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Projet de loi de contrat entre deux personnes du même sexe

Publiée le 25-09-2012

     "Il ne faut pas dire qu’on ouvre le mariage à une autre catégorie. Il faut dire qu’on transforme le mariage pour permettre à une nouvelle catégorie d’y participer", disait le Cardinal Vingt-Trois, le 24 septembre 2012, sur RTL. Appelant quelques jours auparavant, sur Europe 1, tous les ctholiques de France à la mobilisation pour faire échouer ce projet de loi, vrai changement de civilisation, sape de la famille, démantellement de la société, fin de ce qui reste de l'harmonie sociale.

     Nos Evêques parlent :

- Le Cardinal Vingt-Trois sur Europe 1, le 19 septembre - Sur RTL, le 24 septembre

- Cardinal Barbarin, dans Paris Match, du 27 septembre 2012

Cardinal Vingt-Trois sur RTL, le 24 septembre 2012 (extraits)

Etre contre  « C’est une responsabilité quand il nous semble qu’il y a un enjeu important, non seulement pour les membres de notre Eglise, mais pour l’ensemble de la société. Il nous semble important de signaler ce qui est en jeu, et ce qui parait ce qui est mal évalué ou sous-évalué dans les projets gouvernementaux.
     Qu’est-ce qui est sous-évalué ? C’est l’impact global de la réforme par rapport à l’organisation de la vie des personnes et par rapport à l’organisation de la vie sociale. On ne mesure pas suffisamment combien la transformation de la famille peut affecter les conditions de la vie sociale parce que la famille est le premier endroit où l’on apprend à vivre en société.
    
     Pour l’instant, malgré ce que l’on dit et ce que beaucoup de gens ont compris, il ne s’agit pas simplement d’ouvrir à des personnes de même sexe la pratique d’un  mariage existant. Il s’agit de transformer le mariage existant pour que des personnes de même sexe puissent y entrer. … Quand des parents découvriront sur le livret de famille qu’ils ne sont plus père ou mère, mais parent 1 ou parent 2, il y aura quelque chose de changer. Quand on dira à un enfant à la rentrée scolaire non pas quel est le nom de ton père, mais quel est le nom de ton parent 1, il y aura quelque chose de changé. Et on aura tout simplement transformé le mariage et la famille telle que nous la connaissons, pour la conformer à une autre pratique, qui peut avoir sa légitimité, c’est une autre question. Mais, il ne faut pas dire qu’on ouvre le mariage à une autre catégorie. Il faut dire qu’on transforme le mariage pour permettre à une nouvelle catégorie d’y participer.
     Le 2 mars 1998, la Conférence des Evêques de France qualifiait le pacs d’inutile et dangereux. 15 ans après, en quoi le pacs a-t-il été dangereux ? Nous y sommes, la logique et la dynamique logique du pacs est d’ouvrir le mariage et de le transformer. le pacs a transformé la perception que l’on a de la famille… C’est un fait qu’il est difficile d’anticiper les conséquences, comme nous sommes dans une société qui se targue d’exercer le principe de précaution dans tous les domaines, il me semble que dans ce domaine particulièrement important, il aurait été utile d’avoir un débat plus large que simplement de dire que puisque c’était une proposition de F.Hollande et puisque F.Hollande a été élu avec quelques pour cents tous les français sont pour le mariage homosexuel et il n’y a pas à discuter
     Vous souhaiteriez un referendum ? Non, je souhaiterai qu’il y ait une réflexion plus approfondie et un débat plus ouvert. Je pense personnellement, comme étant dans ma position de responsable d’Eglise, qu’il n’est pas sain de mettre aux voix de savoir ce qui est bien et ce qui est mal. Je ne crois pas que la source de la morale soit la majorité. Et donc, je ne peux pas demander qu’on fasse un referendum pour dire ce qui est bien et ce qui est mal. Je souhaite qu’il y ait un débat réel comme lors du débat de bioéthique…

 

Cardinal Barbarin

Parris-Match, 27 septembre 2012

 Paris Match. Eminence, revenons sur la polémique au sujet du mariage homosexuel qui a déchaîné les passions…
Cardinal Barbarin. J’ai expliqué la rupture de société que représenterait le mariage de deux personnes du même sexe. En mesurons-nous bien les conséquences ? Je ne sais pas si j’ai choisi de bons exemples, l’autre jour, car certains mots ont blessé et ont créé un tel “buzz” que ce que je voulais dire n’a pas été entendu. Pourtant, on peut poser la question de savoir comment on répondra aux demandes qui viendront ou qui apparaissent déjà : “Pourquoi toujours deux ? Nous, nous voulons nous marier à trois, à quatre.” Comment vont répondre ceux qui ont promis “le mariage pour tous” ! Lorsque des repères majeurs de la société disparaissent, on ne sait plus comment se situer. Mais revenons à la question telle qu’elle se pose aujourd’hui, c’est là le fond du problème. On nous dit que cette loi est indispensable au nom de l’égalité. Mais a-t-on bien compris qu’elle va créer de nouvelles inégalités ? Qu’est-ce qu’on répondra à un enfant qui dira : “Pourquoi, moi, j’ai deux papas et pas de maman ?” Et quand sur le livret de famille, on verra écrit “Parent 1, Parent 2”, beaucoup diront : “Attendez, moi, je ne suis pas le parent 1, je suis la maman !” Ce n’est pas l’enseignement de la morale chrétienne ; il en va de l’équilibre de nos vies et de nos familles. Ce projet suscite d’ailleurs de grandes oppositions chez les juifs (je pense notamment à la déclaration de M. Joël Mergui, président du Consistoire) et chez les musulmans (à celle de M. Tarek Oubrou, imam de Bordeaux) et aussi chez certaines personnes homosexuelles qui m’ont envoyé des messages très touchants, ces jours derniers. Nous, responsables chrétiens, juifs et musulmans de Lyon, avions signé en 2007 une déclaration rappelant cette vérité simple et fondamentale pour toutes les cultures et les civilisations : le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme. Si on modifie ce pivot, ce sera la source de profonds déséquilibres. Le “mariage pour tous” aura de lourdes conséquences : il ne s’agit pas là seulement d’un vote pour satisfaire le désir de quelques-uns, mais d’une redéfinition majeure de notre vie en société… Un Parlement qui change ce fondement doit mesurer ce qu’il fait et savoir que c’est tout un peuple qui aura à en assumer les conséquences.

