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Evangéliser la Vie

Homélie de Saint Jean Paul II à Fatima, le 13 mai 1982

Publiée le 04-03-2017

 

1 -     « Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui » (Jn 19,27)

     C’est par ces paroles que se termine l’Evangile de la liturgie de ce jour à Fatima. Le nom du disciple était Jean. C’est précisément lui, Jean, fils de Zébédée, apôtre et évangéliste, qui entendit les paroles du Christ venant du haut de la Croix : « Voici ta mère ». Auparavant, le Christ avait dit à sa Mère : « Femme, voici ton fils ».

     C’était là un Testament admirable.

     En quittant ce monde, le Christ donna à sa Mère un homme qui serait pour elle comme un fils : Jean. Il le lui confia. Et par suite de ce don, de cette relise entre ses mains, Marie devint la mère de Jean. La Mère de Dieu est devenue la mère de l’homme.

     A partir de cette heure-là, Jean la prit chez lui et devint sur terre le gardien de la Mère de son Maître ; c’est en effet, pour des enfants, un droit et un devoir que de prendre soin de leur mère. Mais Jean devint surtout par la volonté du Christ, le fils de la Mère de Dieu. Et à travers Jean, tout homme devint son fils à Elle.

 

2 -  Il la prit chez lui, peut également signifier littéralement, dans sa maison.

     Les lieux où Marie se rencontre avec les hommes sont une manifestation particulière de sa maternité à leur égard, comme le sont aussi les maisons où elle habite, les maisons où l’on sent une présence particulière de la Mère.

     Ces lieux et ces maisons sont fort nombreux. Et ils sont d’une grande variété, depuis les plus simples oratoires aménagés dans les habitations ou le long des routes, où resplendit l’image de la Mère de Dieu, jusqu’aux chapelles et aux églises construites en son honneur. Il y a cependant quelques lieux où les hommes ressentent d’une manière particulièrement vivante la présence de leur Mère. Parfois ces endroits rayonnent largement leur lumière, attirent les gens de loin. Leur rayonnement peut d’étendre à un diocèse, à une nation entière, voire à plusieurs nations et jusqu’à plusieurs continents. Tels sont les sanctuaires mariaux.

     En tous ces endroits se réalise d’une façon admirable ce testament singulier du Seigneur crucifié : l’homme s’y sent remis et confié à Marie, l’homme y accourt pour être avec elle comme avec sa mère ; l’homme lui ouvre son cœur et lui parle de tout : « Il la prend chez lui », c’est-à-dire au milieu de tous ses problèmes, parfois difficiles. Ses problèmes et ceux des autres. Problèmes des familles, des sociétés, des nations, de l’humanité entière.

 

3 – N’en est-il pas ainsi au sanctuaire de Lourdes, dans la France voisine ?

     N’en est-il pas ainsi à Jasna Gora en terre polonaise, le sanctuaire de ma nation, qui célèbre cette année le jubilé de ses six cents ans ?

     Il semble que là aussi, comme en tant d’autres sanctuaires mariaux dispersés de par le monde, résonne avec une force d’authenticité toute particulière ces paroles de la liturgie de ce jour : « Tu es le grand honneur de notre race ! » (Jdt 15,9) et encore celles-ci :

     « Quand notre race était humiliée…, tu es intervenue pour empêcher notre ruine, en agissant résolument sous le regard de notre Dieu » (Jdt 13,20)

 

      Ces paroles résonnent à Fatima comme un écho spécial des expériences non seulement de la nation portugaise, mais aussi de tant d’autres nations et peuples qui se trouvent sur le globe terrestre ; elles même l’écho de l’expérience de toute l’humanité contemporaine, de toute la famille humaine.

 

 

4 – Je viens donc ici aujourd’hui parce que c’est précisément en ce jour de l’an dernier qu’a eu lieu, sur la Place Saint-Pierre à Rome, l’attentat contre la vie du Pape, en mystérieuse coïncidence avec l’anniversaire de la première apparition à Fatima, le 13 mai 1917.

     Ces dates se sont rencontrées d’une manière telle que j’ai cru y reconnaître un appel spécial à venir ici. Et voilà qu’aujourd’hui je suis ici. Je suis venu remercier la divine Providence en ce lieu que la Mère de Dieu semble avoir si particulièrement choisi. « Misericordiae Domini, quia non sumus consumpti » (Lam 3,22) : je le répète encore une fois avec le prophète.

