Voyages apostoliques

Benoit XVI au Mexique et à Cuba - 23-29 mars 2012 - Discours et homélies

     Le Saint-Père a effectué son 23ème Voyage Apostolique hors d'Italie du 23 au 29 mars 2012 au Mexique et à Cuba. Voici l'intégralité des discours et homélies de Benoit XVI. Un riche enseignement pour chacun de nous.

     Sur la route de l'aéroport à sa résidence, sur 34 kilomètres, plus de 700 000 mexicains acclamaient Benoit XVI.

 

 

Dialogue avec les journalistes dans l'avion de Rome vers le Mexique

P. Lombardi – Commençons avec une question posée par Mme Maria Collins, Mexicaine, pour la télévision “Univision”, qui est une des télévisions qui suivra ce voyage.

Maria Collins – Saint-Père, le Mexique et Cuba ont été des terres sur lesquelles les voyages de votre prédécesseur ont été des évènements historiques. Avec quel esprit et quelles espérances vous mettez-vous aujourd’hui dans ses pas ?

Benoît XVI – Chers amis, tout d’abord je voudrais souhaiter la bienvenue et vous remercier de votre compagnie durant ce voyage qui nous l’espérons sera béni par le Seigneur. Dans ce voyage, je me sens en continuité absolue avec le pape Jean-Paul II. Je me rappelle parfaitement de son premier voyage au Mexique, qui a été véritablement historique. Dans une situation juridique encore très troublée, il a ouvert des portes et inauguré une nouvelle phase de la collaboration entre Eglise, la société et l’Etat. Et je me souviens bien de son voyage historique à Cuba. Je cherche donc à suivre ses pas et à poursuivre ce qu’il a commencé. J’avais le désir de visiter le Mexique depuis le début. Lorsque j’étais cardinal, je suis revenu du Mexique avec d’excellents souvenirs. Et chaque mercredi, j’entends les applaudissements, la joie des Mexicains. Y aller aujourd’hui en tant que pape, c’est pour moi une grande joie et cela répond à un désir que j’avais depuis longtemps. Pour exprimer les sentiments qui m’habitent, les paroles du Concile Vatican II me viennent à l’esprit : “Gaudium et spes, luctus et angor”, joie et espérance, mais aussi deuil et angoisse. Je partage les joies et les espérances, mais également le deuil et les difficultés de ce grand pays. Je m’y rends pour encourager et pour enseigner, pour conforter dans la foi, dans l’espérance et dans la charité, et pour conforter dans l’engagement pour le bien et la lutte contre le mal. Que le Seigneur nous y aide !

 

P. Lombardi – Merci, Saint-Père. A présent nous donnons la parole à Javier Alatorre Soria, qui représente Tv Azteca, une des grandes télévisions mexicaines qui nous suivront durant ces journées :

Javier Alatorre Soria – Saint-Père, le Mexique est un pays avec des ressources et des possibilités merveilleuses, mais en ce moment nous savons qu’il est également terre de violence à cause du trafic de drogue. On parle de 50.000 morts durant ces cinq dernières années. Comment est-ce que l’Eglise catholique affronte cette situation ? Aurez-vous des paroles pour les responsables, et pour les trafiquants qui parfois se déclarent catholiques ou même bienfaiteurs de l’Eglise ?

Benoît XVI – Nous connaissons bien toutes les beautés du Mexique, mais également ce grand problème du trafic de drogue et de la violence. C’est bien sûr une grande responsabilité pour l’Eglise catholique, dans un pays avec 80% de catholiques. Nous devons faire tout ce qui est possible contre ce mal destructeur de l’humanité et de notre jeunesse. Je dirais que le premier geste est d’annoncer Dieu: Dieu le juge, Dieu qui nous aime, mais qui nous aime pour nous attirer vers le bien et la vérité, contre le mal. C’est donc une grande responsabilité de l’Eglise d'éduquer les consciences à la responsabilité morale, de démasquer l'idolâtrie de l'argent qui rend les hommes esclaves, de démasquer également les fausses promesses, le mensonge, la fraude, qui sont derrière la drogue. Nous devons considérer que l’homme a besoin de l’infini. Si Dieu n’existe pas, l’infini se crée ses propres paradis, une apparence d’infinité qui peut être seulement le mensonge. C’est pourquoi il est si important que Dieu soit présent et accessible; c’est une grande responsabilité devant le Dieu juge qui nous guide, nous attire vers la vérité et le bien. En ce sens, l’Eglise doit démasquer le mal, rendre présente la bonté de Dieu, rendre présente sa vérité, le véritable infini duquel nous avons soif. C’est le grand devoir de l’Eglise. Ensemble, faisons tout ce qui est possible, toujours plus.

