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BAC blanc : justifier que le Norlevo n'est pas abortif : contre-vérité scientifique et idéologie

Publiée le 13-10-2011

paru sur Liberté Politique - 12.10.2011 - Pierre-Olivier Arduin

     A nouveau les sujets du bac imposent aux candidats une vision manipulée de la réalité biologique en leur demandant de justifier que le Norlevo, la pilule du lendemain, n'est pas un abortif. Cette position purement idéologique de l'Education nationale constitue une nouvelle atteinte à la liberté de conscience des élèves que nous ne pouvons pas accepter.

     Décidément, le module Féminin/Masculin des nouveaux programmes de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) des 1ere ES et L n'en finit plus de faire parler de lui. Après le chapitre très controversé « Devenir homme ou femme » qui fait la part belle à la « théorie du genre », celui intitulé « Prendre en charge sa vie sexuelle » est sur le point de susciter une nouvelle polémique. En cause, un sujet blanc du baccalauréat où la propagande idéologique le dispute à la manipulation des faits scientifiques.

 

      Dès 2012, les lycéens des classes de 1ere ES et L passeront l'épreuve écrite anticipée de sciences (SVT-Physique-Chimie) dont une note de service du Ministère de l'Education précise qu'elle comportera 3 parties. Si les deux premières ne soulèvent pas de questions particulières car abordant des thèmes qui mêlent biologie, physique et chimie (comme « nourrir l'humanité ») ou qui se rapportent exclusivement aux sciences physiques (comme le « défi énergétique »), la troisième sera spécifique des SVT et a toutes les chances de porter sur le module Féminin/Masculin.

     Suivant la procédure habituelle, le ministère a présenté en juin 2011 plusieurs exemples de sujets blancs de baccalauréat avec une grille de correction adressée aux enseignants. L'un d'eux propose ainsi dans sa troisième partie un exercice relevant directement du chapitre « Prendre en charge sa vie sexuelle »[1].

     L'exercice noté sur 6 points concerne le mécanisme d'action de la contraception d'urgence ou pilule du lendemain. Le petit texte sensé introduire la problématique est tiré d'un message laissé par une jeune fille sur un forum de discussion.

     « J'ai dû prendre la pilule du lendemain il y a quelques semaines et je n'arrive pas à m'en remettre. Pour moi, la prendre, ça veut tout simplement dire que si bébé il y a eu, je me suis faite avorter. Mon compagnon ne comprend pas du tout mon opinion. Pour lui, c'est juste le rattrapage d'un accident ».

     Tout l'exercice consiste pour le futur candidat au baccalauréat à démonter les préjugés de cette jeune femme qui confond contraception et avortement et lui montrer en quoi elle a tort. Pour cela deux documents très orientés sont soumis à l'élève.

     Le premier est un extrait de la notice d'utilisation du Norlevo, nom commercial de la pilule du lendemain : « La substance active est le lévonorgestrel (…). Cette contraception d'urgence doit être utilisée le plus tôt possible, de préférence dans les 12 heures et au plus tard dans les 72 heures (3 jours) après le rapport sexuel non protégé (…). Il ne fonctionne pas si vous êtes déjà enceinte ».

     Le second est un graphique qui montre l'évolution de la concentration sanguine de l'hormone LH en fonction du temps, la première courbe avec un « pic de LH » étant celle d'une femme qui ne reçoit pas de lévonorgestrel, la seconde montre l'absence de pic de sécrétion de cette même hormone chez une femme qui prend la « contraception d'urgence » deux jours avant l'ovulation.

     Il est alors demandé au lycéen de rédiger un message expliquant à l'internaute en quoi la prise de la pilule du lendemain ne peut pas être considérée comme un avortement.

     L'exercice, en mêlant le faux et le vrai, est redoutable par la manipulation des faits et la présentation tronquée du fonctionnement de la pilule du lendemain qu'il implique. Pour satisfaire à la consigne biaisée de la question rédactionnelle, l'élève est en effet contraint de faire une réponse partiale s'il ne veut pas être sanctionné.

     En effet, sachant grâce à son cours de SVT que le pic de l'hormone LH provoque l'ovulation (connaissance exigible du programme), le candidat doit en déduire que la suppression de ce pic par la prise de lévonorgestrel bloque l'ovulation et donc empêche la rencontre des cellules sexuelles. Il doit donc mettre en valeur le mécanisme anticonceptionnel du produit qui déjoue la fécondation et évite qu'un embryon soit conçu. La conclusion s'impose d'elle-même : le Norlevo n'est pas abortif et la jeune femme du forum de discussion fait erreur en culpabilisant d'y avoir eu recours.