     Je suis venu surtout pour proclamer ici la gloire de Dieu même : « Beni soit le Seigneur Dieu, Créateur du ciel et de la terre », je le dis avec les mots mêmes de la liturgie de ce jour (Jdt 13,18).

     Et vers le Créateur du Ciel et de la terre, j’élève également cette hymne spéciale de gloire qu’est elle-même la Mère immaculée du Verbe incarné.

     « Bénie sois-tu, ma fille, par le Dieu Très-Haut, entre toutes les femmes de la terre… Jamais l’espérance dont tu as fait preuve ne s’effacera du souvenir des hommes, mais ils se rappelleront éternellement la puissance de Dieu ».

    « Que Dieu accorde un heureux résultat à cet exploit et qu’il t’exalte pour toujours » (Ibid, vv, 18-20).

     A la base de c chant de louange que l’Eglise élève avec joie ici comme en tant de lieux de la terre, se trouve l’incomparable choix d’une fille du genre humain comme Mère de Dieu.

     Que soit donc adoré surtout Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit !

     Que soit bénie et vénérée Marie, type de l’Eglise, en tant que demeure de la Très Sainte Trinité !

5 – Depuis le moment où Jésus, en mourant sur la Croix, dit à Jean : « Voici ta Mère », depuis le moment où « le disciple la prit chez lui », le mystère de la Maternité spirituelle de Marie a trouvé son accomplissement dans l’histoire avec une ampleur sans limites. Maternité veut dire sollicitude pour la vie du fils. Or donc, si Marie est mère de tous les hommes, son empressement pour la vie de l’homme est d’une portée universelle. L’empressement d’une mère embrasse l’homme tout entier. La maternité de Marie commence par sa sollicitude maternelle pour le Christ. Dans le Christ, au pied de la Croix, elle a accepté Jean, et elle a accepté tout homme et tout l’homme. Marie les embrasse tous avec une sollicitude particulière dans l’Esprit-Saint. C’est lui, en effet, comme nous le professons dans notre Credo, qui donne la vie. C’est lui qui donne la plénitude de la vie ouverte vers l’éternité.

     La maternité spirituelle de Mari est donc une participation à la puissance de l’Esprit Saint, de celui qui donne la vie. Elle est en même temps humble service de celle qui dit d’elle-même : « Voici la servante du Seigneur » (Lc 1,38).

     A la lumière du mystère de la maternité spirituelle de Marie, cherchons à comprendre le message extraordinaire  qui commença à résonner dans le monde, à partir de Fatima, depuis le 13 mai 1917 et se prolongea pendant cinq mois, jusqu’au 13 octobre de la même année.

 

6 -     L’Eglise a toujours enseigné et continue à proclamer que la révélation de Dieu a trouvé son accomplissement en Jésus-Christ, qui en est la plénitude, et que aucune nouvelle révélation publique n’est à attendre avant la manifestation glorieuse du Seigneur (Dei verbum, 4). L’Eglise apprécie et juge les révélations privées selon le critère de leur conformité avec cette unique révélation publique.

     Si l’Eglise a accueilli le message de Fatima, c’est surtout parce qu’il contient une vérité et un appel qui, dans leur contenu fondamental, sont la vérité et l’appel de l’Evangile lui-même.

     « Convertissez-vous, (faites pénitence) et croyez à l’Evangile » (Mc 1,15) ; telles sont les premières paroles que le Messie a adressées à l’humanité. Le message de Fatima est, dans son noyau fondamental, l’appel à la conversion et à la pénitence, comme dans l’Evangile. Cet appel a été prononcé au début du vingtième siècle, et par conséquent il a été particulièrement adressé à ce siècle. La Dame du message semble lire avec une perspicacité spéciale les signes des temps, les signes de notre temps.

     L’appel à la pénitence est maternel et, en même temps, ferme et déterminé. La charité, qui trouve sa joie dans ce qui est vrai (Cf 1 Co 13,6), sait être franche et décidée. L’appel à la pénitence est associée, comme toujours, à l’appel à la prière. Conformément à la tradition de nombreux siècles, la Dame du message de Fatima indique le rosaire, qui peut justement se définir la prière de Marie : la prière dans laquelle elle se sent particulièrement unie à nous. Elle-même prie avec nous. Par cette prière, on embrasse les problèmes de l’Eglise, du Siège de Saint Pierre, les problèmes du monde entier. En outre, on se souvient des pécheurs, pour qu’ils se convertissent et sa sauvent, et des âmes du purgatoire.

