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Stopper la recherche sur l'embryon humain - P-O Arduin

Publiée le 26-11-2011

"On doit se demander pourquoi les choix de nature technique n'ont connu jusqu'ici que des résultats imparfaits." Caritas in Veritate, 71

 

par Pierre-Olivier Arduin - 24.11.2011

Le coup de tonnerre déclenché par l'arrêt du premier essai américain utilisant des cellules embryonnaires et les progrès enregistrés par la communauté médicale avec les cellules souches adultes posent pour la première fois la question de l'abandon de la recherche sur l'embryon humain.

Pour commenter l'arrêt brutal par la société américaine Geron du premier essai sur l'homme à base de cellules souches embryonnaires, nous parlions la semaine dernière de mini séisme. Le Figaro enfonce le clou en qualifiant cette décision imprévisible de « coup dur terrible pour la filière de thérapie cellulaire », ajoutant que l'entreprise de biotechnologie met en vente toute sa filière sur les cellules souches embryonnaires et licencie par la même occasion plus d'un tiers de ses employés [1].


Tirer les conséquences des contre-performances des cellules souches embryonnaires

Présenté fin 2010 comme une première mondiale, l'essai devait apporter la preuve de l'innocuité et de l'efficacité des cellules souches embryonnaires sur des malades gravement touchés à la moelle épinière. Il s'agissait en particulier de montrer que ces cellules étaient en mesure de réparer des liaisons neuronales sectionnées après un accident.

Interrogé par Le Figaro, le professeur Marc Peschanski, directeur de l'Institut I-Stem financé en partie par les dons du Téléthon, déplore que l'abandon de ce premier essai « donne un mauvais signal aux investisseurs et aux pouvoirs publics sur l'état des travaux sur les cellules souches (…). ». Mais surtout, il reconnaît aujourd'hui que le protocole de Geron était particulièrement « acrobatique » selon ses propres termes, ce qu'il s'est toujours bien gardé de dire auparavant. Au contraire, il fait partie de ces quelques scientifiques qui se sont opportunément servis du lancement de cet essai comme moyen de faire pression sur les parlementaires français pour espérer aboutir à une autorisation de la recherche sur l'embryon dans notre pays. Le message était bien celui-ci : avec cet essai, l'Amérique prouve qu'elle a une longueur d'avance sur la France et qu'il lui sera impossible de refaire son retard si le législateur s'entête à entraver la recherche. La fragilité de l'argument apparaît aujourd'hui en pleine lumière.

Pour se justifier, le PDG de Geron invoque les conditions économiques incertaines et la pénurie de capitaux liées à la crise financière actuelle. Peut-être, mais comme le souligne le professeur Alain Privat, spécialiste de la moelle épinière et des cellules souches, les raisons économiques ne suffisent pas à élucider un tel revirement : « Geron aurait facilement trouvé des financements supplémentaires si son traitement avait montré qu'il était capable d'apporter des améliorations à l'état des patients atteints à la moelle épinière, ce que personne ne sait faire aujourd'hui ». En d'autres termes, l'incapacité foncière des cellules souches embryonnaires à reconstruire un tissu humain endommagé explique que la société américaine se soit détournée de cette recherche au beau milieu de la procédure. Le désastre financier de la firme de biotechnologie n'est que la conséquence logique des contre-performances enregistrées depuis des années dans ce secteur de recherche des thérapies cellulaires.

Au-delà de l'efficacité des cellules souches embryonnaires soulevée par l'arrêt de l'essai américain, c'est également la question de la sécurité qui est posée. En plus des problèmes de tolérance immunitaire, plusieurs études montrent au sein des cellules d'origine embryonnaire une augmentation anormale d'aberrations génétiques associées au risque de formation de tumeurs comme nous le rapportions au début de l'année.


Résultats spectaculaires avec les cellules souches adultes

Pendant ce temps, la communauté médicale vole de succès en succès avec les cellules souches adultes. Pour la première fois, un essai à base de cellules souches cardiaques a donné des résultats spectaculaires chez des personnes souffrant d'insuffisance cardiaque suite à un infarctus. Le journaliste spécialiste des questions médicales et bioéthiques Jean-Yves Nau évoque un « traitement régénérateur révolutionnaire [2]» à propos de cette étude publiée le 14 novembre dans la célèbre revue The Lancet et présentée en avant-première lors d'un congrès de l'Association américaine de cardiologie.