 

P. Lombardi – Saint-Père, la troisième question vient de Valentina Alazraki pour Televisa, une des vétéranes de nos voyages, que vous connaissez bien et qui est si heureuse que vous puissiez enfin aller dans son pays :

Valentina Alazraki – Saint-Père, nous vous souhaitons vraiment la bienvenue au Mexique: nous nous réjouissons tous que vous veniez au Mexique. Voici ma question : Saint-Père, vous avez dit que du Mexique, vous vouliez vous adresser à l’Amérique latine entière, qui vit le bicentenaire de son indépendance. L’Amérique latine, malgré son développement, continue à être une région de contrastes sociaux, où les plus riches côtoient les plus pauvres. Parfois il semble que l’Eglise catholique n’encourage pas suffisamment à s’engager dans ce domaine. Est-il possible de continuer à parler de la “théologie de la libération” d’une façon positive, après que certains excès – sur le marxisme ou la violence – aient été corrigés?

Benoît XVI – Naturellement, l’Eglise doit toujours se demander s’il est fait suffisamment pour la justice sociale sur ce grand continent. C’est une question de conscience que nous devons toujours nous poser. Se demander : qu’est-ce que l’Eglise doit faire, qu’est-ce qu’elle ne peut pas et ne doit pas faire? L’Eglise n’est pas un pouvoir politique, ce n’est pas un parti, mais c’est une réalité morale, un pouvoir moral. La politique doit être une réalité morale et en cela l'Eglise a fondamentalement à faire avec la politique. Je répète ce que j’ai déjà dit : le premier souci de l'Eglise est celui d'éduquer les consciences à la responsabilité morale et ainsi créer la responsabilité nécessaire; éduquer les consciences, que ce soit dans l’éthique individuelle ou dans l’éthique publique. Il y a peut-être un manque à ce sujet. On voit, en Amérique latine, mais aussi ailleurs, auprès de nombreux catholiques, une certaine schizophrénie entre morale individuelle et publique : personnellement, dans la sphère individuelle, ils sont catholiques, croyants, mais dans la vie publique, ils suivent d’autres routes qui ne correspondent pas aux grandes valeurs de l’Evangile, nécessaires pour l’édification d’une société juste. Il faut donc éduquer à surmonter cette schizophrénie, éduquer non seulement à une morale individuelle, mais à une morale publique. Et ceci nous cherchons à le faire avec la Doctrine sociale de l’Eglise, car naturellement cette morale publique doit être une morale raisonnable, commune et partageable aussi par les non-croyants, une morale de la raison. Bien sûr, dans la lumière de la foi, nous pouvons mieux comprendre de nombreuses réalités que la raison peut également appréhender. Mais la foi sert justement à libérer la raison des intérêts erronés et obscurcis, et ainsi créer, dans la doctrine sociale, les modèles essentiels d’une collaboration politique, en particulier pour surmonter cette division social/antisocial, qui malheureusement existe. Nous voulons travailler en ce sens. Je ne sais pas si l’expression « théologie de la libération », qui peut être très bien interprétée, nous aiderait beaucoup. Ce qui est important, c’est que l’Eglise offre une contribution fondamentale à la rationalité commune, et elle doit toujours aider à l’éducation des consciences, que ce soit pour la vie publique, ou pour la vie privée.

