Benoît XVI de A à Z

Imprimer la page

Assomption

2005

 

15 août 2005 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption

Avant tout, un cordial salut à vous tous. C'est pour moi une grande joie de célébrer la Messe le jour de l'Assomption dans cette belle église paroissiale. Je salue le Cardinal Sodano, l'Evêque d'Albano, tous les prêtres, le Maire et vous tous. Merci de votre présence. La fête de l'Assomption est un jour de joie. Dieu a vaincu. L'amour a vaincu. La vie a vaincu. On a vu que l'amour est plus fort que la mort. Que Dieu possède la véritable force et que sa force est bonté et amour.

Marie a été élevée au ciel corps et âme:  même pour le corps, il y a une place en Dieu. Le ciel n'est plus pour nous un domaine très éloigné et inconnu. Dans le ciel, nous avons une mère. C'est la Mère de Dieu, la Mère du Fils de Dieu, c'est notre Mère. Lui-même l'a dit. Il en a fait notre Mère, lorsqu'il a dit au disciple et à nous tous:  "Voici ta Mère!". Dans le ciel, nous avons une Mère. Le ciel s'est ouvert, le ciel a un coeur.

Dans l'Evangile, nous avons entendu le Magnificat, cette grande poésie qui s'est élevée des lèvres, et plus encore du coeur de Marie, inspirée par l'Esprit Saint. Dans ce chant merveilleux se reflète toute l'âme, toute la personnalité de Marie. Nous pouvons dire que son chant est un portrait, une véritable icône de Marie, dans laquelle nous pouvons la voir exactement telle qu'elle est. Je voudrais souligner uniquement deux points de ce grand chant. Celui-ci commence par la parole "Magnificat":  mon âme "magnifie" le Seigneur, c'est-à-dire "proclame la grandeur" du Seigneur. Marie désire que Dieu soit grand dans le monde, soit grand dans sa vie, soit présent parmi nous tous. Elle n'a pas peur que Dieu puisse être un "concurrent" dans notre vie, qu'il puisse ôter quelque chose de notre liberté, de notre espace vital, par sa grandeur. Elle sait que si Dieu est grand, nous aussi, nous sommes grands. Notre vie n'est pas opprimée, mais est élevée et élargie:  ce n'est qu'alors qu'elle devient grande dans la splendeur de Dieu.

Le fait que nos ancêtres pensaient le contraire, constitua le noyau du péché originel. Ils craignaient que si Dieu avait été trop grand, il aurait ôté quelque chose à leur vie. Ils pensaient devoir mettre Dieu de côté pour avoir de la place pour eux-mêmes. Telle a été également la grande tentation de l'époque moderne, des trois ou quatre derniers  siècles.  On a toujours plus pensé et dit:  "Mais ce Dieu ne nous laisse pas notre liberté, il rend étroit l'espace de notre vie avec tous ses commandements. Dieu doit donc disparaître; nous voulons être autonomes, indépendants. Sans ce Dieu, nous serons nous-mêmes des dieux, et nous ferons ce que nous voulons". Telle était également la pensée du fils prodigue, qui ne comprit pas que, précisément en vertu du fait d'être dans la maison du père, il était "libre". Il partit dans des pays lointains et consuma la substance de sa vie. A la fin, il comprit que, précisément parce qu'il s'était éloigné du père, au lieu d'être libre, il était devenu esclave; il comprit que ce n'est qu'en retournant à la maison du Père qu'il pouvait être véritablement libre, dans toute la splendeur de la vie. Il en est de même à l'époque moderne. Avant, on pensait et on croyait que, ayant mis Dieu de côté et étant autonomes, en suivant uniquement nos idées, notre volonté, nous serions devenus réellement libres, nous aurions pu faire ce que nous voulions sans que personne ne nous donne aucun ordre. Mais là où Dieu disparaît, l'homme ne devient pas plus grand; il perd au contraire sa dignité divine, il perd la splendeur de Dieu sur son visage. A la fin, il n'apparaît plus que le produit d'une évolution aveugle, et, en tant que tel, il peut être usé et abusé. C'est précisément ce que l'expérience de notre époque a confirmé.