Dans une France qui a voté, en 1905, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, quand vous réagissez, ça résonne !
Un chrétien est un citoyen ; il a donc le droit de donner son avis sur les grandes questions de société. Cela, tous les gouvernements le reconnaissent, et ils consultent toujours les différents courants de pensée au moment d’élaborer une nouvelle loi. Le prêtre que je suis s’implique dans la vie, le bien des enfants, des vieillards ou des malades. Je m’engage régulièrement au sujet des immigrés, du chômage et, en particulier ces dernières semaines, des Roms… Bref, comme l’affirme le concile Vatican II, les grandes préoccupations de notre temps résonnent dans le cœur de tout croyant. C’était vrai pour moi lorsque j’étais vicaire dans la banlieue, et c’est toujours aussi vrai maintenant. Bien sûr, ça n’a pas le même écho. Aujourd’hui, il m’arrive souvent de dialoguer avec des responsables et je m’exprime librement. Je ne crains pas de les mettre en garde et d’expliquer ce qui me paraît important ou dangereux. Libre à eux de m’écouter. Quand j’ai reçu récemment le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, contrairement à ce qui a été dit, nous avons surtout longuement évoqué la situation des Roms, puis la laïcité, et enfin il m’a interrogé sur le mariage entre deux personnes de même sexe. Et il m’a écouté, même s’il n’est pas d’accord avec moi

 

 

 

 

Monseigneur de Germay, Evêque d’Ajaccio

Edito Aout 2012 - mercredi 1er août 2012
Vers le mariage homosexuel ?
      Il est difficile pour l’Eglise de ne pas réagir face à l’annonce faite par le gouvernement d’un projet de loi visant à élargir le mariage aux couples homosexuels. Pour beaucoup, il s’agit là d’une évolution inéluctable face à laquelle il faudrait faire preuve d’ouverture d’esprit, voire de résignation. Quelles que soient les intentions – qu’il ne nous appartient pas de juger – des promoteurs de ce projet, c’est en réalité la destruction d’un des piliers fondamentaux de notre société qui est programmée.
Loin d’épuiser ce vaste sujet de société, je voudrais simplement donner ici quelques repères et réflexions qui pourraient guider ou inspirer notre façon de réagir et de nous mobiliser.
     Dans ce débat, les arguments de bon sens ne suffisent plus. L’évidence selon laquelle le mariage naturel concerne un homme et une femme a été laminée par le relativisme. Il faut donc que nous soyons capables d’expliquer en quoi l’union durable d’un homme et d’une femme pour fonder une famille n’est pas l’invention d’un type particulier de société mais est profondément inscrit dans la nature même de l’être humain. De même, nous devons pouvoir montrer que si l’Etat est habilité à légiférer sur un mariage qui, en donnant potentiellement naissance à des enfants, construit la société, il n’a pas à donner un statut équivalent à un mode d’union qui est stérile par nature et relève de choix privés.
     Les conclusions d’une telle réflexion sont rendues plus évidentes grâce à l’éclairage de la foi chrétienne, mais nous devons être capables de la mener avec des arguments de raison pour pouvoir entrer en dialogue avec ceux de nos compatriotes qui ne partagent pas notre foi.
     Dans ce dialogue, il y a un piège dans lequel nous ne devons pas tomber. Ceux qui revendiquent un statut pour les couples homosexuels – et qui à vrai dire sont souvent à court d’arguments – accusent facilement leurs opposants d’homophobie. Ainsi, pour ne pas passer pour homophobes, nous évitons le débat. Il faut au contraire proclamer avec force que refuser le « mariage » homosexuel n’a rien à voir avec l’homophobie. Nous pouvons avoir un grand respect pour les personnes homosexuelles tout en contestant le fait que le couple homosexuel soit présenté par l’Etat comme un modèle social au même titre qu’un couple marié. Cette capacité à désapprouver un acte tout en respectant la personne est d’ailleurs un des héritages du christianisme. Soyons donc toujours très attentifs à ce que nos propos sur la question de l’homosexualité ne soient pas perçus comme méprisants ou blessants par les personnes concernées.
     Ne perdons pas de vue le fil conducteur qui motive ce genre de lois. Lors du débat sur le Pacs, on disait qu’il s’agissait simplement de défendre la dignité des personnes homosexuelles et qu’en aucun cas on envisageait l’adoption d’enfants par ces mêmes personnes. Aujourd’hui, toujours sous couvert de non-discrimination, le projet de loi sur l’adoption est annoncé. Interdire d’emblée à un enfant d’avoir un papa et une maman n’est pas considéré comme une discrimination… Mais ne nous y trompons pas, ce ne sera pas le dernier épisode. Nous sommes sous la mouvance d’un courant idéologique qui ne compte pas en rester là. L’étape suivante a commencé à se dévoiler au travers de la théorie du genre. Il s’agit de faire passer l’idée selon laquelle la différence sexuelle n’est que de l’ordre du biologique et ne concerne donc pas l’identité profonde de la personne. Chacun peut donc choisir son orientation sexuelle (hétéro, homo, bi, trans, etc.) indépendamment de son sexe. Il sera par conséquent interdit – car considéré comme de l’embrigadement – de donner à un garçon des repères éducatifs masculins et à une petite fille des repères éducatifs féminins. Ce serait aller contre une liberté individuelle toute-puissante revendiquant son affranchissement vis-à-vis de la nature…
     Les idéologies des trente dernières années ont fait un travail souterrain qui, pour une bonne part, a conduit à l’éclatement de la famille ; les nouvelles idéologies vont permettre la déstructuration de la personne elle-même. Dans les deux cas, c’est la société tout entière qui se délite.
     Aussi affligeant soit-il, ce constat ne doit pas nous décourager. La déconstruction annoncée n’est pas une fatalité. L’histoire a montré qu’une société possède souvent en elle-même une capacité à réagir dans des situations catastrophiques. Nous devons donc nous mobiliser. A la fois en nous intéressant à ces questions, en étant capables de dénoncer les idéologies, mais aussi en annonçant la Bonne Nouvelle. Et la Bonne Nouvelle que nous voulons annoncer, c’est qu’il est possible d’aimer en vérité, c’est la beauté de la sexualité et du mariage vécus, grâce à l’Esprit Saint, en conformité avec le projet de Dieu. Il y a un travail énorme à réaliser pour aider les enfants et les jeunes à s’éveiller à la beauté de leur corps et de leur sexualité, à repérer et écarter les contrefaçons de l’amour qui leur sont si souvent proposées, et à épanouir l’extraordinaire potentiel à aimer qui est en eux.
     Avec charité et détermination, mobilisons–nous ! C’est un grand service que nous avons à rendre à notre humanité.
+ Mgr Olivier de Germay
Evêque d’Ajaccio

