luc. II, 14). » C'est beaucoup sans doute, mais j'ose dire que ce n'est pas encore là une gloire parfaite, tant que ne s'est pas fait entendre celui qui dit : «Laissez venir à moi les petits enfants, parce que le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent (Matth. XIX,14), » celui, dis-je, qui est la paix des hommes et les sauve dans le sacrement de sa bonté, sans le concours de leur volonté.

     3. Que ceux qui disputent sans fin sur le fait et l'intention considèrent et remarquent qu'il ne faut négliger ni l'un ni l'autre, à moins qu'il ne soient pas possible de les réunir; surtout qu'ils sachent bien que le fait ou l'intention, quand il est impossible de les réunir, non-seulement peut opérer le salut, mais même opère la sanctification. Qu'ils soient encore fermement convaincus que le fait sans l'intention est réputé méritoire, pourvu qu'il ne soit pas contredit par l'intention; car ceux qui agissent avec une volonté feinte trouvent la damnation là où les enfants trouvent le salut. De même il y a des cas où la volonté sans le fait, non pas contre le fait, suffit également. Par exemple, un homme meurt avec l'intention louable, mais imparfaite encore et stérile, de souffrir le martyre, personne n'osera dire qu'il n'est pas sauvé. En effet, il se peut que Dieu n'ait pas permis qu'il fût mis à l'épreuve, de peur qu'il ne vînt à faiblir et à se damner. Il est bien certain que s'il était exposé, avec une volonté faible, à une épreuve trop grande pour lui, et que sa volonté ne fût point fortifiée, il faiblirait, renierait sa foi, et périrait pour toujours, s'il venait à mourir en cet état. Car il est dit : « Je rougirai devant les anges de Dieu, de ceux qui auront rougi de moi devant les hommes (Luc. IX, 26). » Ainsi on peut être sauvé avec une volonté même imparfaite, lorsque le fait est impossible, on ne le peut plus quand l'acte fait défaut ou quand il est défectueux. La même chose peut se produire dans l'ignorance ; efforçons-nous donc d'avoir la charité et d'y ajouter la pratique des bonnes œuvres, et ne regardons pas d'un oeil indifférent les péchés de faiblesse et d'ignorance, et rendons grâces à notre très-bon et très-libéral Sauveur, dans les sentiments d'une âme inquiète et timorée, de ce qu'il multiplie, avec une immense charité, les occasions de salut, pour les hommes, et se plaît, lui qui veut que tous les hommes se sauvent et arrivent à la connaissance de la vérité (Joan. XVIII, 3), à trouver dans les uns le fait et l'intention réunis, dans les autres l'intention sans le fait, et, dans les troisièmes, le fait sans l'intention. Or la vie éternelle c'est que nous connaissions le vrai Dieu le Père,et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ, qui est un seul vrai Dieu avec le Père, béni par-dessus tout dans les siècles des siècles, ainsi soit-il.

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