Ce n'est que si Dieu est grand que l'homme est également grand. Avec Marie, nous devons commencer à comprendre cela. Nous ne devons pas nous éloigner de Dieu, mais rendre Dieu présent; faire en sorte qu'Il soit grand dans notre vie; ainsi, nous aussi, nous devenons divins; toute la splendeur de la dignité divine nous appartient alors. Appliquons cela à notre vie. Il est important que Dieu soit grand parmi nous, dans la vie publique et dans la vie privée. Dans la vie publique, il est important que Dieu soit présent, par exemple, à travers la Croix, dans les édifices publics, que Dieu soit présent dans notre vie commune, car ce n'est que si Dieu est présent que nous pouvons suivre une orientation, une route commune; autrement, les différences deviennent inconciliables, car il n'existe pas de reconnaissance de notre dignité commune. Rendons Dieu grand dans la vie publique et dans la vie privée. Cela veut dire laisser chaque jour un espace à Dieu dans notre vie, en commençant le matin par la prière, puis en réservant du temps à Dieu, en consacrant le dimanche à Dieu. Nous ne perdons pas notre temps libre si nous l'offrons à Dieu. Si Dieu entre dans notre temps, tout notre temps devient plus grand, plus ample, plus riche.

Une seconde observation. Cette poésie de Marie - le Magnificat - est entièrement originale; toutefois, elle est, dans le même temps, un "tissu" composé à partir de "fils" de l'Ancien Testament, à partir de la Parole de Dieu. Et ainsi, nous voyons que Marie était, pour ainsi dire, "chez elle" dans la Parole de Dieu, elle vivait de la Parole de Dieu, elle était pénétrée de la Parole de Dieu. Dans la mesure où elle parlait avec les paroles de Dieu, elle pensait avec les paroles de Dieu, ses pensées étaient les pensées de Dieu. Ses paroles étaient les paroles de Dieu. Elle était pénétrée par la lumière divine et c'est la raison pour laquelle elle était aussi resplendissante,  aussi  bonne,  aussi rayonnante, d'amour et de bonté. Marie vit de la Parole de Dieu, elle est imprégnée de la Parole de Dieu. Et le fait d'être plongée dans la Parole de Dieu, le fait que la Parole de Dieu lui est totalement familière, lui confère également la lumière intérieure de la sagesse. Celui qui pense avec Dieu pense bien, et celui qui parle avec Dieu parle bien. Il possède des critères de jugement valables pour toutes les choses du monde. Il devient savant, sage, et, dans le même temps, bon; il devient également fort et courageux, grâce à la force de Dieu qui résiste au mal et promeut le bien dans le monde.

Et ainsi, Marie parle avec nous, elle nous parle, elle nous invite à connaître la Parole de Dieu, à aimer la Parole de Dieu à vivre avec la Parole de Dieu et à penser avec la Parole de Dieu. Et nous pouvons le faire de façons très diverses:  en lisant l'Ecriture Sainte, en particulier en participant à la Liturgie, dans laquelle, au cours de l'année, la Sainte Eglise nous présente tout le livre de l'Ecriture Sainte. Elle l'ouvre à notre vie et le rend présent dans notre vie. Mais je pense également au "Compendium du Catéchisme de l'Eglise catholique", que nous avons récemment publié, et dans lequel la Parole de Dieu est appliquée à notre vie, interprète la réalité de notre vie, nous aide à entrer dans le grand "temple" de la Parole de Dieu, à apprendre à l'aimer et à être, comme Marie, pénétrés par cette Parole. Ainsi la vie devient lumineuse et nous possédons un critère de base pour notre jugement, nous recevons en même temps la bonté et la force.

Marie est élevée corps et âme à la gloire du ciel et avec Dieu et en Dieu, elle est Reine du ciel et de la terre. Est-elle si éloignée de nous? Bien au contraire. Précisément parce qu'elle est avec Dieu et en Dieu, elle est très proche de chacun de nous. Lorsqu'elle était sur terre, elle ne pouvait être proche que de quelques personnes. Etant en Dieu, qui est proche de nous, qui est même "à l'intérieur" de nous tous, Marie participe à cette proximité de Dieu. Etant en Dieu et avec Dieu, elle est proche de chacun de nous, elle connaît notre coeur, elle peut entendre nos prières, elle peut nous aider par sa bonté maternelle et elle nous est donnée - comme le dit le Seigneur, - précisément comme "mère", à laquelle nous pouvons nous adresser à tout moment. Elle nous écoute toujours, elle est toujours proche de nous, et, étant la Mère du Fils, elle participe de la puissance du Fils, de sa bonté. Nous pouvons toujours confier toute notre vie à cette Mère, qui est proche de tous.

