Accueil > Evénements > Actualité > Manifester contre l’avortement n’est pas un combat perdu d’avance. En atteste le changement culturel en Europe.

Actualité

Imprimer la page

Manifester contre l’avortement n’est pas un combat perdu d’avance. En atteste le changement culturel en Europe.

Publiée le 09-01-2014

Cécile, pourquoi marcher pour la vie? Pourriez-vous nous présenter votre association Choisir la Vie, et le collectif En Marche Pour La Vie dont vous êtes l'une des portes-parole? 

 

            En France, la loi sur l'avortement date de 1975 et, malgré les chiffres toujours élevés du taux d'avortements qui ne cesse d'augmenter, notamment chez les plus jeunes, malgré les conséquences dramatiques de cet acte sur les femmes, ce sujet reste très difficile à aborder et prisonnier d'une loi du silence. Ainsi, en complément des actions spécifiques et si précieuses que mène, tout au long de l'année, chacune des associations du collectif de la Marche pour la Vie, nous restons convaincus que la manifestation reste un des moyens privilégiés pour contribuer à lever le tabou qui entoure cet acte, à réveiller les consciences et porter témoignage sur la valeur de toute vie humaine. De nombreux jeunes bénévoles qui aujourd'hui s'engagent auprès de nous ont d'ailleurs participé en tant qu'enfant aux premières marches pour  la Vie ! La première MPV qui est née en effet il y a 9 ans répondait à un profond désir de plusieurs associations de se regrouper et de s’unir pour mener une action commune pour

Choisir La Vie

l’année 2005 ; année des 30 ans de la loi qui dépénalisa l’avortement en France (le 17 janvier 1975 exactement). L’idée d’une grande manifestation unitaire et nationale avait alors très rapidement fait l’unanimité. A l’époque, nos associations regroupées sous le nom de Collectif « 30 ans ça suffit ! » n’avaient pas forcément envisagé de pérenniser cette action mais au vu du succès de la première manifestation, il nous avait alors paru évident que nous devions persévérer. La détermination et la persévérance ne sont-ils pas nos meilleurs atouts ?

 

Une des associations à l'origine de la création de ce collectif était d'ailleurs Choisir la Vie, association fondée en 1982 par Michel Raoult qui en fut le président jusqu'à sa disparition brutale lors de la tuerie qui eut lieu au Conseil Municipal de Nanterre en mars 2002. Depuis sa création, Choisir la Vie, au travers de diverses actions auprès du grand public, des médias et des responsables politiques, entend défendre le respect de la Vie et de la dignité de chaque être humain dès sa conception. Parallèlement, elle soutient les femmes enceintes en difficulté au travers de ses antennes d'écoute et d'une manière plus générale soutient et favorise toutes les initiatives en faveur de la Vie.

 

 

Pensez-vous, en tant que catholique, que c'est un devoir de manifester pour défendre la Vie, de sa conception à sa mort naturelle?

            Lorsque nous sommes catholiques, je pense que nous ne pouvons et ne devons dissocier dans notre vie et dans nos choix  ce qui est dicté par notre foi et ce qui ne l’est pas. C’est une question de cohérence et d’unité de notre personne. Si l’on prétend avoir la foi, alors le Christ doit être au cœur de notre vie, il nous guide, nous accompagne dans nos choix et nous souhaitons alors accomplir sa volonté. Mais attention, ce n’est pas non plus par moralisme que le chrétien marche pour la vie. Qu’est-ce que le chrétien a à dire aujourd’hui à nos contemporains ? Quel est son trésor qu’il a découvert un jour et qu’il ne peut s’empêcher de répandre ? C’est qu’un jour Jésus l’a regardé avec une telle passion pour lui-même et son bonheur qu’il a compris la valeur irréductible de sa vie. Ce regard, le Christ l’a posé sur tous. A commencer par les « plus petits » : « Gardez-vous de méprisez aucun de ces petits : car, je vous le dis, leurs anges aux Cieux voient constamment la face de mon Père qui estaux Cieux » (Matthieu 18, 10). Du premier instant de sa vie jusqu’à sa mort, une personne n’a pas d’équivalent dans l’univers.

C’est à travers ses gestes que nous pouvons affirmer la valeur absolue que Jésus donne à la vie et à la personne. A notre époque contemporaine, d’autres ont manifesté par leurs gestes cette nécessaire priorité du respect de la vie : Jean-Paul II, Mère Térésa, et chez nous, en France, le Professeur Jérôme Lejeune. Aujourd’hui il est proposé un autre geste, que nous pouvons faire : celui de venir marcher pour dire la valeur de la vie et la valeur de chaque personne.