 

 

Déclaration de Mgr Aumonier aux catholiques des Yvelines - 25 septembre 2012
"Comme évêque, je ne peux rester silencieux"

Le gouvernement a confirmé son intention d’ouvrir sans tarder le mariage et l’adoption aux couples homosexuels.

Cette annonce ne cesse pas d’étonner. Alors que notre pays traverse une crise économique et sociale sans précédent, l’urgence est-elle vraiment d’ouvrir un tel chantier qui touche à des repères sur lesquels est fondée notre société ? Est-il normal de le faire sans réelle concertation ni débat sur le fond ?

Comme Évêque, je ne peux rester silencieux.
Remettre le bien de l’enfant au centre du débat.
L’Église joue son rôle de veilleur. Elle alerte les consciences, surtout quand les fondements de notre société sont remis en cause, quand le bien de la personne est en jeu. Elle le fait à temps et à contretemps, au-delà des intérêts partisans, libre des sondages et des modes d’opinion, quelle que soit la majorité politique en place.

Ici, c’est le bien de l’enfant qu’il nous faut d’abord faire valoir. Il doit être premier et ne peut passer après la satisfaction du désir même sincère des adultes. Il n’y a pas de droit à l’enfant, mais bien un droit de l’enfant, à défendre et à promouvoir.

Non seulement ce projet de loi ne va pas supprimer de discriminations mais il va instituer une injustice vis à vis des enfants, à qui on va voler ce repère essentiel de la complémentarité père/mère. Les parents, les enfants eux-mêmes savent combien un père, ce n’est pas comme une mère. Qu’un père et une mère sont complémentaires et que cette complémentarité est structurante. Ceux qui travaillent au service des enfants et des jeunes savent qu’il y a toujours une fragilité, et souvent une souffrance, quand les évènements de la vie font qu’un des deux parents n’est plus là. Courageusement, des pères ou des mères seuls essayent d’y pallier. Ils sont les premiers à savoir le poids du manque d’un référent masculin ou féminin. L’instituer en amont, c’est une injustice profonde pour les enfants qui devront le subir.
Des « états généraux » de la famille et du mariage
J’invite tous les catholiques de mon diocèse et, plus largement, tous les hommes et les femmes de bonne volonté, à écrire avec respect et gravité à leurs élus, aux ministres concernés, au Premier Ministre et au Président de la République, pour réclamer que s’ouvrent l’ouverture de vrais débats sur ces sujets, sur le modèle de la réflexion nationale qui avait été entreprise avec sérieux sur les questions de bioéthique. Le bon sens exige en effet qu’on prenne sur une telle question le temps d’une réflexion de fond, qui soit libre de toute pression.

Le principe de précaution, invoqué à juste titre sur les questions écologiques, devrait fonctionner d’autant plus pour l’enfant et la famille: passer en force un tel projet de loi, pour répondre à la pression de quelques-uns, serait incompréhensible et profondément injuste.
+ Eric Aumonier, Évêque de Versailles


 

 

 

Monseigneur Aillet

     Les récentes déclarations du Cardinal Barbarin, qui ont défrayé la chronique, ont permis d’ouvrir un débat dont nous étions privés à propos du projet de loi sur le « mariage » entre personnes de même sexe et l’adoption par les couples homosexuels.
     Nous récusons, bien entendu, toute forme d’injuste discrimination vis-à-vis des personnes homosexuelles qui ont le droit d’être reconnues dans leur dignité personnelle, mais nous n’acceptons pas non plus qu’un lobby qui ne représente qu’une partie des homosexuels, eux-mêmes très minoritaires, puisse imposer sans discussion son point de vue auprès des medias et de l’actuelle majorité parlementaire. Nous demandons, au contraire, qu’un vrai « débat citoyen », somme toute comparable aux « Etats généraux de la Bioéthique » de 2009, soit organisé dans les meilleurs délais.
     A défaut d’un tel débat public, faudra-t-il descendre dans la rue pour se faire entendre, défendre l’institution du mariage et le droit fondamental de chaque enfant d’être éduqué par un père et une mère ?
     C’est Lionel Jospin qui, en 2004, rappelait que « le mariage est dans son principe et comme institution l’union d’un homme et d’une femme » et qu’un enfant « n’est pas un bien que peut se procurer un couple hétérosexuel ou homosexuel mais une personne née de l’union d’un homme et d’une femme ». Nul n’est en droit de sacrifier le droit des enfants aux désirs et aux intérêts particuliers des adultes.
+ Marc Aillet, le 21 septembre 2012

 

 

Cardinal Barbarin

- communiqué du diocèse de Lyon, le 15 septembre 2012

 

 

 

Mgr Pascal Wintzer

en présence de Benoit XVI, le 22 septembre 2012 : "La société démocratique et libérale ne se reconnaît plus de référent commun ; la loi naturelle n'est pas perçue comme un invariant qui s'appliquerait à tous. La loi civile devient alors ce qui organise les comportements des individus et non une norme valable pour tous. Dès lors, le législateur comprend son rôle comme celui d'un simple organisateur des mœurs des citoyens. Dans ce contexte, peut-il y avoir une loi commune à tous dans une société qui ne se reconnaît aucune référence transcendance ?"