Rendons grâce au Seigneur, en ce jour de fête, pour le don de la Mère et prions Marie, afin qu'elle nous aide à trouver le bon chemin chaque jour. Amen.

 

 

 

 

2006

 

15 août 2006 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption 2006

Dans le Magnificat - le grand chant de la Vierge que nous venons d'écouter dans l'Evangile - nous trouvons une parole surprenante. Marie dit:  "Désormais, toutes les générations me diront Bienheureuse". La Mère du Seigneur prophétise les louanges mariales de l'Eglise pour tout l'avenir, la dévotion mariale du Peuple de Dieu jusqu'à la fin des temps. En louant Marie, l'Eglise n'a pas inventé quelque chose "à côté" de l'Ecriture:  elle a répondu à cette prophétie faite par Marie en cette heure de grâce.

Et ces paroles de Marie n'étaient pas seulement des paroles personnelles, arbitraires peut-être. Elisabeth avait, comme le dit saint Luc, poussé un grand cri et dit, remplie de l'Esprit Saint:  "Bienheureuse celle qui a cru". Et Marie, elle aussi remplie de l'Esprit Saint, continue et complète ce qu'a dit Elisabeth, en affirmant:  "Toutes les générations me diront bienheureuse". Il s'agit d'une véritable prophétie, inspirée par l'Esprit Saint, et l'Eglise, en vénérant Marie, répond à un commandement de l'Esprit Saint, et fait ce qu'elle doit faire. Nous ne louons pas suffisamment Dieu si nous nous taisons sur ses saints, en particulier sur "la Sainte" qui est devenue sa demeure sur la terre, Marie. La lumière simple et multiforme de Dieu ne nous apparaît de manière juste dans sa variété et dans sa richesse que dans le visage des saints, qui sont le véritable miroir de sa lumière. C'est précisément en voyant le visage de Marie que nous pouvons voir, plus que par d'autres moyens, la beauté de Dieu, sa bonté, sa miséricorde. Nous pouvons réellement percevoir la lumière divine sur ce visage.

Toutes les générations me diront Bienheureuse". Nous pouvons louer Marie, vénérer Marie, parce qu'elle est "bienheureuse", bienheureuse pour toujours. Et tel est le contenu de cette Fête. Bienheureuse parce qu'elle est unie à Dieu, qu'elle vit avec Dieu et en Dieu. Le Seigneur, la veille de sa Passion, en prenant congé des siens, a dit:  "Je vais vous préparer, dans la grande maison du Père, une demeure. Et il y a de nombreuses demeures dans la maison du Père". Marie, en disant:  "Je suis la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole", a préparé ici sur la terre la demeure pour Dieu:  corps et âme, elle en est devenue la demeure et elle a ainsi ouvert la terre au ciel.

Saint Luc, dans l'Evangile que nous venons d'entendre, à travers différentes allusions, fait comprendre que Marie est la véritable Arche de l'Alliance, que le mystère du Temple - la venue de Dieu ici sur terre - s'accomplit en Marie. Dieu habite réellement en Marie, il devient présent ici sur la terre. Marie devient sa tente. Ce que désirent toutes les cultures - c'est-à-dire que Dieu vienne habiter parmi nous - se réalise ici. Saint Augustin dit:  "Avant de concevoir le Seigneur dans le corps, elle l'avait déjà conçu dans l'âme". Elle avait donné au Seigneur l'espace de son âme et elle était ainsi devenue réellement le véritable Temple où Dieu s'est incarné, où il est devenu présent sur cette terre. Et ainsi, en étant la demeure de Dieu sur la terre, en elle est déjà préparée sa demeure éternelle, est déjà préparée cette demeure pour toujours. Et cela est tout le contenu du Dogme de l'Assomption de Marie à la gloire du ciel, corps et âme, exprimé ici dans ces paroles. Marie est "bienheureuse" parce qu'elle est devenue - totalement corps et âme, et pour toujours - la demeure du Seigneur. Si cela est vrai, Marie nous invite non seulement à l'admiration, à la vénération, mais elle nous guide, elle nous montre le chemin de la vie, elle nous montre comment nous pouvons devenir bienheureux, trouver le chemin du bonheur.