     Les paroles du message ont été adressées à des enfants de 7 à 10 ans. Les enfants, comme Bernadette à Lourdes, sont particulièrement privilégiés dans ces apparitions de la Mère de Dieu. D’où le fait que son langage est simple, à la mesure de leur capacité de comprendre. Les enfants de Fatima sont devenus les interlocuteurs de la Dame du message et aussi ses collaborateurs. Il y en u une qui vit encore.

 

7 – Lorsque Jésus dit sur la Croix : « Femme voici ton fils » (Jn 19,26) il ouvrit d’une manière nouvelle le cœur de sa Mère, le Cœur immaculé, et lui révéla la nouvelle dimension de l’amour, et la nouvelle portée de l’amour auquel elle était appelée dans l’Esprit-Saint par la force du sacrifice de la croix.

    Dans les paroles de Fatima, il nous semble retrouver justement cette dimension de l’amour  maternel dont le rayonnement atteint toute la route de l’homme vers Dieu, la route qui fait cheminer sur cette terre, et celle qui mène, à travers le purgatoire, au-delà de la terre. La sollicitude de la Mère du Sauveur est la sollicitude pour l’œuvre du Salut, l’œuvre de son Fils. C’est la sollicitude pour le Salut, pour le Salut éternel de tous les hommes. 65 années se sont écoulées depuis ce 13 mai 1917 : il est difficile de ne pas voir que cet amour de la Mère, porteur de salut, embrasse d’une manière particulière, dans son rayonnement, notre siècle.

     A la lumière de l’amour maternel, nous comprenons tout le message de la Dame de Fatima. Ce qui s’oppose le plus directement au cheminement de l’homme vers Dieu, c’est le péché, l’obstination dans le péché et, finalement, la négation de Dieu. La volonté programmée d’effacer Dieu dans le monde de la pensée humaine. Le fait que toute l’activité terrestre de l’homme se détache de lui. Le refus de Dieu de la part de l’homme.

     En réalité, le Salut éternel de l’homme se trouve en Dieu seul. Si le refus de Dieu de la part de l’homme devient définitif, il mène logiquement au refus de l’homme de la part de Dieu (Ch Mt 7,23 : 10,33).

     Alors que la Mère avec toute la puissance de l’amour qu’elle nourrit dans l’Esprit-Saint, désire le Salut de tout homme, peut-elle garder le silence sur ce qui menace les bases mêmes de ce Salut ? Non, elle ne le peut pas !

     C’est pourquoi le message si maternel de la Dame de Fatima est en même temps si ferme et si déterminé. Il semble sévère. C’est comme si Jean-Baptiste parlait sur les rives du Jourdain. Il invite à la pénitence. Il avertit. Il appelle à la prière. Il recommande le rosaire.

     Ce message est adressé à tout homme. L’amour de la Mère du Sauveur rejoint tout ce que touche l’œuvre du Salut. L’objet de ses soins, c’est tous les hommes de notre époque, et en même temps les sociétés, les nations et les peuples. Les sociétés menacées par l’apostasie, menacées par la dégradation morale. L’écroulement de la moralité entraîne avec lui l’écroulement des sociétés.

 

8 – Le Christ, sur la Croix, dit : « Femme, voici ton fils ». Par cette parole, il ouvrit, d’une manière nouvelle, le cœur de sa Mère.

     Peu après, la lance du soldat romain transperça le côté du Crucifié. Ce cœur transpercé est devenu le signe de la rédemption que l’Agneau de Dieu accomplit par sa mort.

     Le Cœur immaculé de Marie, ouvert par la parole : « Femme, voici ton fils », rencontre spirituellement le cœur de son Fils ouvert par la lance du soldat. Le cœur de Marie a été ouvert par l’amour même pour l’homme et pour le monde dont le Christ a aimé l’homme et le monde, s’offrant lui-même pour eux sur la Croix, jusqu’au coup de lance du soldat.

     Confier le monde au Cœur immaculé de Marie signifie nous approcher, grâce à l’intercession de la Mère, de la Source elle-même de la vie, qui a jailli au Golgotha. Cette Source jaillit sans interruption avec la Rédemption et avec la grâce. En elle s’opère continuellement la réparation pour les péchés du monde. Elle est en permanence source de vie nouvelle et de sainteté.