 

P. Lombardi – Merci, Sainteté. Et maintenant, la quatrième question. C’est l’une de nos « doyennes » de ces voyages, mais toujours jeune, qui la fait, Paloma Gomez Borrero, qui représente aussi l’Espagne dans ce voyage, qui naturellement a un grand intérêt pour les Espagnols.Paloma Gomez Borrero - Sainteté, nous regardons vers Cuba. On se souvient tous les célèbres paroles de Jean Paul II : « Que Cuba s’ouvre au monde et que le monde s’ouvre à Cuba ». Quatorze années ont passé, mais il semble que ces paroles soient encore d’actualité. Comme vous le savez, durant l’attente de votre voyage, tant de voix d’opposants et de partisans des droits de l’homme se sont fait entendre. Sainteté, pensez-vous reprendre le message de Jean-Paul II, pensant aussi bien à la situation  intérieure de Cuba, qu’à la situation internationale?

Benoît XVI - Comme je l’ai déjà dit, je me sens tout à fait dans le droit fil des paroles du Saint-Père Jean-Paul II, qui sont encore très actuelles. Cette visite a permis d’ouvrir un nouveau chemin de collaboration et de dialogue constructif, un chemin qui est long et qui exige de la patience, mais qui avance. Aujourd’hui, il est évident que l’idéologie marxiste telle qu’elle était conçue ne répond plus à la réalité: pour bâtir une société nouvelle, il convient de trouver de nouvelles formules, avec patience et de manière constructive. Dans ce processus, qui exige patience mais aussi décision, nous voulons apporter notre aide,  dans un esprit de dialogue, pour éviter des traumatismes, et voulons aider à promouvoir une société fraternelle qui soit juste et accessible à tous. C’est en ce sens que nous voulons collaborer. Il est clair que l’Eglise est toujours du côté de la liberté: liberté de conscience, liberté de religion. Et en cela, les simples fidèles eux-mêmes nous aident à avancer dans cette direction.



P. Lombardi – Merci, Sainteté, comme vous pouvez l’imaginer, ses discours à Cuba retiendront notre attention à tous. Et maintenant, pour la cinquième question, nous donnons la parole à un Français, parce que justement, il y a aussi d’autres peuples qui sont représentés ici. Jean-Louis de La Vaissière est le correspondant de l’agence France Presse à Rome, et il nous a proposé différentes questions intéressantes pour ce voyage et donc c’est juste qu’il interprète aussi nos questions et les attentes.

Jean-Louis de La Vaissière - Sainteté, depuis la conférence d’Aparecida  on parle d’une « mission continentale » de l’Eglise en Amérique latine. Dans quelques mois, il y aura le synode sur la nouvelle évangélisation et  l’Année de la foi va s’ouvrir. En Amérique latine aussi il y a les défis de la sécularisation, des sectes. A Cuba,  il y a les conséquences d’une longue propagande de l’athéisme, la religiosité cubaine est très répandue. Pensez-vous que ce voyage soit un encouragement pour la « nouvelle évangélisation » et quels sont les points qui vous tiennent le plus à cœur dans cette perspective?

Benoît XVI -La nouvelle évangélisation a commencé avec le Concile. Jean XXIII en avait eu la forte intuition et Jean-Paul II l’a reprise à son compte, en en parlant beaucoup.  Aujourd’hui, le monde a vraiment changé et sa nécessité devient toujours plus évidente. Nécessité aussi dans un autre sens : le monde a besoin d’une parole dans la confusion, dans la difficulté à s’orienter aujourd’hui. Le monde présente une situation commune: sécularisation,  absence de Dieu, difficulté à l’approcher, à le voir comme une réalité qui concerne ma vie. Et d’autre part, il y a des contextes spécifiques: vous avez fait allusion à ceux de Cuba, avec le syncrétisme afro-cubain et tant d’autres difficultés. Mais chaque pays a une situation culturelle spécifique.  Et d’un côté, nous devons partir du problème commun : comment aujourd’hui, dans ce contexte de notre rationalité moderne, pouvons-nous de nouveau découvrir Dieu comme l’orientation fondamentale de notre vie, l’espérance fondamentale de notre vie, le fondement des valeurs qui construisent réellement une société, et comment pouvons-nous tenir compte de la spécificité des différentes situations.

