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Paris promeut l'avortement

Publiée le 01-09-2009

par Tugdual Derville - Paru dans France Catholique 31.8.2009

Cinq « centres de planification » à Paris auront pour mission de « favoriser l'accès à l'IVG par la mise en œuvre, dès maintenant, de l'IVG médicamenteuse ».

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, l'avait proposé. Bertrand Delanoë, maire de Paris, l'a fait. La première a signé en mai dernier le décret d'application de sa loi du 21 décembre 2007 ajoutant aux compétences des centres de planification celle de diffuser le RU486, ou IVG médicamenteuse possible jusqu'à 5 semaines de grossesse. Le second vient de lancer la capitale dans la brèche par « une politique volontariste ».
 

La mesure vise à étendre ce que d'aucuns ont nommé « l'avortement à domicile » en multipliant le nombre de ses prescripteurs. Le Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF), qui avait réclamé la réforme savoure sa victoire. Sa secrétaire générale, Marie-Pierre Martinet, s'était toutefois inquiétée au printemps que cette pratique soit laissée « au seul libre arbitre du conseil général ». Celui de Paris vient de lui donner satisfaction. Fatima Lalem, adjointe au maire chargée de l'égalité entre les hommes et les femmes, a annoncé que, d'ici la fin de l'année, 5 des 23 centres de planification parisiens – pour commencer – pourront prescrire et distribuer le RU486.
Sa justification : alors que « l'accès à l'IVG est encore problématique », il faut que les femmes puissent choisir les techniques et les lieux : soit avorter chirurgicalement à l'hôpital, », chez elles. Soit le faire « par voie buccale.
La distinction n'est pas aussi radicale. D'une part, la majorité des femmes recourant à l'IVG médicamenteuse (près de la moitié du total des avortements) le font à l'hôpital, avec une faible durée d'hospitalisation. D'autre part, celles qui avortent à domicile doivent ingérer le premier comprimé là où on le leur prescrit (cabinet du médecin agréé ou, désormais, centre de planification habilité). Il est vrai qu'elles en attendront ensuite chez elles les conséquences. Une expérience souvent précipitée, pénible à tous points de vue. La méthode d'autoadministration qu'on présentait comme indolore s'est même révélée traumatisante pour beaucoup de femmes.
Les risques de complications hémorragiques ne sont d'ailleurs pas négligeables. Pour ces raisons, les pouvoirs publics ont pris soin de déconseiller cette pratique pour les femmes « les plus fragiles et les plus isolées » (rapport parlementaire octobre 2008). On peut donc s'étonner que Fatima Lalem l'envisage comme « une réponse aux femmes qui ne peuvent pas avancer l'argent pour l'avortement ou celles qui n'ont pas de protection sociale ».
La capitale connaît un taux d'IVG supérieur à la moyenne nationale, à l'image de la Région Île-de-France où 1,9 % des femmes avortent chaque année contre 1,4% dans le reste de l'hexagone. Ce qui devrait être un défi pour tous les élus semble être devenu une fatalité pour la Mairie de Paris. Ne s'interrogeant ni sur les véritables causes ni sur les conséquences du phénomène, elle se contente de promouvoir une nouvelle offre d'IVG, plus précoce et plus diversifiée, prenant à son compte les vieux arguments du MFPF : avorter serait un « parcours du combattant » pour les Françaises et 5000 d'entre elles seraient « contraintes d'avorter hors délais à l'étranger ». Les pouvoirs publics ainsi que le syndicat des gynécologues-obstétriciens déplorent pourtant que la France connaisse un taux d'IVG deux fois supérieur à celui constaté en Allemagne.
Alors que montent de plus en plus de témoignages manifestant que l'expérience de l'avortement n'a rien d'anodin pour les femmes et les couples, le discours pro IVG a changé. Les militants qui annonçaient, dans les années 70, que la contraception aboutirait à « des IVG marginales » ont dû se soumettre à l'évidence du « paradoxe contraceptif français » : un taux record de contraception coexiste avec un fort taux d'avortement, qui ne cesse même de croître chez les mineures.
« L'important, c'est de bien s'occuper des femmes qui ont recours à l'avortement et non de réduire à tout prix le nombre d'IVG » avoue le Dr Michel Teboul qui confie à l'AFP se réjouir que les femmes ne se résignent plus à une grossesse indésirable. Ce gynécologue apparaît comme le témoin à charge de la nouvelle bataille du Planning familial  : la fermeture du service d'orthogénie historique qu'il dirigeait à l'hôpital Broussais le désole. Mais les propos de « Julia, une jeune femme qui a déjà interrompu deux grossesses » rapportés par une journaliste de Libération le 27 août ont choqué. « Les hôpitaux m'ont toujours terrifiée » confie-t-elle à Charlotte Boitiaux avant d'affirmer : « cette nouvelle méthode sera plus agréable. Pas besoin d'aller loin, je pourrai rester chez moi ». Un internaute se dit ef¬frayé que Julia ait « déjà prévu son troisième avortement ». Il conclut : « Je ne sais que penser de cette mesure qui, d'après cet article, envoie des femmes et jeunes filles avorter chez elles, sans équipe soignante pour gérer leur douleur et leur angoisse, pour de simples raisons de rentabilité. »
 

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