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Hystérectomie (ablation de l’utérus) :

Publiée le 31-01-2019

Il convient de lire d’abord le texte original de la Congrégation sur la Doctrine de la Foi du 3 janvier 2019.

1) Donner naissance ou donner la vie?

Il y est écrit comme pivot de l’argumentation : « La finalité du processus de procréation est de donner naissance à une créature ; or… ».

La finalité de la procréation est de donner la vie à une créature. La naissance, comme le sevrage, la marche, la parole, etc. ne sont que des étapes. Sur le plan surnaturel, la finalité de la procréation c’est la vie éternelle, et sur le plan naturel la dernière étape est la mort naturelle.

Face à la culture de mort, une définition de la procréation qui omet qu’elle est indissociable de l’union de l’homme et de la femme, et que celle-ci débute à la conception, suscite un peu de malaise. Car de votre définition de la finalité de la procréation dépendra votre agir moral.

Une erreur s’est peut-être glissée ? Ne faut-il pas lire « la finalité du processus de gestation est de donner naissance à une créature » ?

2) Le bénéfice recherché

Le raisonnement fait part d’une intention : enlever un organe déficient (en l’occurrence l’utérus), qui puisse légitimer la privation, non recherchée pour elle-même, de la procréation – si non comment distinguer cette intervention de la stérilisation ? Demandons-nous si ce même acte serait légitime si la grossesse était déjà engagée ? Le bon sens plaide pour la négative et reconnaît que ce ne serait pas proportionnel et qu’il n’y a pas d’urgence puisque la santé de la mère n’est pas concernée. Mais du même coup on admet que l’utérus même déficient est encore au service de la croissance de l’être humain.

Le paradoxe est que si l’organe était totalement déficient, incapable d’assurer une quelconque croissance fœtale, l’opération ne serait plus nécessaire puisque sont écartées ici dès le départ les situations où le bénéfice recherché est la santé et le traitement maternel.

On s’interroge, alors, sur le bénéfice réel de l’opération. Quel est-il exactement ?

3) Situations rencontrées

La grande inconnue de ce texte concerne la nature des situations qui ouvrent à la licéité de l’hystérectomie. Voici trois types de cas que j’ai réellement rencontrés, qui pourraient être concernés, laissant à mon sens bien des interrogations. Le cas 1, je ne l’ai vu qu’une fois mais cela doit être fréquent dans d’autres pays. Le cas 2, j’y ai été confrontée plus d’une dizaine de fois. Le cas 3, bien plus encore…

– Cas 1 : Hystérectomie chez une femme ayant subi 6 césariennes. L’argument donné par le corps médical fut qu’une nouvelle grossesse se terminerait mal. Le couple a subi une forte pression. L’épouse ne maîtrisait pas le français à l’époque. Ce cas rentre-t-il dans le cadre de la décision de la CDF ? Avec mon époux nous avons rencontré ce couple après l’hystérectomie. Ils n’avaient jamais entendu parler de méthode naturelle. Ils savaient que la contraception c’est mal… c’est tout. Lui va à la messe tous les jours pourtant depuis de nombreuses années. Quand cette femme a appris que la connaissance de soi, le respect du rythme féminin, était possible, et permet de se remettre d’une grossesse avant d’en entamer une autre ; que l’Église le sait mais que peu de clercs et laïcs l’annoncent, en particulier vis-à-vis de certaines populations, elle en a été profondément bouleversée.

– Cas 2 : Propositions d’hystérectomie chez des femmes qui, après plusieurs enfants rapprochés (3, 4…) ont des fausses couches à répétition, avec ou sans curetage. Là encore, les pressions médicales sont fréquentes. Il s’agit souvent de couples qui, c’est heureux, sont très féconds et n’utilisent pas de contraception ; mais qui n’ont pas non plus mis en place de continence périodique pour espacer les naissances. Bien tristement, on pourrait parler de « régulation des naissances par épuisement utérin ». Au vu de ces fausses couches à répétition, les gynécologues proposent l’opération, pour « soulager » la souffrance morale de ces familles. On peut trouver chez ces couples le désir d’un autre enfant, ou plus exactement le principe « d’accueillir tous les enfants que Dieu donnera ». En revanche, il existe bien souvent une méfiance envers la régulation naturelle des naissances ; les méthodes naturelles étant assimilées, à tort, à une contraception naturelle. Il n’a pas jamais été intégré la nécessité de prendre soin de la fécondité, la nécessité de « récupérer » entre deux grossesses. Le fait de connaître la fécondité et d’agir de façon raisonnable, raisonnée, à ce sujet, est suspecté. Cela peut même être théorisé de façon théologique. Plus profondément, on trouve pour ce type de cas certes un refus de la contraception, mais moins explicitement avoué un refus de la tempérance sexuelle dans le mariage. La proposition de la RNN même tardive – forcément exigeante car ni connaissance de la fécondité ni maîtrise de soi ne sont acquises – se heurte à de grandes réticences.