Il me semble que la première chose est très importante : annoncer un Dieu qui répond à notre raison parce que nous voyons la rationalité du cosmos, nous voyons qu’il y a quelque chose derrière, mais nous ne voyons pas combien ce Dieu est proche, combien il me concerne et cette synthèse du Dieu grand et majestueux et du Dieu petit qui est proche de moi, m’oriente, me montre les valeurs de ma vie. C’est le noyau de la nouvelle évangélisation. 

Donc un christianisme essentiel, où se trouve réellement le noyau fondamental pour vivre aujourd’hui avec tous les problèmes de notre temps. Et d’autre part, il faut tenir compte de la réalité concrète.  En Amérique latine, en général, le christianisme n’est jamais tellement une chose de la raison mais du cœur : c’est très important. Notre Dame de Guadalupe est aimée de tous, car ils comprennent qu’elle est une Mère pour tous, et qu’elle est présente au début de cette nouvelle Amérique latine, après l’arrivée des Européens. Et à Cuba aussi nous avons Notre Dame del Cobre, qui touche les cœurs et tous savent intuitivement que c’est vrai, que cette Vierge nous aide, qu’elle existe, nous aime, et nous aide. Mais cette intuition du cœur doit se mettre en relation avec la rationalité de la foi et avec la profondeur de la foi qui va plus loin que la raison. Nous devons chercher à ne pas perdre le cœur, mais relier cœur et raison, de façon à ce qu’ils coopèrent, parce que c’est seulement ainsi que l’homme est complet et peut réellement aider et travailler à un avenir meilleur.

 

 

Benoit XVI, à son arrivée au Mexique - 23 mars 2012

Monsieur le Président de la République,

Messieurs les Cardinaux,

Chers frères dans l’Épiscopat et le Sacerdoce,

Autorités présentes,

Cher peuple de Guanajuato et du Mexique tout entier,

Je suis très heureux d’être ici et je rends grâce à Dieu pour m’avoir permis de réaliser le désir, présent dans mon cœur depuis longtemps, de pouvoir confirmer dans la foi le peuple de Dieu de cette grande nation sur sa propre terre. La ferveur du peuple mexicain pour le Successeur de Pierre, qui le tient toujours présent dans sa prière, est proverbiale. Je le dis dans ce lieu considéré comme le centre géographique de votre territoire, lieu où depuis son premier voyage, mon vénéré prédécesseur, le bienheureux Jean-Paul II, désirait déjà venir. Ne pouvant le faire, il a laissé à cette occasion un message d’encouragement et de bénédiction lorsqu’il survola son espace aérien. Je suis heureux de me faire l’écho de ses paroles sur la terre ferme et en étant parmi vous : Je rends grâce – a-t-il écrit dans son message – pour l’affection envers le Pape et pour la fidélité au Seigneur des fidèles de Bajió et de Guanajuato. Que Dieu les accompagne toujours (cf. Télégramme, 30 janvier 1979).

Avec ce souvenir émouvant, je vous remercie, Monsieur le Président, pour votre accueil chaleureux, et je salue avec déférence votre épouse distinguée et les Autorités qui ont désiré m’honorer de leur présence. Un salut spécial va à Mgr José Guadalupe Martín Rábago, Archevêque de León, tout comme à Mgr Carlos Aguiar Retes, Archevêque de Tlalnepantla, Président de la Conférence épiscopale mexicaine et du Conseil épiscopal latino-américain. Par cette brève visite, je désire serrer les mains de tous les Mexicains et embrasser les nations et les peuples latino-américains, bien représentés ici par de nombreux évêques, précisément en ce lieu où le majestueux monument au Christ Roi, sur le mont du Cubilete, manifeste l’enracinement de la foi catholique parmi les Mexicains qui recourent à sa constante bénédiction dans tous les événements de leur vie.

