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"bébé-médicament" : réaction de Cécile Edel, présidente de Choisir la vie

Publiée le 08-02-2011

"Aujourd'hui, tous les médias s'emparaient de cette nouvelle, qui semble tomber à point nommé étant donné l'ouverture aujourd'hui des discussions au Parlement du projet de loi de Bioéthique. En effet, lundi, les professeurs René Frydman et Arnold Munich ont annoncé à l'AFP que le premier "bébé-médicament" en France, qui permettra de soigner l'un de ses aînés pour lequel il est un donneur compatible, avait vu le jour à l'hôpital Antoine Béclère à Clamart.. Quelle grande avancée scientifique diront certains, quel miracle pour le frère malade clameront d'autres…
 

Seulement ne faut-il pas regarder plus loin que le bout de notre nez, plus loin que notre propension à mettre en priorité notre ressenti compassionnel aux lieu et place d'une réflexion plus approfondie. Et les médias le savent bien : ils nous offrent sur un plateau d'argent ce que nous aimons, ce qui nous parlent le plus. Ils nous offrent du sensationnel, du compassionnel et surtout le sentiment apaisant que la médecine faite d'hommes et de femmes est si puissante qu'elle peut satisfaire notre envie de sauver le monde ! La réalité, malheureusement, est plus complexe et j'aimerais vous soumettre une réflexion au regard de ce que j'ai pu lire comme titres ou articles dans les journaux :

Alors que ce matin même sur RFI le président de la CCNE faisait appel à une vigilance éthique sur «la prise en charge de l'enfant médicament qui devra être considéré comme un être à part entière et pas seulement un enfant au service de son frère» (une évidence pour tous n'est ce pas ?), nous pourrons lire dès ce matin en ouvrant notre ordinateur ou notre journal des titres comme ceux-ci : «Cet enfant qui peut faire des miracles..» «Un bébé très prometteur vient de voir le jour …que pourra t'il faire ?»

Le Pr.. ………….aura beau recommander la vigilance, comme vous pouvez le constater, cet enfant est d'ores et déjà «chosifié», par le fait même que nous ne parlons de lui qu'en le définissant par ce qu'il pourra faire et non par ce qu'il est. Notre regard n'est-il pas déjà faussé ? Personne ne semble s'intéresser à lui pour ce qu'il est, un être à part entière digne de respect qui a sa propre valeur intrinsèque. Au contraire, grâce (!) aux avancées de la recherche scientifique que tous applaudissent, il devient celui par qui un miracle pourra se faire, celui qui sera le sauveur…on l'appelle bébé du double espoir… pauvre petit en qui l'humanité met tout ses espoirs… et s'il ne parvient pas à soigner son frère alors il n'aura plus de valeur ? Sa mission sera vaine, il aura finalement été créé pour rien ! D'autant plus qu'une sélection a déjà été faite pour éliminer ceux qui étaient dès leur conception incompatibles avec leurs frères ! Et il a été choisi, lui seul, seul survivant d'une sélection impitoyable !

Que pensez vous que cet enfant deviendra s'il n'a été créé que pour soigner son frère et qu'il n'y parvient pas…et même s'il réussit, une fois qu'il aura réussi à quoi servira t'il ? Nous sommes bien loin de la pureté qui transparaissait dans les propos de Victor Hugo «Lorsque l'enfant paraît, tout le cercle de la famille applaudit à grandes mains»... On savait encore applaudir l'arrivée d'un enfant simplement parce qu'il était là, présent, témoin du miracle de la vie que les parents savait accueillir d'une joie profonde et simple, sans aucune intention et dirais-je sans aucun «espoir», attente sur ce que celui-ci pourra apporter ! Oserais-je encore évoquer le prénom de l'enfant Umut-Talha qui signifie en turc "notre espoir" et qui signe là l'anéantissement même de l'identité de l'enfant... La force des mots est plus importante que n'importe quel discours : les mots sont là et ô combien, dans le cas du «bébé médicament» ils nous font prendre conscience d'une manière tragique que l'enfant n'existe définitivement pas pour ce qu'il est mais pour ce qu'il fera ! Il est devenu pour ses parents, pour son frère et pire pour le monde entier, l'instrument par lequel la guérison de son frère se fera. Puissions-nous, nous qui avons eu la chance d'être accueillis pour ce que nous étions, prendre conscience de cette terrible méprise de la valeur de ce petit être humain et nous engager à faire reconnaître le caractère unique et sacré de toute vie humaine."

 

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