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Pourquoi l'Eglise s'oppose-t-elle à la procréation médicalement assistée ? N'est-ce pas un acte d'amour que de s'engager dans ce « parcours du combattant » ? - Père A.Bandelier





Comment ne pas être saisi d'émotion et même d'admiration à voir cet homme et cette femme prêts à affronter des contraintes qui peuvent, en effet, être très lourdes ?
Mais c'est justement là que se pose la ques­tion éthique, que l'on ne peut éluder. Les bons sentiments font-ils de la bonne morale ? Sur ces sujets, le dialogue est particulièrement dif­ficile. Y compris le dialogue avec soi-même. D'un côté, il y a la souffrance, le désir d'enfant, le besoin d'aimer «plus», qui sont indéniables et res­pectables; d'un autre côté, il y a les doutes et les questions, inévitables: jusqu'où peut-on aller sans profaner ce que Jean-Paul II appelait «le sanctuaire de l'amour et de la vie» ?
Le Magistère, dans son enseignement, n'ignore pas la «dure épreuve» de la stérilité. Il invite la communauté chrétienne à l'accueillir avec atten­tion et compassion. Et suggère aux époux de la vivre comme une «parti­cipation particulière à la croix du Seigneur, source de fécondité spirituelle». Il affirme que «même quand la procréation n'est pas possible, la vie conjugale ne perd pas pour autant sa valeur. La stérilité physique peut être l'occa­sion pour les époux de rendre d'autres services importants à la vie des personnes humaines, comme par exemple l'adoption, les formes diverses d'oeuvres éducatives, l'aide à d'autres familles, aux enfants pauvres ou handicapés » (1).

EN REVANCHE, IL MET EN GARDE CONTRE LA REVENDICATION D'UN «DROIT À L'ENFANT », qui traduirait même inconsciemment une volonté de puissance et de possession, tout à fait contraire à l'égalité des personnes. « Un droit véritable et strict à l'enfant serait contraire à sa dignité et à sa nature. L'enfant n'est pas un dû et il ne peut être considéré comme objet de propriété: il est plutôt un don - le plus grand (comme dit Vatican II) - et le plus gratuit du mariage, témoignage vivant de la donation réciproque de ses parents.
A ce titre, l'enfant a le droit d'être le fruit de l'acte spécifique de l'amour conjugal de ses parents, et aussi le droit d'être respecté comme une per­sonne dès le moment de sa conception» (2).

PAR CONSÉQUENT, AU RISQUE DE TROUBLER ET MÊME DE BLESSER LE COUPLE QUI DONNE SON TÉMOIGNAGE, il faut dire que la seule assistance médicale plausible serait celle qui, dans le cadre de l'acte conjugal, aurait comme finalité de faciliter la conception.
La fécondation in vitro avec transfert d'em­bryon (fivète) est évidemment intenable lors­qu'il s'agit d'un donneur étranger. C'est un adul­tère objectif. Il en va de même dans l'autre hypothèse, celle de la mère porteuse. Il faut son­ger aussi au bouleversement psychologique et spirituel que cela introduit dans les identités personnelles et familiales (3).
Et la fivète homologue (interne au couple) ? L'opinion publique y est en général favorable, même chez les catholiques. Mais on fait l'im­passe sur son coût réel. Au plan technique, il y a le plus souvent « sélection» d'embryons avant et parfois après l'implantation, et recours à un acte masturbatoire.
Mais même si ces deux objections étaient réso­lues, demeurerait l'objection fondamentale: le divorce entre don d'amour et don de vie. Par leur union de corps et d'âme (inséparablement), les époux coopèrent à l'oeuvre créatrice de Dieu. Des chrétiens ne peuvent se résigner à ce que cet acte soit remplacé par une manipulation externe et technique. Ils ont à donner ce témoignage, fut-­il crucifiant. Ils savent combien ce divorce, dans nos sociétés, a eu comme fruit amer la profana­tion de l'amour et la désacralisation de la vie.

(1) Jean-PaulI!, Familiaris consartio, n° 14 ;
(2) Donum vitae, n° 8 ;
(3) Aux États-Unis, où le donneur a un nom de code connu (afin d'éviter des mariages consanguins), jusqu'à une dizaine d'enfants peuvent s'identifier comme demi-frères grâce à Internet.


Père Alain Bandelier paru dans la revue Famille Chrétienne numéro 1499 du 7 au 13 octobre 2006

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