Le Mexique et la majorité des peuples latino-américains ont commémoré le bicentenaire de leur indépendance ou le font en ces années. Nombreuses ont été les célébrations religieuses afin de rendre grâce à Dieu pour ce moment si important et significatif. En ces occasions, comme cela se fit durant la Sainte Messe dans la Basilique Saint-Pierre à Rome, en la solennité de Notre Dame de Guadalupe, on a invoqué avec ferveur Marie, la très Sainte, qui fit voir avec douceur comment le Seigneur nous aime tous et se donne pour chacun sans distinction. Notre Mère du ciel a continué de veiller sur la foi de ses fils, également lors de la formation de ces nations et continue à le faire aujourd’hui, alors que de nouveaux défis se présentent à eux.

Je viens comme pèlerin de la foi, de l’espérance et de la charité. Je désire confirmer dans la foi les croyants dans le Christ, les fortifier en elle en les invitant à la revitaliser par l’écoute de la Parole de Dieu, par les sacrements et par la cohérence de vie. Ainsi, pourront-ils la partager avec les autres, étant missionnaires parmi leurs frères, et être un levain dans la société en contribuant à une cohabitation respectueuse et pacifique basée sur l’inégalable dignité de toute personne humaine, créée par Dieu, et qu’aucun pouvoir n’a le droit d’oublier ni de déprécier. Cette dignité s’exprime de manière éminente dans le droit fondamental à la liberté religieuse, pris dans son sens authentique et dans sa pleine intégrité.

Comme pèlerin de l’espérance, je vous dis avec saint Paul : « Il ne faut pas que vous vous désoliez comme les autres qui n’ont pas d’espérance » (1Th, 4, 13). La confiance en Dieu offre la certitude de le rencontrer, de recevoir sa grâce, et sur cela se fonde l’espérance de celui qui croit. Et, le sachant, il s’efforce de transformer aussi les structures et les évènements présents désagréables, qui paraissent immuables et insurmontables, en aidant celui qui dans la vie ne trouve ni sens ni avenir. Oui, l’espérance change l’existence concrète de chaque homme et de chaque femme de façon réelle (cf. Spe salvi, 2). L’espérance indique « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21,1), permettant de rendre palpable déjà maintenant certains de ses reflets. En outre, quand elle s’enracine dans un peuple, quand elle se partage, elle se diffuse comme la lumière qui écarte les ténèbres qui obscurcissent et blessent. Ce pays, ce continent, sont appelés à vivre l’espérance en Dieu comme une conviction profonde, en la convertissant en une attitude du cœur et en un engagement concret à cheminer ensemble vers un monde meilleur. Comme je l’ai déjà dit à Rome, « qu’ils continuent de progresser sans se décourager dans l’édification d’une société fondée sur le développement du bien, sur le triomphe de l’amour et sur la diffusion de la justice » (Homélie en la solennité de Notre Dame de Guadalupe, Rome, 12 décembre 2011).

Avec la foi et l’espérance, le croyant dans le Christ et l’Église dans son ensemble, vivent et pratiquent la charité comme un élément essentiel de leur mission. Dans son acception première, la charité est « avant tout simplement la réponse à ce qui, dans une situation déterminée, constitue la nécessité immédiate » (Deus caritas est, 31a) comme, secourir ceux qui souffrent de la faim, ceux qui manquent de domicile, qui sont malades ou nécessiteux dans certains aspects de leur existence. Personne, à cause de son origine ou de sa croyance, n’est exclu de cette mission de l’Église, qui n’entre pas en compétition avec d’autres initiatives privées ou publiques ; elle est davantage, avec joie elle collabore avec ceux qui poursuivent ces mêmes fins. Elle ne prétend pas autre chose que de faire de manière désintéressée et respectueuse le bien à celui qui est dans le besoin, à qui il manque précisément plus que tout une preuve d’amour authentique.

Monsieur le Président, chers amis, en ces jours, je demanderai instamment au Seigneur et à la Vierge de Guadalupe que ce peuple fasse honneur à la foi reçue et à ses traditions les meilleures. Et je prierai spécialement pour ceux qui en ont le plus besoin, particulièrement ceux qui souffrent à cause de rivalités anciennes ou nouvelles, de ressentiments et de formes de violence. Je sais que je suis dans un pays fier de son hospitalité et désireux que personne ne se sente étranger sur sa terre. Je le sais, je le savais déjà, mais maintenant, je le vois et je le ressens profondément dans mon cœur. J’espère de toute mon âme que le ressentent également tant de mexicains qui vivent en dehors de leur patrie natale, mais qui ne l’oublient jamais, et qui désirent la voir croître dans la concorde et dans un authentique développement intégral. Merci beaucoup.

