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« Bébé médicament » : Quand l'homme produit des "hommes-esclaves".

Publiée le 18-02-2011

     La « Bioéthique » est au service de la personne humaine. Elle est devenue au fil des années un mot « magique » qui cache trop souvent une fabrication de l'homme comme véritable « produit industriel ». Le cardinal Ratzinger, dans son livre « Voici quel est notre Dieu » (Ed Plon(Mame) explique pourquoi l'homme, lorsqu'il n'est plus le fruit de l'amour entre un homme et une femme, est blessé, « déshonoré et privé de son propre éclat de créature. ». Quand l'homme contemporain avance la main sur l'arbre de vie !

 

On pourrait penser que c'est l'homme lui-même qui désormais continue la création. Car là où la nature avait besoin de millions d'années, les chercheurs en génétique et en biotechnologie arrivent en un instant de l'histoire à créer de nouveaux aliments et de nouveaux êtres vivants.

      Cardinal Ratzinger: Le décodage du génome humain pose naturellement un grave problème. D'une part c'est une chance. Nous avons accédé par là au cœur même de la structure du vivant jusqu'à en connaître le code. Nous pouvons ainsi contribuer à la constitution du gène et même en transformer la structure. C'est bien, tant que cela se fait dans un but thérapeutique en respectant la création. Mais, dans la mesure où l'homme se croit démiurge et mécanicien du monde, il peut devenir par là un destructeur.
      Il est important ici d'avoir des repères clairs: le grand respect de ce qui est intouchable doit devenir une règle fondamentale du comportement humain. Nous devons savoir que l'être humain ne peut pas et ne doit pas être soumis à nos projets de manipulation. Nous devons savoir que même commencer à manipuler le vivant peut devenir une usurpation de la maîtrise sur le monde qui porte en elle sa propre perte.
      L'homme ne peut rien créer, il ne peut tout au plus que recomposer. Cette capacité lui permet, lorsqu'il se met humblement et respectueusement au service des idées qui sont déjà contenues dans la création, de se faire le collaborateur et le gardien du jardin de Dieu. Mais lorsqu'il se prétend l'auteur, la création est en danger.

 

- Si cueillir les fruits de l'arbre de la connaissance fut déjà une faute, le créateur, dans le récit biblique, met en garde avec insistance contre un autre tabou, plus grand, oui, le tabou absolu qu'est la mainmise sur l'arbre de la vie.
Il est dit dans la Genèse que le Seigneur Dieu « posta les chérubins à l'orient du jardin d'Éden avec la flamme de l'épée foudroyante pour garder le chemin de l'arbre de vie » (Gn 3, 24b) jusqu'au dernier jour. Le Seigneur Dieu dit : « Voici que l'homme est devenu comme l'un de nous par la connaissance du bien et du mal. Maintenant, qu'il ne tende pas la main pour cueillir aussi le fruit de l'arbre de la vie, en manger et vivre à jamais ! » (Gn 3, 22) S agit-il là d'une ultime limite clairement fixée ? La franchir, est-ce à coup sûr aller vers notre propre destruction ?

      Card. Ratzinger : Ces grandes images bibliques resteront inépuisables pour nous et jamais totalement dépassées. Au-delà de toute connaissance elles recèlent des dimensions toujours nouvelles.
      Je voudrais d'abord m'arrêter à l'interprétation classique de cette image, telle que l'ont commentée les Pères dans la foi. Ils font remarquer que l'homme n'a été exclu de l'arbre de vie que lorsque, mangeant le fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, il s'est hissé à un rang inconvenant pour lui. Il avait arraché quelque chose qui, s'il s'en attribue le pouvoir de façon égoïste, ne peut que lui être fatal. Répondant à cette nouvelle situation, Dieu dit que l'homme ne doit pas aussi tendre la main vers l'arbre de vie : être immortel dans ces conditions équivaudrait effectivement à une damnation.
      C'est pourquoi l'exclusion de l'arbre de vie, liée à la destinée mortelle, est une grâce. Si nous devions être immortels dans la condition qui est la nôtre actuellement, ce ne serait vraiment pas une situation enviable. Pour une vie caractérisée par tant d'égarements, la mort, tout en restant une contradiction et pour l'individu un événement tragique, ne constitue pas moins une grâce car, autrement, ce genre de vie serait éternel et le monde totalement inhabitable.

 

- Le message que contient cette image doit-il être pris au sérieux aujourd'hui plus encore que par le passé?

      Card. Ratzinger : Naturellement, on peut approfondir bien plus de telles images. Regardons comment se comportent des hommes maîtrisant le code génétique ; comment ils se servent à l'arbre de vie et se considèrent comme maîtres de la vie et de la mort en reconstruisant la vie. En vérité, il arrive exactement ce dont l'homme devra être préservé : il franchit l'ultime limite.
     Par cette manipulation, l'homme fait de l'autre homme sa créature. L'homme, dès lors, n'est plus le résultat d'un amour, par le processus si mystérieux de la procréation et de la naissance : il est un produit industriel. Il est fait par d'autres hommes. Il est par là déshonoré et prive de son propre éclat de créature.
      Nous ne savons pas tout ce qui se produira à l'avenir dans ce domaine. Mais nous pouvons être convaincus que Dieu s'opposera à une ultime autodestruction criminelle de l'homme. Il s'opposera à l'abaissement de l'homme par la production d'hommes-esclaves. Il y a des limites que nous ne pouvons pas franchir sans devenir des destructeurs de la création, sans aller bien au-delà de la première chute et de ses conséquences négatives.

 

- La question de la manipulation de la vie humaine est devenue urgente.