Ecoutons encore une fois la parole d'Elisabeth, qui s'achève dans le Magnificat de Marie:  "Bienheureuse celle qui a cru". L'acte premier et fondamental pour devenir demeure de Dieu et pour trouver ainsi le bonheur définitif, c'est croire, c'est la foi, la foi en Dieu, la foi en ce Dieu qui s'est montré en Jésus Christ et se fait entendre dans la parole divine de l'Ecriture Sainte. Croire, ce n'est pas ajouter une opinion à d'autres. C'est la conviction, la foi que Dieu existe n'est pas une information comme les autres. Il y a de nombreuses informations dont il nous importe peu qu'elles soient vraies ou fausses, elles ne changent pas notre vie. Mais si Dieu n'existe pas, la vie est vide, l'avenir est vide. Et si Dieu existe, tout est transformé, la vie est lumière, notre avenir est lumière et nous avons une orientation pour savoir comment vivre. C'est pourquoi croire constitue l'orientation fondamentale de notre vie. Croire, dire:  "Oui, je crois que Tu es Dieu, je crois que dans le Fils incarné Tu es présent parmi nous", oriente ma vie, me pousse à m'attacher à Dieu, à m'unir à Dieu et ainsi à trouver le lieu où vivre, et la manière de vivre. Et croire n'est pas seulement un type de pensée, une idée; c'est, comme je l'ai déjà suggéré, une manière d'agir, c'est une manière de vivre. Croire signifie suivre la trace qui nous est indiquée par la Parole de Dieu. Marie, en plus de cet acte fondamental de la foi, qui est un acte existentiel, une prise de position pour toute la vie, ajoute une autre parole:  "Sa miséricorde s'étend sur ceux qui le craignent". Elle parle, avec toute l'Ecriture, de la "crainte de Dieu". Il s'agit peut-être là d'une parole que nous connaissons  peu  et  que nous n'aimons pas beaucoup. Mais la "crainte de Dieu" n'est pas l'angoisse, c'est tout autre chose. En tant que fils, nous ne ressentons pas d'angoisse à l'égard du Père, mais nous ressentons la crainte de Dieu, la préoccupation de ne pas détruire l'amour sur lequel est placé notre vie. La crainte de Dieu est ce sens de la responsabilité que nous devons ressentir, la responsabilité de la portion du monde qui nous est confiée dans notre vie. La responsabilité de bien administrer cette part du monde et de l'histoire que nous sommes et de servir ainsi à la juste édification du monde, servir à la victoire du bien et de la paix.

"Toutes les générations te diront bienheureuse":  cela veut dire que le futur, l'avenir appartient à Dieu, qu'il est entre les mains de Dieu, que Dieu l'emporte. Et ce n'est pas le dragon, qui est si fort et dont parle aujourd'hui la première Lecture, qui l'emporte, le dragon qui est la représentation de tous les pouvoirs de la violence du monde. Ils semblent invincibles, mais Marie nous dit qu'ils ne sont pas invincibles. La Femme - ainsi que nous montrent la première Lecture et l'Evangile - est plus forte parce que Dieu est plus fort. Certes, comparée au dragon, ainsi armé, cette Femme qui est Marie, qui est l'Eglise, apparaît sans défense, vulnérable. Et véritablement, Dieu est vulnérable dans le monde, parce qu'il est l'Amour et que l'amour est vulnérable. Et toutefois, c'est Lui qui a l'avenir entre ses mains:  c'est l'amour qui l'emporte non la haine, à la fin, c'est la paix qui l'emporte.
Telle est la grande consolation contenue dans le Dogme de l'Assomption de Marie corps et âme à la gloire du ciel. Rendons  grâce  au Seigneur de cette consolation, mais envisageons également cette consolation comme un engagement pour nous à nous ranger du côté du bien, de la paix. Et prions Marie, la Reine de la Paix, pour qu'elle aide à la victoire de la paix, aujourd'hui:  "Reine de la Paix, prie pour nous". Amen!