 

 

Avec les enfants, Place de la Paz, à Guanajuato, au Mexique - samedi 24 mars

Chers enfants,

Je suis content de pouvoir vous rencontrer et de voir vos visages joyeux remplir cette belle place. Vous occupez une place très importante dans le cœur du Pape. En ce moment, je voudrais que le sachent tous les enfants du Mexique, particulièrement ceux qui supportent le poids de la souffrance, de l’abandon, de la violence ou de la faim qui, durant ces mois, à cause de la sècheresse, s’est fait ressentir fortement dans certaines régions. Merci pour cette rencontre de foi, pour la présence festive et pour le recueillement que vous avez exprimé par des chants. Aujourd’hui, nous sommes pleins d’allégresse et c’est cela qui est important. Dieu veut que nous soyons toujours heureux. Il nous connaît et nous aime. Si nous laissons l’amour du Christ changer notre cœur, alors nous pourrons changer le monde. C’est là le secret de la vraie joie.

Ce lieu où nous nous rencontrons porte un nom qui exprime l’aspiration présente dans le cœur de tous les peuples : la paix, un don qui vient d’en-haut : « La paix soit avec vous ! » (Jn 20, 21). Ce sont les paroles du Seigneur ressuscité. Nous les écoutons durant chaque messe et elles résonnent de nouveau ici aujourd’hui avec l’espérance que chacun se transforme en semeur et en messager de cette paix pour laquelle le Christ a donné sa vie.

Le disciple de Jésus ne répond pas au mal par le mal. Au contraire, il est toujours l’instrument du bien, le héraut du pardon, le porteur de la joie, le serviteur de l’unité. Jésus désire écrire en chacune de vos vies une histoire d’amitié. Tenez-le donc comme le meilleur de vos amis. Il ne se fatiguera pas de vous dire d’aimer toujours chacun et de faire le bien. Vous l’écouterez si vous entretenez à tout moment une relation constante avec Lui qui vous aidera même dans les situations les plus difficiles.

Je suis venu afin que vous ressentiez mon affection. Chacun de vous est un cadeau de Dieu pour le Mexique et pour le monde. Votre famille, l’Église, l’école et ceux qui portent une responsabilité dans la société doivent travailler ensemble afin que vous puissiez recevoir en héritage un monde meilleur sans envie ni divisions.

Pour cela, je désire élever ma voix, pour inviter chacun à protéger les enfants et à avoir soin d’eux afin que jamais leur sourire ne s’éteigne, qu’ils puissent vivre en paix et voir l’avenir avec confiance.

Vous n’êtes pas seuls, mes chers petits amis. Comptez sur l’aide du Christ et de son Église pour mener un style de vie chrétien. Participez à la messe du dimanche, à la catéchèse, à quelque groupe d’apostolat, cherchant des lieux de prière, de fraternité et de charité. C’est ainsi qu’ont vécu les bienheureux Cristóbal, Antonio et Juan, les petits martyrs de Tlaxcala, qui, connaissant Jésus, au temps de la première évangélisation du Mexique, ont découvert qu’il n’existait pas de trésor plus grand que lui. Ils étaient petits comme vous, et d’eux, nous pouvons apprendre qu’il n’y a pas d’âge pour aimer et servir.

Je désirerais rester plus longtemps avec vous mais je dois déjà partir. Nous resterons unis par la prière. Je vous invite également à prier continuellement, aussi à la maison ; ainsi vous expérimenterez la joie de parler avec Dieu en famille. Priez pour tous, pour moi aussi. Je prierai pour vous, pour que le Mexique soit un lieu dans lequel tous ses enfants puissent vivre avec sérénité et dans l’harmonie. Je vous bénis de tout cœur et vous demande d’apporter l’affection et la bénédiction du Pape à vos parents et à vos frères et sœurs, ainsi qu’aux autres personnes qui vous sont chères. Que la Vierge Marie vous accompagne !