      Card. Ratzinger : Il est incontournable que la vie humaine doit rester ce dont on ne dispose pas. Il faut une limite à ce que nous faisons, à ce que nous pouvons, à ce que nous avons le droit de faire, d'expérimenter. L'homme n'est pas une chose à notre disposition mais chaque homme particulier représente la présence même de Dieu dans le monde.

 

- Il semble parfois que nous ayons déjà franchi cette limite. Avec la technique génétique est né un instrument qui met à notre disposition, pour la première fois, tout le matériel héréditaire de cette planète.
Depuis longtemps on a commencé à modifier la vie. Aujourd'hui déjà vivent des milliers, vraisemblablement des centaines de milliers d'êtres humains dont la biographie n'est plus du tout liée à une rencontre sexuelle mais qui ont commencé d'exister avec la fécondation d'un ovule en dehors du corps maternel. Il y a des enfants qui ont trois mères : celle dont provient l'ovule, celle qui a porté l'embryon jusqu à la naissance et celle qui l'élève. Certains enfants ont des pères morts bien des années avant leur naissance.
Beaucoup de choses seront possibles à l'avenir : avoir un enfant comme on le souhaite, de tel sexe, avec des yeux de telle couleur, ayant telle taille, tel poids, ou encore prolonger la vie dans un autre corps. Fin 1999, un groupe de savants a, pour la première fois, décrypté entièrement l'un des vingt-quatre chromosomes de l'homme (un des plus petits mais fournissant environ trente millions d'informations génétiques). L'un des membres du groupe, une femme, dit à un reporter: « Eh oui, c était déjà un travail infernal ! » Est-il possible que cette savante continue d'avoir raison ?

      Card. Ratzinger : Oui, malheureusement, ce pourrait être le cas. Il est nécessaire toutefois de distinguer d'abord entre ce que les hommes ont fait et ce qu'ils sont. Celui qui a accédé à la vie humaine de cette manière est un être humain que nous devons aimer et reconnaître comme tel. Le fait que nous devions refuser cette façon de mettre des hommes au monde ne doit pas entraîner que nous stigmatisions ceux qui sont nés ainsi. Quoi qu'il en soit, nous reconnaissons en eux le mystère de l'être humain et les acceptons comme tels. Je crois que cela est très important.
      Avec ce que vous venez de décrire, on s'est engagé dans une voie funeste. Dès le début, l'Église catholique avait mis en garde contre cette façon de produire la vie humaine. Cette production se présentait d'abord dans des formes tout à fait innocentes, comme beaucoup de choses qui débutent toujours innocemment. Il s'agissait d'abord de fournir une aide à des couples sans enfant. Le problème est encore relativement simple s'il s'agit d'un couple de bonne volonté et qui peut de cette façon avoir un enfant. Mais la pente devient glissante lorsqu'on croit pouvoir forcer la nature par tous les moyens pour avoir un enfant et considérer celui-ci comme un droit. De cette manière, l'enfant est réduit à une chose que l'on possède. Il ne vient plus de la liberté du créateur, liberté qui s'exprime aussi dans l'imprévisibilité de la nature.
      Il existe de nos jours un grand danger, qui se généralise, de considérer l'enfant comme un droit, comme un bien que l'on possède. En lui les parents veulent non seulement se représenter eux-mêmes, mais encore concrétiser ce qui dans leur propre vie n'a pas été réussi : par là ils veulent réellement se répéter eux-mêmes et se justifier. C'est forcément une source de rébellion contre les parents. Cette rébellion plaide pour la volonté d'être soi-même et d'avoir son propre espace de droit.
      Chaque homme est issu de la liberté de Dieu et y trouve son propre droit. Les parents qui éduquent leur enfant doivent le conduire à être lui-même et non le revendiquer pour eux ; c'est là le vrai noyau d'un programme éducatif antiautoritaire. Il est faux toutefois de rejeter toute éducation sous prétexte qu'il s'agirait d'une manipulation de la liberté. La liberté a besoin d'être aidée au départ et accompagnée ensuite. Une éducation vraiment compréhensive ne manipule pas l'enfant en vue de reproduire le modèle de l'éducateur mais cherche à lui laisser sa propre personnalité et à lui permettre de trouver son propre chemin.

 

- Revenons à l'assemblage génétique de l'homme...

      Card. Ratzinger : Comme je l'ai dit, cela commence de manière anodine, altruiste, mais lorsqu'on n'accueille plus l'enfant comme un don, et qu'on veut se le faire fabriquer comme en cas de nécessité, un seuil est franchi. À la place d'un acte d'amour, est accompli un acte technique dont fait partie la fécondation in vitro. Il y a forcément des conséquences. Se pose d'abord la question : que faire avec les foetus surnuméraires qui sont des êtres humains considérés comme produits de trop.

 

- La pratique actuelle consiste à les détruire par milliers.

      Card. Ratzinger : Nous voyons bien que de multiples conséquences en découlent qui, en fin de compte, modifient insensiblement la relation à l'homme.
      Nous ne savons pas tout ce qui peut encore arriver, à partir de quand cela arrivera et à quelle catastrophe cela conduira. Heureusement que nous ne le savons pas. Ce que nous savons, c'est qu'il nous faudra nous opposer à une telle mainmise sur l'existence humaine, allant jusqu'à la manipuler et en disposer. Il ne s'agit pas d'empêcher la liberté de la recherche scientifique ou le développement des possibilités techniques mais de défendre la liberté de Dieu et la dignité de l'homme car c'est cela qui est en jeu. Celui qui est parvenu à cette conviction à partir de sa foi - mais il y a aussi beaucoup de non-chrétiens qui la partagent - a le devoir d'intervenir pour que cette frontière soit perçue et considérée comme infranchissable.

 

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