     Or, ce type d'action n'est valide que si la pilule du lendemain est prise avant l'ovulation comme le précise d'ailleurs la légende sur le schéma proposé (administration du lévonorgestrel 2 jours avant l'ovulation). Si l'ovulation vient d'avoir lieu ou si elle est sur le point de se produire, les spermatozoïdes ne mettant que 50 à 80 minutes pour rejoindre le lieu de la fécondation, le produit ne pourra éviter que se rencontrent les gamètes féminin et masculin. C'est l'exemple typique de la jeune fille qui a une relation sexuelle un samedi soir et qui va chercher en pharmacie une boîte de Norlevo le lundi. Si l'ovulation a lieu entre temps, il y aura conception d'un embryon. Dans ce cas, la pilule du lendemain met en œuvre un second mécanisme, dit interceptif ou antinidatoire, qui va empêcher l'implantation de l'embryon conçu. La paroi de l'utérus étant altérée, le tout jeune embryon, en sortant de la trompe dans laquelle il a migré pendant environ une semaine, ne pourra trouver un terrain propice pour s'implanter et sera expulsé.

     Selon sa définition classique, l'avortement est la destruction, quelle que soit la façon dont il est effectué, d'un être humain dans la phase initiale de son existence située entre la conception et la naissance. L'action antinidatoire de la pilule du lendemain n'est donc qu'un avortement précoce réalisé à travers des moyens chimiques. La jeune femme qui ingère la pilule du lendemain ne connaît pas le moment exact de son ovulation, elle ne saura donc jamais à quel moment du cycle elle se trouve et si elle a détruit ou non l'embryon qu'elle portait. Elle devra ainsi vivre avec cette incertitude pesante comme le montre le témoignage douloureux de l'internaute sur le forum de discussion.

     L'élève qui dispose de ces connaissances scientifiques est donc obligé de donner raison à l'inquiétude de cette jeune fille contrairement à ce qu'on voudrait lui faire dire. Le caractère manipulateur de cet exercice est d'autant plus étonnant que, dès la 4e, l'élève doit connaître les différents niveaux d'actions des « contraceptifs » que sont le dispositif intra-utérin ou stérilet, la pilule combinée, l'implant et la pilule du lendemain. Selon les nouveaux manuels de SVT de classe de 4e (programmes 2009) il est bien spécifié que toutes ces techniques, même la pilule classique, présentent une fonction antinidatoire sur l'embryon conçu (voir en particulier le livre du professeur, SVT 4e, Belin, p. 22). C'est également le cas dans les sections ES et L où par exemple le livre du maître demande au professeur de fournir à sa classe un tableau synthétique où il est expliqué que le lévonorgestrel est efficace avant l'ovulation ou avant la nidation (Livre du professeur, Sciences 1ere L, ES, Belin, 2011, p. 60).

     Comment expliquer qu'un tel sujet ait pu alors voir le jour ? Comment rendre compte de cette incohérence manifeste entre le contenu des enseignements et la teneur de cet exercice ?

     La réponse se trouve dans la grille de correction fournie aux enseignants par le ministère de l'Education[2]. Le lycéen doit apporter deux éléments de connaissances notés sur 1 point pour pouvoir répondre à la consigne dans le sens qui lui est imposé. Premièrement, que le pic de LH déclenche l'ovulation comme on l'a dit. Deuxièmement, que « la grossesse correspond à l'implantation de l'embryon dans l'utérus ».

     La déformation scientifique relève ici du révisionnisme tant la manipulation de la réalité biologique est considérable. Il est purement et simplement exigé de l'élève qu'il contredise l'objectivité des données embryologiques universelles qui faisaient jusqu'ici référence, en l'occurrence que la procréation humaine ou la reproduction animale démarrent au moment de la fécondation. Le lycéen doit donc mettre en œuvre un syllogisme fallacieux pour répondre aux attentes du professeur. Il doit dans un premier temps avancer une nouvelle définition de la grossesse en précisant que son début ne coïncide plus avec la rencontre des gamètes mais avec l'implantation de l'embryon. Dans le second moment du raisonnement, il doit constater que la pilule du lendemain ne fait qu'empêcher l'ovulation ou la nidation d'un éventuel embryon conçu. Et finalement, il doit conclure que la contraception d'urgence (et toutes les autres techniques « contraceptives » comme l'implant, la pilule ou le stérilet) n'interrompent pas une grossesse débutante mais empêchent seulement qu'elle ait lieu.

     L'épreuve scientifique, au lieu de mettre en valeur les connaissances et les capacités de réflexion de l'élève, devient le lieu d'imposition d'une approche idéologique qui s'oppose frontalement à la rigueur intellectuelle de l'étude du réel. Peut-on admettre sans broncher que sous couvert de la science le ministère de l'éducation s'arroge une fois de plus le droit de manipuler les consciences de nos enfants ?

 

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