 

 

2007

 

15 août 2007 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI pour la Messe de l'Assomption

Dans sa grande œuvre "La Cité de Dieu", saint Augustin dit à un moment donné que toute l'histoire humaine, l'histoire du monde, est une lutte entre deux amours:  l'amour de Dieu jusqu'à se perdre soi-même, jusqu'au don de soi, et l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, jusqu'à la haine des autres. Cette même interprétation de l'histoire, comme lutte entre deux amours, entre l'amour et l'égoïsme, apparaît également dans la lecture tirée de l'Apocalypse, que nous venons d'écouter. Ici, ces deux amours apparaissent à travers deux grandes figures. Avant tout, il y a le dragon rouge, très puissant, avec une manifestation impressionnante et inquiétante du pouvoir sans grâce, sans amour, de l'égoïsme absolu, de la terreur, de la violence. Au moment où saint Jean écrivit l'Apocalypse, pour lui ce dragon était la représentation du pouvoir des empereurs romains anti-chrétiens, de Néron à Domitien. Ce pouvoir apparaissait illimité; le pouvoir militaire, politique, propagandiste de l'empire romain était tel que devant lui, la foi, l'Eglise, apparaissait comme une femme sans défense, sans possibilité de survivre, encore moins de vaincre. Qui pouvait s'opposer à ce pouvoir omniprésent, qui semblait capable de tout? Et toutefois, nous savons qu'à la fin, la femme sans défense a vaincu; ce n'est pas l'égoïsme, ce n'est pas la haine; mais c'est l'amour de Dieu qui l'a emporté et l'empire romain s'est ouvert à la foi chrétienne.

Les paroles de l'Ecriture Sainte transcendent toujours le moment historique. Et ainsi, ce dragon indique non seulement le pouvoir anti-chrétien des persécuteurs de l'Eglise de ce temps là, mais les dictatures matérialistes anti-chrétiennes de tous les temps. Nous voyons de nouveau se manifester ce pouvoir, cette puissance du dragon rouge, dans les grandes dictatures du siècle dernier:  la dictature du nazisme et la dictature de Staline avaient  tous les pouvoirs, elles pénétraient chaque recoin, l'ultime recoin. Il semblait impossible qu'à long terme, la foi puisse survivre face à ce dragon si fort, qui voulait dévorer le Dieu qui s'était fait enfant et la femme, l'Eglise. Mais en réalité, dans ce cas également, à la fin, l'amour a été plus fort que la haine.

Aujourd'hui aussi, ce dragon existe de façons nouvelles et différentes. Il existe sous la forme des idéologies matérialistes  qui  nous  disent:  il est absurde de penser à Dieu; il est absurde d'observer les commandements de Dieu; cela appartient au passé. Il vaut la peine uniquement de vivre la vie pour soi. Prendre dans ce bref moment de la vie tout ce que nous pouvons en tirer. Seuls la consommation, l'égoïsme, le divertissement valent la peine. Telle est la vie. C'est ainsi que nous devons vivre. Et à nouveau, il semble absurde, impossible de s'opposer à cette mentalité dominante, avec toute sa force médiatique, de propagande. Il semble impossible aujourd'hui encore de penser à un Dieu qui a créé l'homme et qui s'est fait enfant et qui serait le véritable dominateur du monde.

Aujourd'hui aussi, ce dragon apparaît invincible, mais aujourd'hui aussi, il demeure vrai que Dieu est plus fort que le dragon, que c'est l'amour qui l'emporte, et non pas l'égoïsme. Ayant considéré ainsi les diverses configurations historiques du dragon, voyons à présent l'autre image:  la femme vêtue de soleil avec la lune sous ses pieds et entourée de douze étoiles. Cette image également revêt plusieurs dimensions. Une première signification est sans aucun doute qu'il s'agit de la Vierge Marie vêtue de soleil, c'est-à dire entièrement de Dieu; Marie qui vit en Dieu, entièrement, entourée et pénétrée de la lumière de Dieu. Entourée de douze étoiles, c'est-à-dire des douze tribus d'Israël, de tout le Peuple de Dieu, de toute la communion des saints, et avec à ses pieds la lune, image de la mort et de la mortalité. Marie a laissé la mort derrière elle; elle est entièrement revêtue de vie, elle est élevée corps et âme dans la gloire de Dieu et ainsi, étant placée dans la gloire, ayant surmonté la mort, elle nous dit:  courage, à la fin l'amour est vainqueur! Ma vie consistait à dire:  je suis la servante de Dieu, ma vie était le don de moi à Dieu et au prochain. Et cette vie de service débouche à présent dans la vie véritable. Ayez confiance, ayez le courage de vivre ainsi vous aussi, contre toutes les menaces du dragon.