Après obstruction de la circulation sanguine au niveau de certaines zones du cœur, le muscle cardiaque privé d'oxygène se nécrose conduisant à une diminution de sa puissance de contraction. L'insuffisance cardiaque qui peut en résulter handicape parfois sévèrement les personnes qui en sont victimes. L'idée de réparer le tissu infarci avec une greffe de cellules souches, bien que séduisante, apparaissait jusqu'ici comme inatteignable. Or, au début des années 2000, les chercheurs ont découvert qu'un cœur adulte recélait naturellement des cellules souches cardiaques. Ce sont ces cellules que des médecins américains de l'Université de Louisville et du Harvard Medical School ont prélevées chez des malades ayant bénéficié d'un pontage coronarien. Après les avoir cultivées et différenciées in vitro, ils les ont réinjectées 4 mois après l'infarctus à l'aide d'un simple cathéter. On peut donc parler de médecine régénérative personnalisée, chaque malade recevant ses propres cellules sans aucun risque, par définition, de rejet par l'organisme.

Au final, les bénéfices sont inespérés et ont même surpris les chercheurs. Après avoir recruté 23 patients ayant une fraction d'éjection ventriculaire gauche (FEVG) inférieure à 40% (la normale étant supérieure à 50%), ils se sont rendus compte que celle-ci était passée de 30,3% à 38,5% quatre mois après la thérapie cellulaire tandis qu'aucun changement n'était observé dans le groupe témoin. Au bout d'un an, l'amélioration moyenne de la FEVG passait même à plus de 12%, confirmée par l'imagerie par résonance magnétique nucléaire.


Suspendre les essais à base de cellules souches embryonnaires

Selon nous, l'ensemble de ces résultats, tant du côté des cellules souches embryonnaires que de celui des cellules souches adultes, remettent totalement en cause la tenue en France de ce qui est d'ores et déjà présenté comme le premier essai clinique utilisant des cellules dérivées d'embryons humains. On sait en effet que l'unité de thérapie cellulaire en pathologie cardio-vasculaire du centre hospitalier universitaire George Pompidou est pressentie depuis plusieurs mois pour mener la première étude de ce type. L'objectif serait là aussi d'améliorer l'insuffisance cardiaque en greffant dans le cœur malade des cellules issues de la destruction d'embryons. Philippe Ménasché et Michel Pucéat qui pilotent ces travaux auraient reçu un avis positif du Comité de protection des personnes, mais attendent toujours le feu vert de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps).

Or, les dispositions de la nouvelle loi du 7 juillet relative à la bioéthique s'opposent au lancement de cet essai. La législation modifie en effet le Code de la santé publique en confirmant que « la recherche sur l'embryon humain, les cellules souches embryonnaires et les lignées de cellules souches est interdite » et que « les recherches alternatives à celles sur l'embryon humain et conformes à l'éthique doivent être favorisées » (art. L. 2151-5).

Le régime dérogatoire au principe d'interdiction n'est prévu que si plusieurs conditions sont « réunies », poursuit la loi. Or, l'une d'elle précise qu'il doit être « expressément établi qu'il est impossible de parvenir au résultat escompté par le biais d'une recherche ne recourant pas à des embryons humains, des cellules souches embryonnaires ou des lignées de cellules souches ». Une lecture rigoureuse des termes de la législation adoptée cet été par le Parlement impose donc aux pouvoirs publics de recaler la demande d'autorisation de l'hôpital George Pompidou, les Américains ayant démontré l'efficacité des cellules souches adultes dans la même indication.

En fait, c'est l'ensemble des autorisations délivrées par l'Agence de la biomédecine qui sont susceptibles d'être retoquées. Car la nouvelle loi donne pouvoir aux ministres de la santé ou de la recherche de suspendre tout protocole de recherche qui violerait la condition rappelée ci-dessus. 

En conséquence,

L'association pour la Fondation de Service politique demande aux ministres concernés (et aux autorités sanitaires comme l'Afssaps) d'appliquer strictement la loi, premièrement en recalant le dossier d'autorisation déposé par l'hôpital George Pompidou dans l'indication de l'insuffisance cardiaque, deuxièmement en bloquant tout projet de recherche qui ne satisferait pas aux conditions requises par la nouvelle législation relative à la bioéthique.

 

[1] Cyrille Vanlerberghe, « Cellules souches d'embryon : coup dur pour les traitements », Le Figaro, 17 novembre 2011.

[2]

Jean-Yves Nau, « Les cellules souches au secours des victimes d'infarctus du myocarde »,

Slate.fr

, 14 novembre 201

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