– Cas 3 : Propositions d’hystérectomie pour saignements abondants, quelquefois incoercibles, avec anémie à la péri-ménopause. On retrouve non exclusivement des situations d’« épuisement utérin » ; d’autres pathologies sont possibles. La prévention est un certain espacement des naissances, mais il y existe aussi des traitements médicamenteux et hormonaux par exemple pour aider à la restauration de la paroi utérine. À prendre avant que la situation ne se dégrade terriblement. C’est ce que font la plupart des femmes. Mais étonnement, certaines s’y refusent. Là aussi on peut constater des peurs, non proportionnées et exagérées contre les hormones qui seraient abortives, alors qu’ici l’endomètre est probablement rendu impropre à la nidation par la maladie elle-même. Face à ces situations concrètes, certains théologiens ne devraient-ils pas approfondir le sujet et éventuellement revoir leur copie ? Certaines femmes acquiescent rapidement au traitement chirurgical. Dans un nombre non négligeable de cas, c’est objectivement abusif… et cela cache d’autres « peurs », dont la plus courante est la grossesse tardive quand les saignements seront résolus, parce que la maîtrise de soi n’a jamais été atteinte avec le degré de maturité suffisant à la sérénité conjugale.

Précision : j’ai distingué les cas 2 et 3 car le cas 3 pourrait entrer dans le cadre de la décision de la CDF de 1993, puisqu’il s’agit de volontaire indirect où l’intention est le traitement de pathologies maternelles. Ce qui n’est pas vrai pour le cas 2, qui a « besoin » de cette nouvelle déclaration.

4) C’est l’occasion de relire le texte de la décision de la CDF de 1993

À retrouver ici sur le site du Vatican. On y lit entre autres cette question n°2 :

« Q. 2.Quand l’utérus (par exemple à cause de césariennes précédentes) se trouve dans un tel état que, bien qu’il ne constitue pas en lui-même un danger actuel pour la vie ou la santé de la femme, l’on prévoit qu’il ne sera plus capable de porter à terme une future grossesse sans danger pour la mère, danger qui pourrait s’avérer assez grave dans certains cas, est-il licite de l’enlever (hystérectomie) pour prévenir cet éventuel danger futur provenant d’une conception?

R. Non. »

Et un extrait de l’explication : « Les interventions décrites ci-dessus n’ont donc pas un caractère proprement thérapeutique, mais elles sont effectuées pour rendre stériles les futurs actes sexuels fertiles, librement accomplis. »

5) La bonne foi et le discernement du médecin ?

On peut ajouter cette remarque : la CDF donne dans cet avis du 3 janvier 2019 une part importante à la bonne foi et au discernement du médecin. Aujourd’hui dans notre pays on doit relever et mettre en garde contre le parti pris idéologique de la majorité du corps médical, en particulier quand la femme a déjà eu de nombreux enfants – entendre plus de deux ou trois.

Mon témoignage personnel est qu’après quatre enfants rapprochés et deux fausses couches… j’étais « médicalement » mal partie. (Recevoir le féminin pp. 60-61). Avec une régulation des naissances intelligente (retrouver de beaux cycles avant d’attendre l’enfant suivant), j’attends aujourd’hui mon huitième ! Impossible à prévoir à l’époque. Là aussi, il faut faire remarquer le caractère dramatique de l’hystérectomie qui est définitive. Qui peut prétendre qu’un traitement ou une solution n’arrivera pas dans 3, 5 ans ? Sachant que, dans le même temps, les femmes peuvent avoir aussi des grossesses à un âge plus avancé.

6) Vers l’estime et le respect du féminin

Enfin l’hystérectomie n’est pas un acte banal. Les répercussions sur la vie de la femme peuvent être importantes (estime de soi, libido…) Je me suis souvent interrogée sur une possible culpabilité et une gêne à aborder ensuite les sujets féminins à leurs filles chez les femmes où cette solution fut prise pour de mauvais motifs. On ne retrouve pas cela, à mon sens, quand cette opération arrive en dernier recours, pour traiter un cancer, une maladie ou une gêne invalidante (descente d’organes, fibromes etc.) On entend alors au contraire une belle louange à cet organe regretté, précieux, qui a porté la vie et dont il convient de prendre soin !

Derrière cette résolution de cas extrêmes n’y a-t-il pas des enjeux bien réels : l’estime du féminin, le respect et le fait de prendre soin de la fécondité féminine, par définition fragile et temporaire… Cela doit apparaître chez les époux chrétiens mais aussi dans les discours des clercs et des théologiens. Quand prendrons-nous conscience que l’annonce est bien trop marginale ? que les méthodes naturelles peuvent être un merveilleux moyen d’éducation conjugale au service de la paternité et de la maternité ?

Gabrielle Vialla

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