Telle est la première signification de la femme que Marie est parvenue à être. La "femme vêtue de soleil" est le grand signe de la victoire de l'amour, de la victoire du bien, de la victoire de Dieu. Un grand signe de réconfort. Mais ensuite, cette femme qui souffre, qui doit fuir, qui enfante dans un cri de douleur, est également l'Eglise, l'Eglise en pèlerinage de tous les temps. A toutes les générations, elle doit à nouveau enfanter le Christ, l'apporter au monde avec une grande douleur dans ce monde de souffrance. Persécutée à toutes les époques, elle vit comme dans le désert persécutée par le dragon. Mais en tous temps, l'Eglise, le Peuple de Dieu, vit également de la lumière de Dieu et il est nourri, comme dit l'Evangile, de Dieu, nourri lui-même avec le pain de la Sainte Eucharistie. Et ainsi, dans toutes les vicissitudes, dans toutes les différentes situations de l'Eglise au cours des temps, dans les diverses parties du monde, en souffrant, elle est vainqueur. Et elle est la présence, la garantie de l'amour de Dieu contre toutes les idéologies de la haine et de l'égoïsme.

Nous voyons certainement qu'aujourd'hui aussi, le dragon veut dévorer le Dieu qui s'est fait enfant. N'ayez pas peur pour ce Dieu apparemment faible. La lutte a déjà été surmontée. Aujourd'hui aussi, ce Dieu faible est fort:  il est la véritable force. Et ainsi, la fête de l'Assomption est l'invitation à avoir confiance en Dieu et elle est également une invitation à imiter Marie dans ce qu'Elle a dit elle-même:  Je suis la servante du Seigneur, je me mets à la disposition du Seigneur. Telle est la leçon:  suivre sa voie; donner notre vie et ne pas prendre la vie. Et précisément ainsi, nous sommes sur le chemin de l'amour qui signifie se perdre, mais une façon de se perdre qui en réalité, est l'unique voie pour se trouver véritablement, pour trouver la vraie vie.

Tournons notre regard vers Marie, élevée au ciel. Laissons-nous conduire vers la foi et la fête de la joie:  Dieu est vainqueur. La foi apparemment faible est la véritable force du monde. L'amour est plus fort que la haine. Et nous disons avec Elisabeth:  Bénie sois-tu entre toutes les femmes. Nous te prions avec toute l'Eglise:  Sainte Marie, prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. Amen.

 

 

 

2008

 

15 août 2008 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption

Chaque année revient, au cœur de l'été, la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie, la plus ancienne fête mariale. C'est une occasion pour s'élever avec Marie sur les hauteurs de l'esprit, où l'on respire un air pur de la vie surnaturelle et où l'on contemple la beauté la plus authentique, celle de la sainteté. L'atmosphère de la célébration d'aujourd'hui est tout imprégnée de joie pascale. "Aujourd'hui - comme le chante l'antienne du Magnificat - Marie est montée au ciel:  réjouissez-vous, elle règne avec le Christ pour toujours. Alleluia". Cette annonce nous parle d'un événement tout à fait unique et extraordinaire, mais qui est destiné à combler d'espérance et de bonheur le cœur de tout être humain. Marie, en effet, représente les prémisses de l'humanité nouvelle, la créature en qui le mystère du Christ - incarnation, mort, résurrection, ascension au Ciel - a déjà eu son plein effet, en la rachetant de la mort et en la transférant corps et âme dans le royaume de la vie immortelle. C'est pourquoi la Vierge Marie, comme le rappelle le Concile Vatican II, constitue pour nous un signe d'espérance certaine et de consolation (cf. Lumen gentium, n. 68). La fête d'aujourd'hui nous pousse à lever le regard vers le Ciel. Ce n'est pas un ciel fait d'idées abstraites, ni même un ciel imaginaire créé par l'art, mais le ciel de la vraie réalité, qui est Dieu lui-même:  Dieu est le ciel. C'est lui notre destination et la demeure éternelle, dont nous provenons et vers laquelle nous tendons.

