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T. Derville : "Quand il est question de vie et de mort, l'objection de conscience, est un devoir"

Publiée le 27-09-2010

Paru dans France Catholique - 27.9.2010

par Tugdual Derville

 

Le 7 octobre, les représentants des 47 États membres du Conseil de l'Europe – des parlementaires issus des parlements nationaux – débattront d'un projet de résolution et de recommandation affirmant inciter leurs pays à réglementer l'objection de conscience.
 

En principe, et a pos­te­riori, on glorifie la per­sonne qui, telle Antigone, suit la loi dictée par sa conscience intime, plutôt que de se soumettre à celle des hommes, qu'elle considère injuste. Mais, en pratique, l'objecteur est toujours aussi malmené. Suspicion, brimade et discrimination pèsent sur celui qui prétend s'exonérer d'une loi, fût-elle démocratiquement votée. Pour échapper au service militaire et éviter la prison, l'objecteur de conscience français était astreint à un service civil de deux ans, et n'avait pas le droit de faire de la publicité pour sa cause.

Quel que soit le domaine concerné, l'existence de l'objecteur pèse sur le moral de ceux qui n'objectent pas : non seulement l'objecteur semble laisser aux autres le « sale boulot », mais encore il désigne comme immoral à ses yeux le geste dont il s'abstient. Il se fait témoin, voire accusateur, à moins qu'il ne tire au flanc…

Depuis la fin de la conscrip­­tion, le débat brûlant des années 60 s'est transposé dans le monde de la santé. Avortement, stérilisation voire contraception  : des soignants refusent de participer de près ou de loin à ce qu'ils considèrent comme des attentats à la vie, des mutilations injustes ou des pratiques immorales. 

Les voici désormais dans la ligne de mire du Conseil de l'Europe, saisi par des députés socialistes de plusieurs pays. Motif invoqué : une «  vive préoccupation » devant ce qu'ils nomment «  la montée de cette pratique » de l'objection. Et de proposer qu'on trouve « un équilibre entre le droit des médecins à ne pas agir contrairement à leurs convictions » et celui « des patients à avoir accès à des procédures médicales légales dans un délai approprié ».

Qu'entendent les initiateurs de la résolution par « équi­libre » ? En entrant dans le détail de leur texte, on découvre qu'il exclut du droit à l'objection de conscience les soignants qui participent indirectement à l'acte. Et qu'il oblige les objecteurs à orienter leurs patientes vers des praticiens capables de répondre à leur demande. Ces entorses à la clause de conscience sont largement celles que la loi française a déjà validées, au point de l'avoir rendue très théorique dans l'Hexagone. Mais la nouvelle résolution irait plus loin : elle obligerait le praticien à renoncer à son objection de conscience « en cas d'urgence ». Comme si l'objection personnelle pouvait s'effacer sous la contrainte  ! Elle prévoit même de dresser la liste des objecteurs… Quand on sait que des soignants sont déjà discriminés à l'embauche lorsqu'ils révèlent certaines de leurs convictions, on imagine l'impact de telles listes. à l'heure du débat sur les CV anonymes visant à protéger des minorités, imaginer mater les consciences par la pression a quelque chose de totalitaire. Un tel texte ne concernerait pas seulement l'avortement ou l'assistance médicale à la procréation ; il pourrait frapper les soignants qui refusent de pratiquer l'euthanasie, là où elle est légalisée. En France, des professions entières semblent progressivement interdites aux personnes de bonne volonté soucieuses de respecter la loi naturelle, à commencer par les chrétiens. Gynécologues, sages-femmes, infirmières, mais aussi pharmaciens vivent de plus en plus douloureusement leurs métiers : tout est fait pour les forcer de diffuser des pratiques qui ne devraient pas être nommées « soins médicaux ».

Du temps de Pharaon, les sages-femmes des Hébreux auxquelles il avait ordonné de supprimer les nouveau-nés de sexe masculin avaient déjoué l'injonction par la ruse.

Quand il est question de vie et de mort, l'objection de conscience, n'est pas simplement un droit, c'est un impérieux devoir. Ce devoir s'impose à toute conscience éclairée. Déjà, il en coûte énormément à ceux qui, par respect pour la vie et la dignité humaine, osent dire non à la loi du plus fort.

 

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