 L'Evangile de la Vie qui plus est, n'est pas exclusivement réservé aux croyants, il est pour tous. La question de la vie, de sa défense et de sa promotion n'est pas la prérogative des seuls chrétiens. Même si elle reçoit de la foi une lumière et une force extraordinaires, elle appartient à toute conscience humaine qui aspire à la vérité et qui a le souci attentif du sort de l'humanité. Il y a assurément dans la vie une valeur sacrée et religieuse, mais en aucune manière on ne peut dire que cela n'interpelle que les croyants: en effet, il s'agit d'une valeur que tout être humain peut saisir à la lumière de la raison et qui concerne nécessairement tout le monde.

 

Que dire aux personnes qui, dans leur histoire personnelle, on souffert d'un avortement? Les accusez-vous d'avoir agi de la sorte?

            Comme cela était inscrit dans la loi Veil de 1975, c’est la « situation de détresse » dans laquelle une femme se trouve qui pousse celle-ci vers cette option, considérée comme dernier recours pour se sortir d’une situation inextricable. Les situations personnelles sont nombreuses mais pour la grande majorité des femmes qui avortent, elles le font la mort dans l’âme.

Nous mesurons pleinement les pressions et les souffrances qui ont pu amener toutes ces femmes à refuser la Vie mais en aucune manière nous ne les jugeons. Au contraire nous souhaitons les accompagner afin qu'elles puissent se réconcilier avec elle et accueillir le pardon qu'elles attendent.

En revanche, nous dénonçons  l'acte qui reste, quoiqu'il arrive, une atteinte profonde à la Vie et dénonçons le discours commun et mensonger  qui est de faire croire que l’avortement est un acte banal, qu’il est un droit source de libération pour celle qui en use. Or la réalité c’est que l’avortement tue un enfant dans le sein de sa mère. Pour que les femmes puissent vraiment être libres, il est urgent d’informer : reconnaître la souffrance des femmes qui ont avorté, dénoncer les réalités sordides de l’avortement, accompagner les femmes, et les informer sur les alternatives possibles. Pour qu’un autre chemin soit possible pour elles à l’avenir.

 

Hier, mardi 7 janvier, Ludovine de la Rochère, présidente de La Manif pour Tous s'est ouvertement exprimée en faveur de la Marche pour la Vie que vous organisez. Pourriez-vous commenter pour nous cette décision? Est-ce un soulagement pour les organisateurs?

            Le soutien de la Manif Pour Tous à la Marche pour la Vie est précieux. Défendre l’intérêt supérieur de l'enfant, n'est-ce pas en effet en premier lieu défendre sa Vie? Défendre le droit à la Vie est primordial et est une nécessité parce qu’il s’agit de défendre le premier et le plus fondamental des droits humains, le présupposé pour tous les autres droits. Sans celui-ci les autres droits n’ont plus aucun sens. Le 14 février 2001, Jean-Paul II proclamait d’ailleurs :« La promotion de la Culture de Vie devrait être la plus grande priorité de nos sociétés … Si le droit à la vie n’est pas défendu de façon catégorique comme condition de tous les autres droits de la personne, toute autre référence aux droits humains demeure fausse et illusoire. »Mère Térésan’avait pas non plus peur des mots : en février 1994, en présence de Bill Clinton elle n’a pas hésité à dire « …le premier destructeur de la paix aujourd’hui est l’avortement parce qu’il s’agit d’une guerre contre l’enfant à naître, un meurtre direct d’un enfant tué par sa mère elle-même ».Le droit inaliénable à la Vie de tout individu humain innocent constitue en effet  un élément constitutif de la société civile et de sa législation.

De plus, l’avortement est à l’origine de toutes les batailles sur la famille et les enjeux en matière de bioéthique. Un exemple : instaurer un droit à l’avortement a pour conséquence d’installer l’idée d’un droit à disposer de son corps, lequel sera tout à fait propice, demain, à fonder les revendications comme la GPA.

Ainsi le plus sûr barrage contre les attaques affaiblissant et divisant les familles, c’est la défense de l’enfant à naître.

Ainsi la première urgence pour la famille, c’est bel est bien la défense de l’enfant à naître, en tout particulier en ce mois de janvier 2014 en raison du calendrier politique.