     Confier le monde au Cœur Immaculé de la Mère signifie revenir au pied de la Croix du Fils. Plus encore, cela veut dire confier ce monde au Cœur transpercé du Sauveur, le faire remonter à la source même de sa rédemption. La rédemption surpasse toujours le péché de l’homme et le péché du monde. La puissance de la rédemption est infiniment supérieure à toutes les possibilités de mal qui se trouvent dans l’homme et dans le monde.

     Le Cœur de la Mère, comme aucun autre dans tout l’univers, visible et invisible, en est bien conscient.

     C’est pour cela qu’il appelle !

     Il n’appelle pas seulement à la conversion, il nous appelle à nous faire aider par elle, la Mère, pour revenir vers la source de la rédemption.

9 – Se remettre entre les mains de Marie signifie se faire aider par elle pour nous offrir, nous-mêmes et l’humanité, à Celui qui est Saint, infiniment Saint ; se faire aider par elle – en ayant recours à son Cœur de Mère qui, au pied de la Croix, s’est ouvert à l’amour pour tout homme, pour le monde entier – afin d’offrir le monde, et l’homme, et l’humanité, et toutes les nations, à Celui qui est infiniment Saint. La sainteté de Dieu a été manifestée dans la rédemption de l’homme, du monde, de l’humanité entière, des nations, rédemption qui s’est accomplie par le sacrifice de la Croix. « Pour eux, je me consacre moi-même » avait dit Jésus (Jn  17,19).

     Par la puissance de la rédemption, le monde et l’homme ont été consacrés. Ils ont été consacrés à Celui qui est infiniment Saint. Ils ont été offerts et confiés à l’Amour même, à l’Amour miséricordieux.

     La Mère du Christ nous appelle et nous invite à nous unir à l’Eglise du Dieu vivant dans cette consécration du monde, dans cet acte d’offrande par lequel, le monde, l’humanité, les nations, tous et chacun des hommes sont présentés au Père Eternel avec la puissance de la rédemption du Christ. Ils sont offerts dans le Cœur du Rédempteur transpercé sur la Croix.

     La Mère du Rédempteur nous appelle, nous invite et nous aide à nous unir à cette consécration, à cet acte d’offrande du monde. Alors en effet, nous nous trouverons le plus près possible du Cœur du Christ transpercé sur la Croix.

 

10 – Le contenu de l’appel de la Dame de Fatima est si profondément enraciné dans l’Evangile et dans toute la Tradition que l’Eglise sent sa responsabilité engagée par ce message.

     L’Eglise y a répondu par le Serviteur de Dieu Pie XII (qui avait reçu l’ordination épiscopale précisément le 13 mai 1917) ; il a voulu en effet consacrer au Cœur Immaculé de Marie tout le genre humain et spécialement les populations de la Russie. N’a-t-il pas, par cette consécration, donné satisfaction à la résonance évangélique de l’appel de Fatima ?

     Le Concile Vatican II, dans la Constitution dogmatique sur l’Eglise (Lumen Gentium) et dans la Constitution pastorale (Gaudium et Spes), a bien mis en lumière ce qui motive le lien unissant l’Eglise et le monde d’aujourd’hui. En même temps, son enseignement sur la présence particulière de Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise a atteint sa plénitude dans l’acte par lequel Paul VI, désignant aussi Marie sous le nom de Mère de l’Eglise, indiquait d’une manière plus profonde la caractéristique de son union avec l’Eglise, et de sa sollicitude pour le monde, pour l’humanité, pour chaque homme, pour toutes les nations : sa maternité.

     On en est arrivé  ainsi à saisir plus profondément encore le sens  de l’acte d’offrande que l’Eglise est appelé à faire, en recourant au Cœur de celle qui est Mère du Christ et notre Mère.

 

11 – Comment se présente aujourd’hui, devant la Mère du Fils de Dieu, dans son sanctuaire de Fatima, Jean Paul II, successeur de Pierre, celui qui poursuit l’œuvre de Pie XII, de Jean XXIII, de Paul VI, et qui reçoit particulièrement en héritage le Concile Vatican II ?

  Il se présente, en relisant avec crainte cet appel maternel à la patience,  à la conversion ; cet appel ardent du Cœur de Mare qui a retenti à Fatima, il y a 65 ans. Oui, il le relit, la crainte au cœur, car il voit tant d’hommes et tant de sociétés, tant de chrétiens qui ont pris la direction opposée à celle indiquée par le message de Fatima. Le péché a acquis un tel droit de cité dans le monde et la négation de Dieu est si répandue dans les idéologies, dans les conceptions et les programmes humains !