Merci beaucoup, mes petits amis.

 

 

 

Homélie de la Messe célébrée par le Saint-Père pour le bicentenairede la naissance de la Nation mexicaine, en présence de 500 000 fidèles - Dimanche 25 mars 2012

 

Chers frères et sœurs,

Je me réjouis d’être parmi vous, et je remercie vivement Mgr José Guadalupe Martín Rábago, Archevêque de León, pour ses aimables paroles de bienvenue. Je salue l’épiscopat mexicain, de même que Messieurs les Cardinaux et les autres Évêques ici présents, particulièrement ceux qui sont venus de l’Amérique Latine et des Caraïbes. Mon salut chaleureux va également aux autorités qui nous accompagnent, de même qu’à tous ceux qui se sont réunis pour participer à cette Sainte Messe présidée par le Successeur de Pierre.

« Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu » (Ps 50, 12), avons-nous invoqué dans le psaume responsorial. Cette exclamation montre la profondeur avec laquelle nous devons nous préparer à célébrer la semaine prochaine le grand mystère de la passion, mort et résurrection du Seigneur. Elle nous aide pareillement à regarder au plus profond du cœur humain, spécialement dans les moments à la fois de douleur et d’espérance, comme ceux que traverse actuellement le peuple mexicain et bien d’autres de l’Amérique Latine.

Le désir d’un cœur pur, sincère, humble, agréable à Dieu, était déjà très ressenti par Israël, à mesure qu’il prenait conscience de la persistance du mal et du péché en son sein, comme une puissance pratiquement implacable et impossible à dépasser. Il restait seulement à se confier à la miséricorde de Dieu tout-puissant et dans l’espérance qu’il changera de l’intérieur, au fond du cœur, une situation insupportable, obscure et sans avenir. Ainsi fut ouvert le chemin du recours à la miséricorde infinie du Seigneur, qui ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et vive (cf. Ez 33,11). Un cœur pur, un cœur nouveau, est celui qui se reconnait impuissant par lui-même, et s’en remet entre les mains de Dieu pour continuer à espérer en ses promesses. De cette manière, le psalmiste peut dire avec conviction au Seigneur : « Vers toi, reviendront les égarés » (Ps 50, 15). Et, vers la fin du psaume, il donnera une explication qui est en même temps une ferme confession de foi : « Tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un cœur brisé et broyé » (v. 19).

L’histoire d’Israël raconte aussi des grandes prouesses et des batailles. Toutefois, au moment d’affronter son existence la plus authentique, son destin le plus décisif : le salut, il met son espérance en Dieu plus qu’en ses propres forces, en Dieu qui peut recréer un cœur nouveau, qui n’est ni insensible ni arrogant. Cela peut nous rappeler aujourd’hui, à chacun de nous et à nos peuples que, quand il s’agit de la vie personnelle et communautaire dans sa dimension la plus profonde, les stratégies humaines ne suffiront pas pour nous sauver. On doit aussi avoir recours au seul qui peut donner la vie en plénitude, parce qu’il est lui-même l’essence de la vie et son auteur, et il nous a donné d’y participer par son Fils Jésus-Christ.

L’Évangile d’aujourd’hui poursuit en nous faisant voir comment ce désir antique de vie plénière s’est accompli réellement dans le Christ. Saint Jean l’explique dans un passage où le désir de quelques grecs de voir Jésus coïncide avec le moment où le Seigneur va être glorifié. À la demande des grecs, représentants du monde païen, Jésus répond en disant : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié » (Jn 12, 23). Voici une réponse étrange, qui semble incohérente avec la demande des grecs. Qu’est-ce que la glorification de Jésus a à voir avec la demande de le rencontrer ? Il existe pourtant un lien. Quelqu’un pourrait penser – observe saint Augustin – que Jésus se sent glorifié parce que les gentils viennent à lui. Nous dirions aujourd’hui : quelque chose de similaire aux applaudissements de la foule qui rend « gloire » aux grands de ce monde. Il n’en est pourtant pas ainsi. « Il était convenable que la grandeur de sa glorification soit précédée par l’humiliation de sa passion » (In Joannis Ev., 51, 9 : PL 35, 1766).