 

 

 

 

Monseigneur Pansard, Evêque de Chartres

Pour participer au débat

Le dépôt d'un projet de loi sur le mariage est annoncé courant octobre. Il s'agirait au nom d'une exigence d'égalité de droits de rendre possible le mariage entre personnes du même sexe et leur ouvrir l'adoption[1]. Je voudrais apporter ma pierre au débat et vous inviter à y prendre part. Il nous concerne tous. Voici donc quelques points de réflexion sur un sujet important touchant à une institution structurante de notre vie en société : le mariage et son rapport à la famille, à la filiation, à la procréation. L'enjeu du débat est, me semble-t-il, celui d'une bonne articulation entre l'égalité et la différence.

Dans nos familles, nos communauté humaines, nos communautés chrétiennes, nous connaissons des personnes éprouvant une attirance envers des personnes de même sexe. La plupart n'ont pas choisi leur orientation homosexuelle. L'égale dignité de toute personne humaine nous invite à refuser toute forme de discrimination injuste à l'égard des personnes homosexuelles[2]. Au nom de cette égale dignité, peut-on refuser à des personnes qui s'aiment le droit de s'unir dans une communauté de vie, d'assistance, de secours et de fidélité ? (cf. les articles 212 et 215 du code civil).
Mais le mariage n'est-il que cela ? Une reconnaissance d'un lien affectif, une association, une union de deux personnes faite de droits et devoirs? Une reconnaissance et un contrat ?

De quelle reconnaissance parle-t-on ? S'agit-il d'une acceptation, refusant toute discrimination et apportant aux personnes des protections juridiques, patrimoniales et fiscales[3] ? Ou s'agit-il d'une mise en valeur publique et symbolique d'une forme de vie qu'une société se donne pour assurer sa pérennité ? Dans ce cas, le sujet devient politique et social et invite légitimement à s'interroger. La différence sexuelle, la différence des genres est-elle structurante ou secondaire voire indifférente dans le mariage et la fondation d'une famille ? Notre société va-t-elle « manifester une indifférence publique à l'altérité sexuelle dans le lieu même où elle joue à plein, celui de la conjugalité et de la filiation[4] ? » Epoux 1 et époux 2 est-ce la même chose qu'époux et épouse ? Parent 1et parent 2 est-ce la même chose que père et mère ?

Le mariage n'est pas que la célébration romantique ou utilitaire d'un amour. En concentrant notre attention sur l'individu et ses sentiments nous risquons d'enfermer le mariage dans une affaire privée et intime dont on pourrait se demander en quoi l'Etat aurait à le prendre en charge. Jusqu'à ce jour, la longue histoire de l'Institution du mariage dans l'histoire de l'humanité a été le lieu structurant de la différence de l'homme et de la femme, des parents et des enfants, de l'épousable et du non épousable.

Au plan anthropologique et au plan du droit, le mariage est lié à la famille : « Les époux assurent ensemble la direction morale de la famille. Ils pourvoient à l'éducation des enfants et préparent leur avenir[5] ». La revendication légitime d'égalité doit-elle neutraliser les différences pour faire du mariage et de la famille une réalité « sexuellement neutre » dans la définition de laquelle ni l'alliance d'un homme et d'une femme, ni la génération n'entreraient ? La prise en compte de différences et de différenciations n'est pas une discrimination.
• Pourquoi donc vouloir appeler « mariage » une réalité autre que la définition reçue du mariage ?
• Garderons nous un vocable commun pour désigner l'alliance spécifique d'un homme et d'une femme ?
Le mariage implique aussi les enfants. Mais où mettrons-nous l'accent sur le droit à l'enfant ou sur le droit des enfants ? Le droit des enfants, c'est à dire le droit que la société donne aux enfants de pouvoir grandir dans les meilleures conditions pour développer toutes les dimensions de leur humanité dont fait partie l'acquisition de leur identité sexuelle.

Le 19 septembre 2012.

+ Michel Pansard.

________________________________________
[1] Interview de Madame le ministre de la justice, journal le Croix du 11 septembre 2012

[2] Catéchisme de l'Eglise Catholique n°2358

[3] Cf. le PACS, PActe Civil de Solidarité. Contrat conclu entre deux personnes majeures, de sexe différent ou de même sexe, pour organiser leur vie commune.

[4] Xavier Lacroix, « La confusion des genres », Bayard, 2005, p. 52

[5] Article 213 du code civil lu en mairie lors des mariages.

 

 

Monseigneur Ballot - Archevêque de Chambéry

     dans son éditorialde juillet-aout 2012

 

 

Monseigneur Dubost

Extrait du billet de Mgr Dubost, évêque d'Evry :

"Je crois qu’il faut se parler ! Dans bien des domaines, le Président de la République prône la concertation, des tables rondes, des conférences, le dialogue. Chiche ! Arrêtons de nous traiter de noms d’oiseaux et réfléchissons ensemble. Après tout, l’appel à la réflexion est un devoir de l’Église. De tout temps, le pouvoir a besoin d’acteurs indépendants en face de lui, alors que les politiques se marient avec les journalistes, l’Église peut jouer le rôle, par sa seule présence, d’éviter le totalitarisme d’une pensée unique.

Convoquons à la discussion des psychiatres et des psychologues, des philosophes, des universitaires. Évitons simplement les pseudo-scientifiques et les études faites par les tenants d’une thèse… La semaine dernière, j’ai été interrogé par une télévision, qui, bien sûr, se prétendait objective, et qui a commencé l’entretien en projetant deux reportages sur des enfants heureux de couples homosexuels… Le but était de me faire dire que tous les enfants de ces couples étaient heureux : est-ce une manière de faire honnête…

Ce jour-là, j’ai développé des arguments sur les difficultés de certains enfants adoptifs. On m’a dit –et je l’entends- qu’il eût fallu parler « d’anthropologie », c’est-à-dire de la nature humaine… De fait, l’Évangile nous invite à être nous-mêmes des corps sexués spirituels… Mais oui, il est grand temps de se parler."

