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"Ce vers quoi tend l’actuelle emprise technologique, c’est une Contre-Annonciation et une Désincarnation"

Publiée le 28-11-2014

Ces mots sont de Fabrice Hadjadj, tirés d'une interview qu'il a accordée à la Fondation Jérôme Lejeune à l'occasion de la sortie de sa pièce “ Jeanne et les post-humains ou le sexe de l’ange ”, qui pose la question de la valeur de la vie dans une société tout-technologique. Extraits de l'interview :

[...]"FJL : Cette problématique du transhumanisme conduit à réfléchir sur le sens de l’homme face à la science. Elle a été au cœur de la vie de Jérôme Lejeune. Sa réflexion vous a-t-elle inspiré pour la rédaction de la pièce ?

FH : J’ai été marqué par le texte de " L’enceinte concentrationnaire " et cette affaire qui eut lieu, comme par hasard, dans le Maryland : le pays de Marie. Il y a là de quoi écrire une tragédie et plus encore. Car il me semble que ce vers quoi tend l’actuelle emprise technologique, c’est une Contre-Annonciation et une Désincarnation.

Le produit de la biogénétique doit se substituer au fruit des entrailles, et la chair faite bits, au Verbe fait chair. In vitro veritas, disait Philippe Muray, qu’il s’agisse du verre de l’éprouvette ou de la vitre de l’écran.

FJL : Quel est le lien entre l’eugénisme et le transhumanisme ?

FH : C’est le biologiste Julian Huxley, premier directeur général de l’UNESCO, qui a remplacé un terme par l’autre. Il ne faisait plus bon défendre l’« eugénisme » après la chute du IIIe Reich. Mais Huxley, pour faire croire qu’il abandonnait la chose, s’est contenté de la poursuivre en lui donnant un autre nom, comme il convient quand on dirige une organisation internationale et qu’on est par conséquent aguerri à ce que l’on appelle à tort la « langue de bois » (car le bois est une matière admirable – celui de la Croix – mais alors comment dire ? Peut-être « langue de bits »…).

Cependant le transhumanisme va plus loin. Il ne s’agit plus seulement de sélectionner et d’améliorer les naissances, comme le mot « eugénisme » l’indique encore, mais de passer de la naissance à la pure et simple fabrication. Ray Kurzweil parle ainsi de la quête de supports non-biologiques.

Il rêve d’une immortalité sur disque dur. Ce qu’on peut lui souhaiter : il nous suffira d’appuyer sur le bouton " delete " pour nous débarrasser de sa crétinerie.

FJL : La pièce met en scène une vision de l’homme instrumentalisé par le relativisme technocratique. L’angoisse est-elle le seul avenir de l’homme du XXI e siècle ?

FH : Günther Anders disait que nous étions devenus des « analphabètes de l’angoisse ». Selon lui, après Hiroshima, l’angoisse qui devrait être notre lot est au-delà de nos capacités individuelles d’imagination et de sensibilité. C’est pourquoi, à la place d’une angoisse trop incommensurable pour être éprouvée, nous nous ruons vers le divertissement et la dérision. Mais l’apocalypse n’est pas que catastrophe. Elle est aussi et d’abord révélation. C’est aujourd’hui, à l’heure où ils sont en passe d’être détruits, que nous découvrons mieux le mystère du sexe, de la famille, et le fait que seul un Dieu fait chair peut nous sauver."

 

 

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