Saint Germain, évêque de Constantinople au VIII siècle, dans un discours tenu en la fête de l'Assomption, s'adressant à la Mère céleste de Dieu s'exprimait ainsi:  "Tu es Celle qui par l'intermédiaire de ta chair immaculée fit renouer avec le Christ le peuple chrétien... Comme toute personne assoiffée court à la source, ainsi toute âme court-elle vers Toi, source d'amour, et comme tout homme aspire à vivre, à voir la lumière qui ne connaît pas de crépuscule, ainsi tout chrétien soupire-t-il à entrer dans la lumière de la Très Sainte Trinité, où Tu es déjà entrée". Ce sont les mêmes sentiments qui nous animent aujourd'hui tandis que nous contemplons Marie dans la gloire de Dieu. Lorsqu'elle s'est endormie à ce monde pour se réveiller au ciel, en effet elle a simplement suivi pour la dernière fois son Fils Jésus dans son voyage le plus long et le plus décisif, dans son passage "de ce monde au Père" (cf. Jn 13, 1).

Comme Lui, avec Lui, elle est partie de ce monde pour retourner "à la maison du Père" (cf. Jn 14, 2). Et tout cela n'est pas éloigné de nous, comme il pourrait peut-être sembler dans un premier moment, parce que nous sommes tous des fils du Père, Dieu, nous sommes tous des frères de Jésus et nous sommes tous aussi des fils de Marie, notre Mère. Et nous sommes tous tendus vers le bonheur. Et le bonheur vers lequel nous tendons tous est Dieu, ainsi sommes-nous tous en chemin vers ce bonheur, que nous appelons le Ciel, qui est en réalité Dieu. Et puisse Marie nous aider, nous encourager à faire en sorte que chaque moment de notre existence soit un pas dans cet exode, sur ce chemin vers Dieu. Qu'elle nous aide à rendre ainsi également présente la réalité du ciel, la grandeur de Dieu, dans la vie de notre monde. N'est-ce pas au fond le dynamisme pascal de l'homme, de tout homme, qui veut devenir céleste, totalement heureux, en vertu de la Résurrection du Christ? Et n'est-ce pas là le début et l'anticipation d'un mouvement qui concerne tout être humain et le cosmos tout entier? Celle dont Dieu avait pris sa chair et dont l'âme avait été transpercée par une épée sur le Calvaire s'est trouvée associée la première et de manière singulière au mystère de cette transformation, à laquelle nous tendons tous, transpercés souvent nous aussi par l'épée de la souffrance en ce monde.

La nouvelle Eve a suivi le nouvel Adam dans la souffrance, dans la Passion, et ainsi également dans la joie définitive. Le Christ représente les prémisses, mais sa chair ressuscitée est inséparable de celle de sa Mère terrestre, Marie, et en Elle toute l'humanité est impliquée dans l'Assomption vers Dieu, et avec Elle toute la Création, dont les gémissements, les souffrances, sont - comme nous le dit saint Paul - le travail de l'accouchement de l'humanité nouvelle. Ainsi naissent les nouveaux cieux et la terre nouvelle, où il n'y aura plus ni pleurs, ni lamentations, parce que la mort n'y sera plus (cf. Ap 21, 1-4).

Quel grand mystère d'amour est aujourd'hui reproposé à notre contemplation! Le Christ a vaincu la mort avec la toute-puissance de son amour. Seul l'amour est tout-puissant. Cet amour a poussé le Christ à mourir pour nous et ainsi à vaincre la mort. Oui, seul l'amour fait entrer dans le royaume de la vie! Et Marie y est entrée derrière le Fils, associée à sa gloire, après avoir été associée à sa passion. Elle y est entrée avec un élan irréfrénable, en conservant ouverte après elle la voie pour nous tous. Et c'est pourquoi nous l'invoquons aujourd'hui:  "Porte du ciel", "Reine des anges" et "Refuge des pécheurs". Ce ne sont certes pas les raisonnements qui nous font comprendre ces réalités aussi sublimes, mais la foi simple, pure, et le silence de la prière qui nous met en contact avec le Mystère qui nous dépasse infiniment. La prière nous aide à parler avec Dieu et à entendre le Seigneur qui parle à notre cœur.

Demandons à Marie de nous faire aujourd'hui don de sa foi, cette foi qui nous fait déjà vivre dans cette dimension entre fini et infini, cette foi qui transforme également le sentiment du temps et du passage de notre existence, cette foi dans laquelle nous sentons intimement que notre vie n'est pas aspirée par le passé, mais attirée vers l'avenir, vers Dieu, où le Christ nous a précédé et derrière Lui, Marie.