 

Pouvez-vous en effet nous préciser quels sont les enjeux cette année ?

            L’actualité brûlante est l’arrivée imminente à l’Assemblée, le 20 janvier, du projet de loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, lequel contient des amendements visant à libéraliser l’avortement. Au cours des échanges en commission des lois le 18 décembre 2013, les défenseurs de ces amendements ont indiqué que l’IVG est une condition essentielle de l’égalité entre les femmes et les hommes. Loin d’être un toilettage, si cette loi devait passer, les changements seraient fondamentaux :

  1. reconnaissance d’un droit à l’avortement, par la suppression de la condition de « détresse » pour y avoir recours.
  2. l’extension du délit d’entrave à l’IVG à l’information donnée aux femmes, ce qui restreindra la droit à la liberté d’expression des plateformes d’écoute et des sites d’informations présentant les alternatives à l’IVG.

 

Le gouvernement vous entendra-t-il?

            Faire de l’accès à l’avortement unepriorité, selon les 40 recommandations remises à Najat Vallaud-Belkacem en novembre 2013, est incompréhensible dans un pays qui affiche le plus haut taux de pratique en Europe de l’Ouest. Pour rappel des chiffres, en 2011en France, 225 500 avortements ont été pratiqués (source : Gènéthique), soit 1 grossesse sur 3 qui finit en IVG, quand, la moyenne européenne est d’1 grossesse sur 5. Les chiffres sont alarmants et l’aveuglement des pouvoirs publics est irrationnel.

 

En Espagne -nos très proches voisins en Béarn et Pays basque- le gouvernement a pris récemment des mesures en faveur d'un plus grand contrôle de l'IVG. Espérez-vous quelque chose de semblable en France?

            Manifester contre l’avortement n’est pas un combat perdu d’avance. En atteste le changement culturel en Europe. Je pense bien sûr à l’Espagne, qui vient d’adopter le 27 décembre 2013 un projet de loi qui contribuera à limiter le nombre d’avortements. Cela a pu advenir grâce aux manifestations pro vie de 2009, sous le gouvernement Zapatero. Rajoy avait compris l’ampleur de la mobilisation et avait fait de la limitation de l’avortement un thème central de son projet de campagne qui l’a ramené au pouvoir aux dernières élections.

En France, il faut être courageux pour se dire contre l’avortement tant nous croyons qu’il est impossible de revenir dessus. C’est pourquoi, confortés par l’exemple espagnol, les citoyens français ont un rôle clé à jouer dans le soutien aux députés qui s’apprêtent à s’opposer à la réforme qui s’annonce. Venir en nombre marcher pour la vie le 19 janvier est aussi susceptible de faire s’interroger certains élus qui se laisseront interpeller par cet évènement.

A l'approche des municipales de 2014, pensez-vous que les français, qui se sont mobilisés pour des valeurs telles que la défense de la famille ou de la vie, mais qui sont marqués par des conditions économiques très difficiles, sauront choisir des élus respectueux de valeurs sociétales, et animés d'une volonté de promouvoir le Bien Commun?

            Après la forte mobilisation pour défendre le mariage et les droits de l’enfant à avoir un père et une mère, nous espérons que le réveil des consciences a bien eu lieu en France.

Dans une situation de crise - celle que nous connaissons n’est pas seulement une crise économique et sociale mais anthropologique posant la question de « qu’est-ce que l’homme ? » et « de quoi  a-t-il besoin pour vivre ? » -, la question de savoir comment nous traitons nos semblables, à commencer par les enfants à naître, c’est-à-dire les plus petits et les plus vulnérables, n’est pas subsidiaire.

Le ministre espagnol de la justice, Alberto Ruiz Gallardon, qui a défendu le projet de loi de protection de la vie du conçu et des droits de la femme enceinte, se dit « convaincu que cette initiative aura des suites » ailleurs en Europe. Il poursuit ainsi : « nous avons rédigé la première loi qui reflète l’opinion majoritaire des citoyens européens ». Ses propos assurés reflètent la grande espérance née des deux grandes mobilisations de défense de la vie en Europe courant 2013 : l’Initiative citoyenne européenne UN DE NOUS, qui a recueilli près de 2 millions de signatures, et l’opposition au rapport Estrela (promoteur de l’avortement) qui a conduit à son rejet.

Nous avons confiance et donnons rendez-vous le 19 janvier à Paris. Nous devons être à la hauteur des Espagnols !

 

 

< Voir toutes les actualités

Archives