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Cet avortement m’a complètement dépossédé

Publiée le 22-09-2015

gènétique publie un long témoignage de Michel Hermenjat, auteur du livre Cet enfant qui m’a manqué », publié aux Editions Première partie. extraits :

51iX0Qpu0XL__SX351_BO1,204,203,200_"Je me suis rappelé qu’il y avait un autre enfant que je n’avais pas su protéger. 15 ans après l’IVG, je me suis revu devant la clinique de Montchoisi à Lausanne où ma femme a avorté. Je n’avais pas su dire non, et mon instinct de père en avait été profondément affecté. 

Cet avortement, alors que ma copine avait 18 ans, n’était pas notre choix, mais celui de sa mère. Nous nous étions déclarés notre amour l’un à l’autre quelques mois auparavant. Nous avions un même désir d’enfants. Nous aspirions à fonder une grande famille. 

Quand mon amie a appris qu’elle était enceinte, je gagnais chichement ma vie et elle n’avait pas terminé ses études. Sa mère, très émancipée, nous encourageait à avoir des relations sexuelles. Par contre, nous étions interdits de grossesse. Ce point était non négociable. Comme une sorte de nouvelle morale : « Faites l’amour, mais surtout pas d’enfants ». Nous, on s’aimait et on avait envie d’avoir des enfants. Mais quand la grossesse s’est annoncée, malgré la pilule, j’ai vu ma copine dépérir. 

’ai voulu prendre conseil auprès de ma propre mère qui m’a répondu que c’était une histoire de femme, et que je ferais mieux de ne pas m’en mêler. Pas facile à 20 ans d’être confronté à sa mère et à sa belle mère. Alors, en bon Suisse, je suis resté neutre. Pourtant, je n’étais pas d’accord avec cet avortement (...)

J’espérais néanmoins que l’IVG allait la soulager, mais je me suis vite rendu compte que tout allait encore plus mal après. Et moi, je n’étais plus « dans mes bottes », confronté à une succession d’injonctions contradictoires : je n’étais soi-disant pas concerné, je ne devais rien dire. Par contre, c’était à moi de payer la facture. J’étais tout le temps du mauvais côté. 

Trois jours après, je n’étais plus dans ma vie, dans mon histoire. Tout était complètement glauque, morbide. J’ai rompu. Je l’ai quittée. J’ai commencé une autre relation. Je n’ai pas imaginé qu’on puisse survivre à ça. Cet avortement m’a complètement dépossédé. Je me suis senti impuissant, frappé d’indignité à la paternité (...)

Un autre évènement est venu me bouleverser : quand j’ai vu, 10 ans plus tard, le film, « le Cri silencieux », qui montre les images de l’avortement d’un fœtus de 10 semaines. Je n’ai pas supporté. J’ai fondu en larmes : comment ai-je pu laisser faire ça ? Cet avortement n’aurait jamais du avoir lieu ! J’étais le mieux placé pour empêcher ça. Si j’avais été capable de dire une parole, les choses auraient pu être différentes ! Ce documentaire a ouvert une page très laborieuse de mon histoire parce que je n’arrivais pas à me pardonner. Comment n’avais-je pas su protéger mon premier enfant d’une telle tragédie ?

Mon amie, devenue mon épouse, a vécu ensuite plusieurs phases dépressives. Quand à moi, j’ai sombré lentement dans la culpabilité, un mal être sans fond, le doute existentiel (...)"

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