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bébé-médicament : Une dérive très grave. Que dira-t-on si l'espoir est déçu ? - T. Derville

Publiée le 09-02-2011

Dans Valeurs actuelles, Tugdual Derville, Délégué général de l'Alliance pour les Droits de la Vie, dénonce les mensonges, les pièges comme le pouvoir médiatique "anesthésiée par une présentation édulcorée"

"Bien sûr, les images d'un nouveau-né et d'une famille qui espère la guérison de sa grande sœur sont touchantes et on a presque l'impression que c'est incontestable. Or justement, c'est d'abord à l'évidence un grand coup publicitaire et médiatique. À la veille du débat bioéthique au parlement, on a médiatisé cette naissance, utilisé le registre de l'émotion, en exploitant la souffrance de la famille touchée par la maladie. Tout en réclamant une dérèglementation des pratiques… [...] Nous constatons qu'il y a eu une instrumentalisation de cette histoire : elle nous est présentée comme un conte de fée miraculeux, mais on cache qu'il y a eu dix tentatives pour dix autres familles, qui ont échoué ; on cache aussi qu'à l'occasion de ces dix tentatives, plusieurs centaines d'embryons ont été conçus, triés, implantés pour certains, avec des fausses couches, et détruits.

[...] Est-on sûr que le bébé va permettre de sauver sa sœur ?

A 90%, puisque le bébé est immuno-compatible avec elle. Il ne reste qu'à espérer, et nous l'espérons bien sûr, que la greffe marche. C'est d'ailleurs assez curieux d'avoir tant parlé de cette première avant de savoir si la grande sœur avait bien été guérie ou non… Et que dira-t-on si l'espoir est déçu ? [...] Derrière cette naissance, que nous saluons bien sûr comme toute naissance, l'eugénisme n'est pas sous-jacent mais bien réel, dans la mesure où il s'agit de trier des êtres humains selon la mission qu'on veut leur donner. Il faut se rappeler que nous avons tous été des embryons, et qu'il y a un continuum entre l'embryon et nous-mêmes ; par chance, personne ne s'est arrogé le droit de nous trier, de nous jeter ou de nous détruire. [...]

A-t-on une alternative pour guérir un grand-frère ou une grande sœur malade ?

Oui [...] C'est le sang du cordon ombilical du nouveau-né qu'on a prélevé pour pouvoir faire une greffe et, on peut l'espérer, sauver son grand frère. Or, avec les banques de cordon ombilical qui sont encore insuffisamment développées en France, on peut très vraisemblablement trouver un donneur immuno-compatible avec le grand frère ou la grande sœur… c'est une question d'organisation. Et nous dénonçons, à l'Alliance pour les Droits de la Vie, le retard de la France en matière de prélèvement du sang du cordon alors qu'on a 820 000 naissances par an.

Pourquoi ne parle-t-on pas de cette alternative ?

Au fond, il s'agit d'une sorte de rapt médiatique, réussi par le professeur Frydman qui s'est trouvé sur pratiquement toutes les chaînes de radio et de télévision sans contradicteur. Et s'il a dit qu'il y avait eu deux embryons implantés, et que celui qui n'était pas immuno-compatible avec la grande sœur n'avait pas survécu, il a fait silence sur le nombre réel d'embryons qu'il a fallu concevoir (ses déclarations ont d'ailleurs varié sur ce sujet) ; de la même manière, il fait silence sur les alternatives éthiques au double DPI. Or c'est une dérive très grave : on met en avant la lourde souffrance humaine d'une famille, comme un paravent pour légitimer les nouvelles transgressions. L'opinion publique est anesthésiée par une présentation édulcorée."

 

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