 

 


 

Mgr Ulrich, archevêque de Lille, vice-président de la Conférence des évêques de France,

(Extraits)

    [C]’est un sujet qui touche la nation entière, et qu’aucun groupe de la nation, ni aucun membre de cette nation ne peut être empêché de parler sur un tel sujet de société. Je parle évidemment du mariage civil, hors même de toute question d’engagement religieux qui n’est pas le sujet actuel. [...] Ce sujet a des conséquences éthiques qui concernent tout homme, et donc tout chrétien comme un autre citoyen. Nul ne peut dénier à un chrétien d’être d’abord un citoyen : ce n’est pas comme chrétien, mais comme citoyen qu’il s’exprime. Les responsables des Eglises et des différentes religions (les différents cultes, pour parler comme la loi républicaine) sont eux aussi des citoyens dotés du droit d’intervenir dans un débat national. Comme responsables de communautés religieuses, ils ont également droit à la parole, même s’ils ne sont pas le législateur : ils peuvent bien mettre en garde sur ce qui leur paraît lourd de conséquence pour la société tout entière, et pour la vie humaine. [...]

    La démocratie représentative se double, en tout cas aujourd’hui, d’une démocratie d’opinion. Le débat est de plus en plus présent dans de nombreux cercles ; les réseaux du Net développent cet esprit de réflexion partagée, de débats. Il est loin le temps où l’on pouvait confisquer le débat dans des sphères spécialisées. L’Eglise ne prétend pas se l’approprier, mais le faire vivre au bénéfice de tous ; en cela, elle peut bien être une référence. On peut donc prendre le temps d’un débat national ; nous sommes, en réalité, pressés par bien d’autres réalités et sujets d’inquiétude qui sont plus urgents, les préoccupations économiques et sociales demandent davantage de travail immédiat. La ministre déléguée à la Famille a bien fait de dire qu’il faudrait prendre le temps de l’écoute et de la discussion. Il existe des confusions à dénouer, des impasses à déjouer, des lumières à faire pour que le débat apporte quelque chose à la démocratie. Oui, vraiment on peut souhaiter un vrai et large débat qui prenne son temps.

    On parle de l’extension du droit au mariage à tous : c’est une liberté qui s’ajoute, pourquoi s’y opposer ?

    Voici justement une confusion à lever ! L’expression : le mariage pour tous, est une expression maladroite et inexacte en réalité. Il demeurera des situations qui empêcheront le mariage : un oncle et sa nièce, ou un frère et une sœur continueront de voir le mariage leur être interdit ! Parce que le mariage est une institution sociale déterminante pour la construction de la société, elle n’est concevable que dans certaines conditions, et donc à l’exclusion d’autres conditions. Préserver le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme en vue de la protection de la filiation, c’est une condition fondamentale pour la société. Ce n’est pas le maintien d’un privilège en faveur des personnes hétérosexuelles.

    Justement, n’est-ce pas priver les personnes homosexuelles d’un droit ? Puisqu’ils s’aiment, pourquoi n’ont-ils pas le droit de se marier ?

    Parce que le droit de se marier n’est pas le corrélatif immédiat à l’amour de deux personnes entre elles. S’aimer est certes une condition pour se marier ; mais ce ne fut pas toujours le cas ! C’est évidemment un progrès de la conscience que de mettre l’amour comme une condition du mariage. Mais il semble de nos jours que ce soit comme la condition unique, de sorte que la fin de l’attachement amoureux signe souvent la fin du mariage ! Le sentiment amoureux à lui seul ne justifie pas le mariage, c’est le projet familial qui appelle le mariage. [...]

    La question n’est pas celle de l’homosexualité. Les personnes homosexuelles ne sont pas réductibles à leur sexualité, elles ne sont pas définies tout entière par celle-ci. Et en raison de leur sexualité, elles n’ont pas à être discriminées, méprisées, déconsidérées, mises à l’écart. Elles méritent au contraire respect et considération ; sans oublier notamment qu’elles ont été davantage jugées dans le passé encore tout proche. L’Eglise, certes, et les religions d’une façon générale, ont leur part dans ce jugement. Mais aujourd’hui nous disons : le respect leur est dû comme à toute personne. Et d’ailleurs, même s’ils peuvent désirer une vie de couple stable, le mariage comme institution sociale n’est pas forcément ce qu’ils cherchent.

    Et quelles objections formuler contre ce nouveau type de contrat entre deux personnes que serait le mariage pour les personnes homosexuelles ?

    Justement qu’il n’est pas un pur et simple contrat entre deux personnes. Le mariage est une réelle institution sociale faite pour rendre solide la filiation. Certains de ses membres qui répondent aux conditions de cette institution y adhèrent librement par un contrat, un engagement qui dépasse les deux personnes concernées. [...] Changer la nature de l’institution du mariage en l’ouvrant aux personnes homosexuelles avec droit à l’adoption, ce serait aussi changer le statut des personnes mariées sous le régime actuel. A-t-on vraiment pris conscience que le statut de père et de mère disparaît dans cette figure nouvelle ? Il y aurait un parent 1, et un parent 2, et forcément un parent 3 grâce auquel l’enfant devrait d’être né : quel serait son statut dans la famille ? Sera-t-il porté sur le livret de famille ? De quels droits jouira-t-il dans la famille ? [...]"

 

Monseigneur Le Saux (Le Mans)

Communiqué de Mgr Le Saux sur le projet de loi entre personnes de même sexe

La société française est traversée par les questions autour du projet de la loi visant à élargir le mariage aux couples homosexuels. Beaucoup pensent que c’est une évolution inéluctable face à laquelle il faut faire preuve d’esprit d’ouverture. Il est impossible à l’Eglise de ne pas réagir face à un tel projet. En réalité, on touche à un pilier fondamental de notre société.

La position des évêques de France est connue et claire. Bien sûr, je partage totalement la position de mes frères dans l’épiscopat. L’Eglise ne réagit pas d’abord pour des raisons religieuses mais pour des raisons d’ordre anthropologique. L’union durable d’un homme et d’une femme pour fonder une famille n’est pas l’invention d’un type particulier de société, mais est profondément inscrit dans la nature humaine.

Vous le savez, dès que l’on veut avoir un débat ou une réflexion sur le sujet, nous sommes accusés d’homophobie. Ainsi, pour ne pas passer pour homophobe, nous sommes tentés d’éviter le débat. Refuser le mariage homosexuel n’a rien à voir avec l’homophobie. Nous pouvons avoir un grand respect pour les personnes homosexuelles, tout en contestant le fait que le couple homosexuel soit présenté par l’Etat comme un modèle social, au même titre qu’un couple marié. Nos propos sur le sujet ne doivent et ne veulent en rien être méprisant ou blessant pour les personnes concernées.