La réponse de Jésus, annonçant sa passion imminente, veut dire qu’une rencontre fortuite en ces moments-là serait superflue et peut-être trompeuse. Ce que les grecs désirent voir, en réalité ils le verront quand il sera élevé sur la croix, d’où il attirera tous les hommes à lui (cf. Jn 12, 32). Là commencera sa « gloire », à cause de son sacrifice d’expiation pour tous ; comme le grain de blé tombé en terre qui, en mourant, germe et porte beaucoup de fruit. Ils rencontreront celui qu’assurément ils recherchaient, sans le savoir, dans leurs cœurs, le vrai Dieu qui se rend reconnaissable à tous les peuples. Ceci est également la manière par laquelle Notre-Dame de Guadeloupe a montré son divin Fils à saint Juan Diego. Non pas comme un héros prodigieux d’une légende, mais comme le vrai Dieu, pour lequel on vit, le Créateur de toutes les personnes, dans la proximité et l’immédiateté, le Créateur du ciel et de la terre (cf. Nican Mopohua, v. 33). La Vierge fit en ce moment ce dont elle avait déjà fait l’expérience lors des Noces de Cana. Devant la gêne causée par le manque de vin, elle a indiqué clairement aux serviteurs que la voie à suivre était son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5).

Chers frères, en venant ici j’ai pu m’approcher du monument dédié au Christ Roi, sur la hauteur du Cubilete. Mon vénéré prédécesseur, le bienheureux Pape Jean-Paul II, bien que l’ayant désiré ardemment, n’a pas pu visiter, ce lieu emblématique de la foi du peuple mexicain, au cours de ses voyages dans cette terre bien-aimée. Il se réjouira certainement aujourd’hui du ciel du fait que le Seigneur m’ait donné la grâce de pouvoir être maintenant avec vous, comme il bénirait aussi tant de millions de mexicains qui ont voulu vénérer récemment ses reliques partout dans le pays. Et bien, c’est le Christ Roi qui est représenté dans ce monument. Pourtant les couronnes qui l’accompagnent, l’une de souverain et l’autre d’épines, montrent que sa royauté n’est pas comme beaucoup l’avaient comprise et la comprennent. Son règne ne consiste pas dans la puissance de ses armées pour soumettre les autres par la force ou la violence. Il se fonde sur un pouvoir plus grand qui gagne les cœurs : l’amour de Dieu qu’il a apporté au monde par son sacrifice, et la vérité dont il a rendu témoignage. C’est cela sa seigneurie, que personne ne pourra lui enlever, et que personne ne doit oublier. C’est pourquoi, il est juste que, par-dessus tout, ce sanctuaire soit un lieu de pèlerinage, de prière fervente, de conversion, de réconciliation, de recherche de la vérité et de réception de la grâce. À lui, au Christ, demandons qu’il règne dans nos cœurs en les rendant purs, dociles, pleins d’espérance et courageux dans leur humilité.

Aujourd’hui aussi, depuis ce parc par lequel on veut rappeler le bicentenaire de la naissance de la nation mexicaine, qui unit en elle beaucoup de différences, mais avec un destin et une ardeur communs, demandons au Christ un cœur pur, où il puisse habiter comme prince de la paix, grâce au pouvoir de Dieu, qui est pouvoir du bien, pouvoir d’amour. Et, pour que Dieu habite en nous, il faut l’écouter ; il faut se laisser interpeler par sa Parole chaque jour, en la méditant dans son cœur, à l’exemple de Marie (cf. Lc 2, 51). Ainsi grandit notre amitié personnelle avec lui ; s’apprend ce qu’il attend de nous et se reçoit le courage pour le faire connaître aux autres.

À Aparecida, les Évêques de l’Amérique latine et des Caraïbes ont ressenti avec clairvoyance la nécessité de renforcer, de renouveler et de revitaliser la nouveauté de l’Évangile enracinée dans l’histoire de ces terres « depuis la

publié le : 23 mars 2012

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