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Le synode sur la famille, patrimoine de l'humanité, par le card. Baldisseri

Publiée le 16-07-2014

Le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du synode des évêques, a répondu aux questions de Nicola Gori pour L’Osservatore Romano. En voici des extraits dans notre traduction de l’italien.

L’Evangile de la famille

« A propos du risque de proposer un modèle occidental de la famille, la réponse adéquate se trouvera dans une présentation correcte de la thématique synodale, qui part de ce qui est sûr et certain pour avancer vers ce qui n’est pas encore connu et exploré. N’avons-nous pas besoin de deux pieds pour marcher ? Eh bien, pour avancer, on ne soulève un pied que lorsqu’on est certain que l’autre est bien ferme par terre. À mon avis, c’est la façon de procéder du synode. Avancer à la découverte de nouvelles formes et expériences sans rien abandonner de ce qui est certain, sûr et valide. Au niveau planétaire, c’est la tâche de l’Église d’inculturer la foi, comme elle l’a fait au long des siècles. Les documents à ce sujet ne manquent pas, comme par exemple l’encyclique Redemptoris missio, de Jean-Paul II, qui indique des critères pour cela. Les assises synodales rassemblent des personnes originaires de toutes les cultures et traditions de la planète et je suis convaincu qu’il y aura sur ce plan un apport considérable, afin de mieux exprimer l’Évangile de la famille, avec ses retombées fécondes pour la théologie et la discipline. »

L’Instrumentum laboris

« À la lecture de l’Instrumentum laboris, on devine que l’assemblée spéciale d’octobre prochain traitera de la famille dans sa complexité et son caractère d’urgence, en abordant tous les thèmes qui la concernent, énumérés dans le document où convergent les réponses aux 38 questions du questionnaire déjà distribué aux épiscopats et aux institutions de droit. Je voudrais rappeler que le document est composé de trois parties, correspondant aux chapitres, et divisé en 159 numéros, peu d’entre eux traitant le sujet dont vous parlez. L’attention progressive à l’immensité du thème de la famille, qui se développe de manière homogène dans le document, sera pour tous source de clarté et d’une meilleure compréhension et diminuera la tendance, sur le plan médiatique entre autres, à privilégier certains aspects plutôt que d’autres. Il faut surtout garder présent à l’esprit le fait que les différents thèmes sont étroitement liés entre eux et, si l’on veut comprendre de manière saine et juste, il faut considérer dans leur ensemble, et à parts égales, les études et les éventuels points de résolution. »

 

Le christianisme n’est pas « monoculturel »

« Il ne fait pas de doute que la foi chrétienne s’est transmise à travers la culture occidentale et du Moyen-Orient, sachant bien que l’incarnation est advenue dans un temps et un lieu précis. Toutefois, comme le dit le pape François dans La joie de l’Évangile, au numéro 117 : « Ce n’est pas faire justice à la logique de l’incarnation que de penser à un christianisme monoculturel et monocorde. S’il est bien vrai que certaines cultures ont été étroitement liées à la prédication de l’Évangile et au développement d’une pensée chrétienne, le message révélé ne s’identifie à aucune d’entre elles et il a un contenu transculturel ». L’aperçu mondial sur la famille qui se dessinait à partir de l’enquête, rapporté dans le document, ouvre alors des horizons pour la transmission de l’Évangile de la famille, qui seront utiles à la réflexion du prochain synode. Sur la base des informations et des suggestions qui en émergent, les pères synodaux se sentiront davantage aptes et motivés pour répondre aux défis en question, et ils le feront avec des propositions culturellement différentes, dans le sillage de l’enseignement et de la discipline de l’Église. En effet, ils sont invités à préparer dès maintenant leur intervention en salle lors de la prochaine assemblée, qui sera l’expression d’une expérience de la foi inculturée dans leur propre Conférence épiscopale ; ils contribueront aux assises avec une totale liberté de parole en formulant des propositions pastorales mûres et adéquates pour ce thème délicat de la famille. »

 

Instrument de travail et pas document du magistère

« L’Instrumentum laboris, comme l’expression l’indique, est un document de base pour les travaux du synode. Ce n’est pas un document magistériel, une présentation doctrinale ou pastorale sur le thème en question. C’est la synthèse élaborée de données, informations, suggestions, de vies vécues, d’expériences individuelles, communautaires ou pastorales, de la réalité objective de la famille aujourd’hui, avec ses ombres et ses lumières. Cette élaboration présente le statut actuel de la famille sous ses multiples aspects, auxquels d’autres aspects seront intégrés dans la seconde étape du processus synodal qui se conclura par l’assemblée générale ordinaire de 2015. Il revient aux pères synodaux d’examiner, d’étudier, de discuter cette réalité et de la confronter à l’enseignement et à la discipline de l’Église qui sont par ailleurs bien décrits dans la première partie du document, afin d’indiquer des pistes pastorales nouvelles, ou renouvelées pour répondre aux défis en question. »

 