Est en préparation aussi la loi sur l’adoption d’enfants par des couples de même sexe. Au nom de la non discrimination, l’intérêt de l’enfant, dont on présume de façon totalement acritique qu’il n’est pas lésé par l’absence d’un père ou l’absence d’une mère, est absent du débat public. Le projet de loi interdit d’emblée à l’enfant d’avoir un papa et une maman. Et cela n’est pas considéré comme une discrimination.

Derrière ces propositions, il y a la théorie du « genre ». Il s’agit de faire passer l’idée selon laquelle la différence sexuelle n’est que de l’ordre du biologique et ne concerne donc pas l’identité de la personne, chacun pouvant choisir son orientation sexuelle indépendamment de son sexe. Il serait par conséquent interdit, car considéré comme conditionnement, de donner à un garçon des repères éducatifs masculins, et à une fille des repères éducatifs féminins, au nom de la liberté individuelle toute puissante affranchie vis-à-vis de la nature.

Ces questions sont fondamentales. Nous ne pouvons pas faire des choix superficiels.

L’Eglise réclame un vrai débat, un vrai dialogue sur ces sujets, et de ne pas être écartée uniquement à cause de ce qu’elle pense. Ces projets sont présentés comme une attente de la société sans aucune consultation réelle des citoyens.

Je ne peux qu’inviter tous à réfléchir, à se mobiliser pour un véritable débat, sans violence, avec charité et délicatesse. Il s’agit d’un service à rendre à nos frères et sœurs en humanité.

Mgr Yves Le Saux
Evêque du Mans

 

 


Monseigneur Norbert Turini, évêque de Cahors, répond à La Dépêche :

    "Et le mariage homosexuel ?

    Je crois qu'il faut d'abord bannir l'idée que l'église est homophobe. L'église respecte les homosexuels mais ne se reconnaît pas dans le mariage homosexuel. Pour nous, la cellule de base, c'est la famille, un père et une mère. Nous portons en nous cette altérité. Mais l'église souhaite que le débat qui s'engage soit un débat apaisé.

    La question de la fin de vie traverse la société. Elle est très délicate…

    L'église respecte la vie, de l'origine à son terme. Nous préférons évoquer les soins palliatifs plutôt que l'euthanasie. On ne sait pas ce qui se passe dans la tête de la personne qui va mourir. Son choix d'un jour est-il définitif ? Ce débat pose la question de la mort dans la société qui aujourd'hui fait peur. J'ai rencontré des médecins qui se posent beaucoup de questions.

 

 

Monseigneur Gilbert Aubry : "ce qui nous importe c’est l’enfant"

le 15 août 2012. Invité sur le plateau du Journal Télévisé d’Antenne Réunion, l’évêque de La Réunion, Monseigneur Gilbert Aubry a réaffirmé la position de l’église catholique sur le mariage homosexuel.

    A"l’Eglise respecte chaque personne telle qu’elle est avec ses tendances sexuelles telles qu’elles sont. [Chaque enfant] a besoin d’un repère paternel et d’un repère maternel. Qu’un homme avec un autre homme veuillent vivre un amour d’amitié, pourquoi pas ? Qu’une femme avec une femme puissent vivre un amour d’amitié, pourquoi pas ?".

    "ce qui nous importe c’est l’enfant, c’est la transmission de la vie et puis l’équilibre de l’enfant"."s’il n’y a pas la référence paternelle et la référence maternelle, l’enfant sera perturbé".

    "le statut du mariage doit être réservé à un homme et une femme [...] le mariage religieux ne peut pas exister sans le mariage civil dans la loi française".

 

 

Monseigneur Raffin

Entretien accordé le 6 octobre 2012 à Radio Jéricho

    "C'est aussi une vérité élémentaire, que normalement l'enfant a besoin d'être structuré non seulement dans sa naissance, dans ses géniteurs, mais aussi dans ses éducateurs, par une personnalité masculine et une personnalité féminine".

 

Monseigneur Bouilleret, Evêque d'Amiens :

ici

 

 

Monseigneur Giraud, Evêque de Soissons

 

 

   "On nous discrédite, a priori, en nous disant « vous êtes homophobes », alors que nous défendons l'homme, la femme et l'avenir de l'homme et de la femme. Nous voulons que les gens réfléchissent, c'est un débat sociétal. Nous sommes un peu des empêcheurs de tourner en rond. L'enjeu est essentiel : quels repères stables dans une société déstabilisée ? Il y a des repères originels, ne les déplaçons pas trop vite. Ce ne sont pas des vieux garçons qui parlent, mais des laïcs. Comme évêques, nous ne sommes que les porte-parole du peuple de Dieu"

 

Monseigneur Brouwet, Evêque de Tarbes et Lourdes

(texte compltet)

 

    "On reproche parfois à l’Eglise son moralisme. Mais le sentimentalisme diffus dans lequel la question du « mariage pour tous » est traitée par bien des media ne fait pas honneur à la raison humaine : il ne suffit pas d’additionner des témoignages émouvants, souvent, d’ailleurs, en faveur exclusive des couples homosexuels, pour faire mûrir une réflexion en profondeur.

    Il semble y avoir assez peu de travaux de juristes, de psychologues, d’éducateurs ou d’historiens sur la question du mariage des homosexuels et de l’adoption d’enfants par des couples de même sexe. Des professionnels sans parti pris parleront-ils ? En ont-ils même la liberté ? Accepteront-ils aussi de parler et d’écrire dans des revues scientifiques, même s’ils vont à contre-courant du discours médiatique ? Y aura-t-il une place faite pour des témoignages contradictoires ou la parole ne sera-t-elle donnée qu’à ceux qui militent pour ce projet de loi ? (...)

    Quelle est la question posée par le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour les personnes homosexuelles ? C’est celle du mariage et de la famille qui, lorsqu’ils constituent un foyer aimant, sont des fondements de notre vie sociale.