     C’est précisément pour cette raison que l’invitation évangélique à la pénitence et à la conversion, énoncée par les paroles de la Mère, est toujours actuelle. Elle est encore plus actuelle qu’il y a 65 ans. Et bien plus urgent. C’est aussi pourquoi cet appel sera, l’an prochain, le thème du Synode des Evêques, auquel nous nous préparons déjà.

     Le successeur de Pierre se présente ici également comme témoin des immenses souffrances de l’homme, comme témoin des menaces quasi apocalyptiques qui pèsent sur les nations et sur l’humanité. Ces souffrances, il veut les embrasser avec son faible cœur humain, tandis qu’il se tient devant le mystère du Cœur de la Mère, du Cœur immaculé de Marie.

     Au nom de ces souffrances – et avec une pleine conscience du mal qui s’étend dans le monde et menace l’homme, les nations, l’humanité -, le successeur de Pierre se présente ici avec une foi plus grande dans la rédemption du monde, dans cet Amour qui est toujours plus fort, toujours plus puissant que tout mal.

     Or si le cœur se serre à la vue du péché dans le monde, des menaces de toutes sortes qui se concentrent sur l’humanité, ce même cœur humain se dilate dans l’Espérance au moment d’accomplir une fois encore ce que mes prédécesseurs ont déjà fait : confier le monde au Cœur de la Mère, lui confier spécialement les peuples qui en ont particulièrement besoin. Cet acte veut dire que le monde est confié à Celui qui est la sainteté infinie. Cette sainteté signifie rédemption, elle signifie amour plus puissant que le mal. Jamais aucun péché du monde ne pourra surpasser cet amour.

     Une fois encore ! En effet, l’appel de Marie ne vaut pas pour une seule foi. Il est ouvert aux générations toujours nouvelles, selon les signes des temps toujours nouveaux. Il faut sans cesse revenir à lui. Toujours le reprendre à nouveau.

    

12 – L’auteur de l’Apocalypse écrit :

     « Et je vis la Cité Sainte, Jérusalem nouvelle,  qui descendait du Ciel, de chez Dieu ; elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis alors une voix clamer, du trône : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il aura sa demeure avec eux ; ils seront son peuple, et lui, Dieu-avec-eux, sera leur Dieu » (Apo 21, 2-3)

     C’est de cette foi que vit l’Eglise.

     C’est avec cette foi que chemine le peuple de Dieu.

     « La demeure de Dieu avec les homes » est déjà sur terre.

     En elle se trouve le Cœur de l’Epouse et de la Mère, Marie, parée du joyau de la conception immaculée : le Cœur de l’Epouse et de la Mère que la parole du Fils sur la Croix a ouvert à un nouvel et grand amour de l’homme et du monde ; le Cœur de l’Epouse et de la Mère qui connaît toutes les souffrances des hommes et des sociétés de cette terre.

     Le peuple de Dieu chemine sur les routes de ce monde dans une perspective eschatologique. Il accomplit son pèlerinage vers la Jérusalem éternelle, vers la demeure de Dieu avec tous les hommes.

     Là, Dieu essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé. » (Apo 21,4)

     Mais pour l’heure, l’ancien monde est encore présent.

     C’est précisément dans le cadre de l’espace et du temps que se réalise notre pèlerinage.

     Voilà pourquoi nous nous tournons vers Celui qui siège sur le trône et qui dit : « Voici, je fais l’univers » (Ibid 21,5)

     Et avec l’évangéliste et l’apôtre nous nous efforçons nous aussi de voir avec les yeux de la foi le ciel nouveau et la terre nouvelle parce que le premier ciel et la première terre ont disparu…

     Jusqu’à maintenant cependant le premier ciel et la première terre subsistent encore autour de nous et en nous. Nous ne pouvons pas l’ignorer. Cela nous permet au contraire de mesurer quelle grâce immense a été faire à l’homme lorsque, au cœur de ce cheminement, à l’horizon de la foi de notre temps, est apparu ce signe grandiose : une femme (Apo 12,1) !

    Oui, en toute vérité, nous pouvons répéter : « Bénie sois-tu ma fille, par le Dieu Très-Haut, entre toutes les femmes de la terre ! »

     « … en agissant résolument sous le regard de Dieu,

     Tu es intervenue pour empêcher notre ruine »

     En vérité, tu es bénie !

     Oui, ici et dans toute l’Eglise, dans le cœur de chaque homme et dans le monde entier : sois bénie, ô Marie, notre très douce Mère !

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