Le légalisme ou la foi

« La pastorale, en général, et encore moins la pastorale familiale, ne peut pas être un instrument légaliste en raison de sa nature même en tant qu’application concrète de l’enseignement et de la discipline de l’Église, qui ne se limite pas à la casuistique. Au contraire, c’est l’expression véritable de la foi, qui se manifeste par des gestes, les sacrements, et par des paroles, la prédication, qui sont effectués avec les personnes et dans la communauté. L’Instrumentum laborisfait connaître ces réalités pastorales en acte sur la famille, et interroge tout le monde sur la manière d’annoncer aujourd’hui l’Évangile, et pas seulement dans la famille. L’homélie, la prédication, la catéchèse, le langage sont des éléments pastoraux de transmission de la foi qui n’ont rien à voir avec le légalisme. Au contraire, ce sont les instruments nécessaires pour l’annonce et pour l’action pastorale de l’Église. L’approche, et la question de savoir comment aujourd’hui l’Église doit annoncer l’Évangile, sont importants dans La joie de l’Évangile, où le pape François, en se référant à l’homélie, dit que les prédicateurs savent ce qu’ils doivent dire, mais qu’ils négligent comment le dire, montrant le risque de s’habituer à son propre langage, souvent technique et peu compréhensible. Pour la catéchèse, le rôle fondamental de la première annonce, le kérygme, est important afin que, comme le disait Hugo Rahner, la théologie ne soit pas pour nous simplement une science, mais essentiellement l’annonce-salut. »

 

 

La famille intéresse tout le monde

« La famille est un thème qui intéresse tout le monde, les personnes et les institutions, les Églises, les confessions religieuses, la société, l’État. La présence des délégués fraternels à l’assemblée du synode manifeste clairement que la famille deviendra objet de dialogue œcuménique et interreligieux. Les thèmes, comme les mariages mixtes, la famille et la loi naturelle, l’idéologie du « genre », représentent un intérêt commun et seront certainement traités comme il se doit. »

 

 

Les couples de fait

« Cette question fait partie des situations familiales difficiles, mentionnées dans le document, qui sont en croissance dans les pays occidentaux, avec des répercussions dans d’autres continents. À ce phénomène s’ajoute celui de la cohabitation entre jeunes, conséquence de la crise profonde des valeurs : la perception de l’amour comme un fait privé, du lien matrimonial comme une perte de la liberté personnelle, du mariage comme une décision trop engageante. Le tout aggravé par l’influence de facteurs extérieurs tels que la crise économique et les politiques des États qui n’aident pas mais qui, au contraire, pénalisent ceux qui veulent construire une famille, à cause du chômage, de l’insécurité professionnelle, des bas salaires, de la précarité de l’assistance médical, du problème du logement, sans parler de certains médias et réseaux sociaux qui mettent en avant des anti-modèles et des valeurs erronées et déviantes. »

 

 

Réponses au questionnaire

« On observe un intérêt et une grande estime pour la famille chrétienne et pour sa signification en soi et en relation avec l’Église et la société, avec leurs défis propres. La preuve en est l’accueil très important réservé au questionnaire, qui a suscité une réponse unanime et inattendue de tous les côtés. En effet, il y a eu des réactions immédiates, directes, d’une grande ampleur, que ce soit de la part de ceux qui ont voulu donner leur témoignage sur la beauté et les valeurs de la famille chrétienne pour la société d’aujourd’hui, ou de la part de ceux qui en ont relevé les défis et les problèmes. L’aspect positif est que l’annonce de l’Évangile de la famille a été rapportée abondamment dans la première partie du document, qui mérite donc d’être lu avec la plus grande attention, soulignant le fait que les catholiques dans le monde sentent profondément la valeur chrétienne de la famille comme un signe et un modèle pour toutes les familles du monde. L’aspect des défis et des problématiques est décrit dans la seconde partie du document, qui aborde de manière structurée les thèmes concernant la pastorale actuelle de la famille, les situations familiales difficiles, les unions entre personnes du même sexe. Parmi les questions importantes, il faut noter la crise de la foi, les situations critiques à l’intérieur de la famille, comme la violence et les abus, ou extérieures, comme les guerres, les migrations et les formes de pauvreté ; viennent ensuite la cohabitation, les couples de fait, les échecs, avec les situations des personnes séparées, divorcées et des personnes divorcées remariées, les enfants de ces unions et les mères célibataires. Face à ces drames familiaux, avec ses victimes et ses blessés qui évoquent l’image de l’ « hôpital sur un champ de bataille », l’Église est appelée à se pencher pour en prendre soin, tout en maintenant sa tâche principale qui est l’annonce de l’Évangile de la famille et de la beauté de la vocation à l’amour, grand potentiel aussi pour la société. »

« L’ouverture à la vie et la responsabilité éducative, comme perspective et défi pastoral, sont les thèmes de la troisième partie du document ; on y signale les difficultés, on indique des initiatives pastorales mises en œuvre, on soulève des questions et on fait des propositions. »

 

 

 

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