    Le mariage engage un homme et une femme qui s’aiment. C’est-à-dire deux personnes possédant la même humanité, deux personnes totalement égales en dignité, mais dissemblables parce qu’elles sont de sexe différent. Chacune a sa manière de vivre son humanité : un homme ne pourra jamais comprendre totalement ce qu’est la féminité. Une femme ne pourra jamais saisir parfaitement la version masculine de l’humanité. Ce qui fonde notre vie sociale, c’est l’acceptation de ne pas pouvoir être l’humanité à soi tout seul ; c’est l’acceptation de cette différence sexuelle fondamentale qui fait que je ne peux prétendre me suffire à moi-même. (...)

    Le consentement à cette différence sexuelle incontournable – chacun de nous naît homme ou femme et il naît aussi d’un homme et d’une femme – fonde le consentement à toutes les différences auxquelles je suis confronté dans mon existence. Accepterai-je ou non celui qui est différent de moi ? Parce qu’il vient d’une autre culture, parce qu’il est moins riche, parce qu’il est d’un tempérament plus vif, parce qu’il est plus doué ?...

    Cette différence sera-t-elle pour moi un enrichissement ou la vivrai-je comme une remise en cause insupportable de ce que je suis ? Le mariage engage un homme et une femme qui s’aiment. Le mariage, dans lequel s’exprime un amour vivant et libre, est l’ouverture de l’homme et de la femme à ce monde-là. A un monde où j’accepte de ne pas être une totalité à moi tout seul pour construire, avec une personne de sexe différent, une société plurielle.

    De ce mariage naissent des enfants. Pour qu’un enfant vienne au monde, il faut un homme et une femme. La fécondité biologique repose sur l’altérité sexuelle. La technologie actuelle peut évidemment cacher cette réalité, en inséminant une femme seule par exemple ; mais elle ne pourra jamais la contredire. Et si un enfant naît d’un homme et d’une femme, c’est parce qu’il a besoin de son père et de sa mère – un père et une mère qui s’aiment – pour s’ouvrir à cette différence sexuelle radicale, la comprendre et l’assumer. La famille est un lieu d’éducation à la vie sociale : on y vit avec des personnes de sexes différents, d’âges différents, de caractères différents. On y apprend à cohabiter, à faire ensemble des projets, à dialoguer, à se pardonner, à se connaître et à prendre soin de l’autre. Tout cela se fait dans le climat d’une différence sexuelle acceptée et vécue par le couple parental.

    C’est pourquoi le mariage et la famille sont fondateurs pour notre vie en société. Parce que la famille a pour tâche d’éduquer au vivre ensemble ; et qu’elle repose sur un lien conjugal qui est un véritable projet social. En effet, le mariage n’est pas seulement la reconnaissance publique d’un sentiment de tendresse qui unit les époux : il est un engagement dans la durée à fonder un foyer et à élever des enfants pour construire, avec d’autres familles, la communauté politique à laquelle on appartient. Une société n’a d’avenir que si des familles stables regardent au-delà d’elles-mêmes, prennent leurs responsabilités dans la construction du monde, assurent le renouvellement des générations et éduquent à la vie sociale. La famille est donc la première communauté dans laquelle l’individu est inclus de manière naturelle, c’est à dire sans qu’il le cherche : la personne humaine appartient de fait à une famille. C’est pourquoi la personne humaine et la famille ne tirent pas leur identité et leur légitimité de l’Etat. L’Etat est postérieur au mariage et à la famille, comme il est postérieur à la personne humaine. Voilà pourquoi il n’appartient pas à l’Etat, me semble-t-il, de définir ce que doivent être le mariage et la famille. Au contraire, il est à leur service. Il peut, certes, donner des droits à des personnes désirant vivre ensemble.

    Mais le pouvoir politique ne peut toucher à ces réalités fondamentales que sont le mariage et la famille sans abuser gravement de ses prérogatives. Il a en effet pour fonction d’assurer le vivre ensemble, pas de définir ou de redéfinir les catégories les plus élémentaires de la personne et de la société. Or par son projet de loi, le pouvoir politique se propose de changer en profondeur la définition du mariage. Il le réduit à un pacte privé entre deux personnes qui s’aiment sans s’interroger sur ce que ce changement va induire à la fois pour le renouvellement des générations dans l’ordre social et pour l’accueil de la différence sexuelle dans l’ordre symbolique. Certes il faut qu’il y ait de l’amour. Et cet amour est indispensable pour éduquer des enfants. Les personnes homosexuelles qui demandent le mariage sont capables d’un amour profond, généreux, sincère. Mais il faut aussi, pour fonder une famille et contribuer à la vie sociale, accepter de se confronter à la réalité, celle de la différence entre l’homme et la femme.

    Affirmer que l’interdiction actuelle du mariage pour les personnes homosexuelles est une injustice qui leur est faite est une échappatoire. Le mariage concerne un homme et une femme. Dans toutes les civilisations et au cours de toute l’histoire. Jamais une culture n’a proposé un mariage entre deux personnes de même sexe. Les personnes homosexuelles ne sont donc pas concernées par le mariage. Elles font le choix de vivre autre chose. Mais si l’on change la définition du mariage en prétendant qu’il concerne deux personnes indépendamment de leur sexe, alors on en fait une injustice. Mais jusqu’où ira-t-on ? Certains réclament déjà un mariage à plusieurs. Sur quel critère va reposer la nouvelle définition du mariage ? Apparemment sur l’arbitraire du pouvoir politique. C’est cela qui est grave. L’Etat doit-il donner une reconnaissance institutionnelle à toutes les formes d’association, à toutes les formes de vie commune ?

    Une autre dérive me semble dangereuse dans ce projet de loi : c’est l’idée que l’on semble se faire de l’adoption. L’adoption a été rendue possible pour venir en aide à des enfants privés de leurs parents. On leur donnait ainsi une famille pour qu’ils puissent y trouver une affection, une éducation, un confort bien supérieurs à ce qu’ils pourraient trouver dans un orphelinat, par exemple, ou en étant laissés à eux-mêmes dans la rue. Beaucoup de couples ont ainsi accueilli un ou plusieurs enfants en plus des leurs. Certes, des couples atteints par la stérilité ont trouvé là un moyen de fonder une famille, ce qu’ils n’auraient pas pu faire autrement. Disponibles, généreux, désireux d’éduquer des enfants, ils se sont ouverts à l’adoption pour faire face à une situation imprévue, inattendue.

