Humaniser la sexualité. Communiqué de Mgr Scherrer, Evêque de Laval■ Humaniser la sexualité. Communiqué de Mgr Scherrer, Evêque de Laval mars 2009 ■ Depuis quelques semaines, l'Église catholique fait l'objet d'une campagne de dénigrement sans précédent. Or voilà que l'affaire du préservatif revient avec le voyage que vient d'accomplir benoît XVI en Afrique. Le problème est qu'une fois de plus, on a sorti une phrase du Pape de son contexte pour déformer gravement le message qu'il désirait transmettre. Je me dois par conséquent de relayer ce message dans son intégralité et d'en faire valoir la pertinence et la beauté. Car le Sida est une tragédie terrible contre laquelle il nous faut lutter coûte que coûte. Mais quels moyens proposons-nous pour en sortir vraiment ? Dans la réponse qu'il a apporté à cette question au cours du voyage qui l'acheminait au Cameroun, Benoît XVI a répondu : "Je dirais que l'on ne peut vaincre ce problème du sida avec seulement de l'argent, qui est nécessaire, mais s'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut pas dépasser le fléau avec la distribution de préservatifs. Au contraire, ils augmentent le problème. La solution ne peut venir que d'un double engagement : en premier, une humanisation de la sexualité, c'est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui permette une nouvelle manière de se comporter les uns avec les autres, et deuxièmement une vraie attention particulièrement à l'égard des personnes qui souffrent, la disponibilité, les sacrifices aussi, les renoncement personnels pour être avec les personnes souffrantes. Ce sont les moyens qui aident et permettent des progrès visibles". Le premier moyen, pour le Pape, c'est donc d'éduquer nos jeunes à la beauté humaine de l'amour et de la sexualité. Or la beauté de l'amour est dans la chasteté, la fidélité et la maîtrise de soi. Bien sûr, cet idéal est élevé et exigeant. Le chemin de l'évangile n'est pas un chemin facile. On ne peut pas reprocher au chef de l'Église catholique de nous rappeler à cet idéal chrétien, même s'il est très élevé. Si, maintenant, on n'arrive pas à vivre la situation telle qu'il la propose, alors, c'est évident, on ne doit pas mettre la vie des autres en danger. Il faut donc dans ce cas utiliser les moyens proposés jusqu'à recourir, s'il le faut, au préservatif pour ne pas risquer d'ajouter un mal à un autre mal. L'Église ne dit pas autre chose depuis dix ans. Le second moyen préconisé par Benoît XVI, c'est l'assistance médicale aux malades. Depuis de nombreuses années, d'ailleurs, les chrétiens ont été parmi les premiers à se porter au chevet des malades infectés par le virus. Dans le monde, près de 30% des malades atteints du sida sont pris actuellement en charge par des institutions catholiques. C'est le cas en Afrique où l'Eglise a ouvert des dispensaires en grand nombre pour soigner et d'abord aimer les malades. Pour l'Église, le débat sur le sida n'est donc pas théorique, il est d'abord pratique. Il est concrètement du domaine de la compassion et de la charité exercée à l'égard des plus faibles, à savoir ici les malades du Sida en qui les chrétiens reconnaissent le visage du Christ souffrant. Il n'y a en définitive qu'une unique alternative au drame du Sida, c'est celle qui consiste à humaniser la sexualité. Voilà ce qu'a dit le Pape dans l'avion qui le conduisait en Afrique. À chacun d'y réfléchir en vérité. Si nous voulons en effet que nos sociétés changent, si nous voulons offrir à la jeunesse un chemin qui ouvre sur un véritable avenir, il faudra bien que nous ayons la force de nous affranchir une bonne fois pour toutes de la tyrannie de la pensée unique. C'est peut-être le grand défi que nous avons à relever ensemble. Il nous faut être chrétiens jusqu'au bout. Mais cela ne se fera pas sans courage et sans conversion. + Thierry SCHERRER Évêque de Laval |