Vie spirituelle

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1- Les âmes du Purgatoire et la prière du Rosaire

1- Les ames du Purgatoire et la prière du Rosaire


LA DEVOTION DU SAINT ROSAIRE

Fructifiez comme le rosier planté au bord des eaux
Eccli 39, 17

Ce que Pline assure de la rose, qu'elle reçoit de la nature non seulement l'office de nous embaumer de ses parfums, mais aussi d'être utile à notre santé, peut s'appliquer justement à la dévotion du Rosaire : car cette dévotion, outre le bonheur qu'elle procure à ceux qui l'embrassent, leur est très profitable pour les guérir à la fois du mal du péché et de la peine qui lui est réservée. En voici un exemple très convaincant.

Dans le royaume d'Arragon, une jeune fille de haute naissance, appelée Alexandra, assistant aux prédications du grand saint Dominique, se décida à entrer dans la confrérie instituée pour cet objet. Mais, livrée à la vanité mondaine, elle oubliait souvent de réciter son chapelet, préférant passer des heures entières au miroir et aux conversations inutiles. Comme elle était fort belle et gracieuse, plusieurs jeunes gens commencèrent à l'entourer de leurs hommages et à lui demander sa main, et chacun faisait de son mieux pour attirer ses regards et son coeur. Il y en avait deux surtout, d'une condition élevée, qui se montraient plus ardents à sa poursuite, et qui finirent par se défier en duel. La jeune fille était présente pour décider entre les combattants, armés chacun d'une longue lance comme pour un tournoi. Au signal donné, ils se précipitèrent l'un sur l'autre avec tant de fureur, qu'ils tombèrent tous deux à la renverse, mutuellement frappés, et ne tardèrent pas à expirer. Ce fut un sujet de vive douleur pour les deux familles ; unissant leur colère contre celle qui avait été l'occasion de ce malheur, elles se jetèrent sur elle, et la battirent jusqu'à compromettre sa vie. Baignant dans son sang, l'infortunée demandait grâce et suppliait qu'on la laissât au moins se confesser ; mais ces furieux, s'animant de plus en plus, l'achevèrent en lui coupant la tête d'un coup de sabre ; après quoi, afin d'échapper à la justice, ils jetèrent le cadavre au fonds d'un puits et se sauvèrent.

Cependant, la divine MARIE, mère des miséricordes, voulut récompenser les quelques actes de piété de cette malheureuse enfant envers elle ; elle révéla tous les détails du crime à saint Dominique, qui se trouvait alors dans une autre ville. Le saint fut consterné ; il serait parti aussitôt pour se rendre en ce lieu-là, s'il n'avait été retenu par les affaires de son ordre. Au bout de quelques jours seulement, il put venir au bord du puits, y plongea le regard, et, après avoir fait une prière, se mit à appeler : « Alexandra, Alexandra ! » O prodige inouï ! En présence de plusieurs personnes que la venue du Père avait attirées, la morte s'anime, la tête se rapproche du tronc, et la voici qui sort pleine de vie, quoique couverte de sang ; elle se jette aux pieds de Dominique, et fait avec beaucoup de larmes une confession générale, en bénissant DIEU qui lui avait permis de se faire inscrire parmi les servantes de la Reine du ciel.

Elle vécut encoure deux jours, afin de pouvoir réciter un certain nombre de rosaires qui lui avaient été imposés pour pénitence. On vint la voir de tous côtés, et elle ne cessait de prêcher la dévotion à MARIE.
Interrogée par le saint patriarche sur ce qui lui était arrivé après sa mort, elle raconta trois choses bien mémorables. La première, que, par les mérites de la confrérie du Rosaire, elle avait eu la grâce de la contrition au moment d'expirer, sans quoi elle eût été damnée. Secondement, quand on lui tranchait la tête, elle s'était vue assaillie d'une troupe de démons hideux qui voulaient l'emporter en enfer, lorsque MARIE était accourue à son aide et l'avait délivrée.

En troisième lieu, elle avait été condamnée par la divine justice, à deux cents années de purgatoire pour avoir causé la mort des deux jeunes gens ; en outre, à cause de ses parures vaines et immodestes, qui avaient été à beaucoup une occasion prochaine de péché, elle avait à endurer encore cinq cents autres années de souffrances. « Mais j'espère, ajouta-t-elle, que les confrères auxquels je m'étais associée pour honorer MARIE prieront pour moi avec tant de ferveur, que ce temps de terrible épreuve sera miséricordieusement abrégé. »

Elle mourut de nouveau, après avoir donné les marques de la plus édifiante piété. On lui fit des obsèques solennelles. Saint Dominique prit tellement à coeur l'heureuse fin du miracle que DIEU avait opéré par lui, il fit lui-même et fit faire à d'autres tant de pénitences, de prières, d'aumônes et de jeûnes, qu'il obtint la délivrance entière d'Alexandra. Au bout de quinze jours, elle lui apparut toute éclatante de lumière, semblable à une étoile.

Elle pria le saint de remercier pour elle ses confrères, qui lui avaient été autant de bienfaiteurs, et qui avaient par leurs suffrages hâté son salut. Elle ajouta aussi qu'elle venait, comme ambassadrice des âmes du purgatoire, le conjurer de prêcher et d'étendre la dévotion du Rosaire, qui leur procurait chaque jour un admirable soulagement. « Que les confrères, dit-elle, appliquent à ces pauvres âmes les indulgences et les faveurs spirituelles dont il possèdent un trésor si abondant : ils n'y perdront rien, car les élus à leur tour intercèderont pour eux quand ils auront reçu la couronne. Les anges se réjouissent de cette dévotion, et la Reine du ciel s'est déclarée la tendre mère de tous ceux qui l'embrassent. »
Dominique, ravi de cette révélation nouvelle, en fit part à ses disciples, et travailla avec un redoublement de zèle à faire réciter autour de lui le chapelet.


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