    Dans le projet de loi qui sera proposé, l’adoption ne sera plus d’abord un moyen d’aider des enfants mais une manière d’institutionnaliser un droit à l’enfant, ce qui est radicalement différent. Et contraire au respect de la personne qui n’est jamais un moyen pour satisfaire un désir, aussi fort soit-il. Par ailleurs, comment organisera-t-on alors la répartition des enfants en attente de famille ? Quels seront les enfants qui auront droit à des parents de sexe différents et quels seront ceux qui seront confiés à un couple homosexuel ? Quelle justice peut-on garantir à ces enfants adoptés ?

    L’homosexualité ne définit pas une identité. L’homosexualité ne constitue pas une identité ; on ne définit pas quelqu’un par ses désirs sexuels. On est homme ou femme et la société ne peut fonctionner que dans la reconnaissance de cette altérité et dans l’acceptation par chacun de son être sexué. A travers la « théorie du genre », on enseigne aujourd’hui aux jeunes de nos collèges et de nos lycées qu’ils sont déterminés dès leur naissance par une orientation sexuelle ; il serait utile de leur dire que l’attrait souvent passager pour quelqu’un du même sexe à l’adolescence – attrait qui va parfois jusqu’à une expérience sexuelle – ne constitue pas une orientation sexuelle et encore moins une identité. Prétendre le contraire c’est les tromper et les désespérer. La tâche des parents et des éducateurs n’est pas d’enfermer les jeunes mais de les rendre à eux-mêmes en leur faisant découvrir leur vocation, une vocation à bâtir le monde présent avec leurs richesses, leurs talents, leurs compétences personnelles".
 

 

Monseigneur SIMON, archevêque de Clermond Ferrand

 Le projet de loi visant à instaurer « le mariage pour tous », afin de l’ouvrir aussi à des couples formés de personnes de même sexe, a déjà fait l’objet de bien des commentaires. Le Conseil « Famille et société » vient de publier un texte important dont je souhaite qu’il soit lu et travaillé par beaucoup de diocésains. Je ne reviens donc pas sur ce document qui est à disposition sur le site de notre Conférence1.

Pour ma part, je voudrais focaliser notre attention sur les conséquences de ce projet pour l’état civil, et donc pour l’identité de l’ensemble des citoyens. En effet, même si la demande vient de couples homosexuels, il faut bien voir que ce projet aura des conséquences importantes pour tout le monde.

Et pour commencer  je voudrais noter deux observations qui doivent nous interroger :

- Tout d’abord, au moment où le parlement vote des lois pour imposer partout la parité entre hommes et femmes, voici que l’on semble vouloir l’abolir là où elle est devenue la plus évidente : dans le mariage monogame. 2  Cela est un peu étrange !

- Par ailleurs, tous les jours, les Médias nous parlent de la violence à l’Ecole, et parfois de tragédies comme celle de Grenoble. A les entendre, il est clair que les jeunes générations souffrent en ce moment, en France, d’une carence de l’autorité, en particulier de l’autorité paternelle.

Alors, si l’on essaie de «  penser en diagonale » pour relier ensemble tous ces phénomènes, on peut vraiment se demander si c’est bien le moment d’affaiblir et de neutraliser ce qui permet à un enfant de construire son identité personnelle : la référence à un père et à une mère 3. Car c’est bien à cette neutralisation de la paternité et de la maternité que va conduire le projet,  actuellement débattu, de « mariage pour tous.. ».

Le mariage pour tous !

L’expression  peut paraître sympathique et généreuse. Mais elle n’est pas juste. En fait, tout le monde ne peut pas se marier, car le code civil impose des conditions : être majeur, n’être pas consanguins, être libre de tout mariage antérieur, etc. Ces conditions resteront en vigueur. Le mariage ne sera  donc pas vraiment pour tous. Même si notre société semble n’accorder du prix qu’à la seule condition subjective : « du moment qu’ils s’aiment ! », il restera des conditions objectives qui restreindront le droit de se marier.

Selon la Ministre de la Justice, une seule restriction du Code civil sera levée : celle qui exige que le couple soit composé d’un homme et d’une femme. On le voit, en apparence, il s’agit seulement d’une extension d’un droit, déjà acquis par 95% de la population, à une minorité de 5 % qui s’en trouve privée du fait de son orientation homosexuelle. Si le problème est posé de cette façon, il n’est pas étonnant que les gens se demandent pourquoi l’Eglise s’obstine à refuser à 5 % un droit dont bénéficient déjà 95 %...

Mais est-il vrai que l’extension du droit de se marier à une nouvelle catégorie de citoyens  restera  sans effets pour  ceux qui en bénéficient déjà ? En quoi le fait de l’étendre aux personnes de même sexe peut-il avoir des conséquences rétroactives sur le mariage ? Pour  bien voir ce point, qui est en réalité décisif, il convient de se focaliser non plus seulement sur le mariage, en tant que célébration proprement dite, mais sur les conséquences par choc en retour sur l'établissement de l'état civil. Aujourd'hui, lorsque des enfants naissent dans un foyer marié, le mari est automatiquement présumé père de l’enfant. Et  la  fiche d'état civil de ces enfants comporte les points suivants : nom du père, nom de la mère, nom de l'enfant… etc. Mais si les personnes homosexuelles ont accès au mariage, qui donne immédiatement accès à l'adoption, on pourra se demander ce que deviennent ces mentions de père et de mère sur la fiche d’état civil. Faudra-t-il écrire seulement parent 1, parent 2, comme on a décidé de le faire en Espagne, par exemple ?

Il conviendra aussi d'observer que, en réalité, les parents sont… trois.  Donc, il  faudra aussi ajouter parent  3,  pour noter quelle est l'origine complète de l'enfant. Car il n'est pas vrai qu'un enfant puisse naître de deux personnes du même sexe. Au-delà  d'un  « couple » de personnes de même sexe,  il y a nécessairement  une troisième personne qui fait partie des origines de l'enfant.

 

 

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