En regardant la Vierge dans son Assomption au Ciel, nous comprenons mieux que notre vie de chaque jour, même marquée par les épreuves et les difficultés, coule comme un fleuve vers l'océan divin, vers la plénitude de la joie et de la paix. Nous comprenons que notre mort n'est pas la fin, mais l'entrée dans la vie qui ne connaît pas la mort. Notre crépuscule à l'horizon de ce monde est une renaissance à l'aurore du monde nouveau, du jour éternel.

"Marie, tandis que tu nous accompagnes dans les peines de notre vie et notre mort quotidiennes, garde-nous constamment orientés vers la vraie patrie de la béatitude. Aide-nous à faire comme tu as fait".

Chers frères et sœurs, chers amis qui ce matin prenez part à cette célébration, faisons ensemble cette prière à Marie. Devant le triste spectacle de tant de fausse joie et dans le même temps de tant d'angoissante douleur qui se déverse sur le monde, nous devons apprendre d'Elle à devenir nous-mêmes des signes d'espérance et de réconfort, nous devons annoncer avec notre vie la résurrection du Christ.

"Aide-nous, Mère, resplendissante Porte du ciel, Mère de la Miséricorde, source de laquelle a jailli notre vie et notre joie, Jésus Christ. Amen".

 

 

 

2009

 

15 août 2009 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption

La solennité d'aujourd'hui couronne le cycle des grandes célébrations liturgiques au cours desquelles nous sommes appelés à contempler le rôle de la bienheureuse Vierge Marie dans l'Histoire du salut. En effet, l'Immaculée Conception, l'Annonciation, la Maternité divine et l'Assomption sont des étapes fondamentales, intimement liées entre elles, à travers lesquelles l'Eglise exalte et chante le destin glorieux de la Mère de Dieu, mais dans lesquelles nous pouvons également lire notre histoire. Le mystère de la conception de Marie rappelle la première page de l'histoire humaine, en nous indiquant que, dans le dessein divin de la création, l'homme aurait dû posséder la pureté et la beauté de l'Immaculée. Ce dessein, compromis mais non détruit par le péché, à travers l'incarnation du Fils de Dieu, annoncée et réalisée en Marie, a été recomposé et restitué à la libre acceptation de l'homme dans la foi. Enfin, dans l'Assomption de Marie, nous contemplons ce que nous sommes appelés à atteindre à la suite du Christ Seigneur et dans l'obéissance à sa Parole, au terme de notre chemin sur la terre.

La dernière étape du pèlerinage terrestre de la Mère de Dieu nous invite à considérer la façon dont Elle a parcouru son chemin vers l'objectif de l'éternité glorieuse.

Dans le passage de l'Evangile qui vient d'être proclamé, saint Luc raconte que Marie, après l'annonce de l'Ange, "se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée" pour rendre visite à Elisabeth (Lc 1, 39). En disant cela, l'évangéliste veut souligner que pour Marie, suivre sa vocation de manière docile à l'Esprit de Dieu, qui a opéré en Elle l'incarnation du Verbe, signifie parcourir une nouvelle route et entreprendre rapidement un chemin en dehors de sa propre maison, en se laissant conduire uniquement par Dieu. Saint Ambroise, en commentant la "hâte" de Marie, affirme:  "la grâce de l'Esprit Saint ne comporte pas de lenteurs" (Expos. Evang. sec; Lucam, II, 19:  pl 15, 1560). La vie de la Vierge est conduite par un Autre - "Voici la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi selon ta parole" (Lc 1, 38) -, elle est modelée par l'Esprit Saint, elle est marquée par des événements et des rencontres, comme celle avec Elisabeth, mais surtout par la relation très particulière avec son Fils Jésus. C'est un chemin sur lequel Marie, conservant et méditant dans son coeur les événements de son existence, aperçoit en eux de manière toujours plus profonde le dessein mystérieux de Dieu le Père, pour le salut du monde.

En suivant ensuite Jésus, de Bethléem à l'exil en Egypte, lors de sa vie cachée et de sa vie publique, jusqu'au pied de la Croix, Marie vit son ascension constante vers Dieu dans l'esprit du Magnificat, en adhérant pleinement, même dans les moments d'obscurité et de souffrance, au projet d'amour de Dieu et en nourrissant dans son coeur l'abandon total entre les mains du Seigneur, si bien qu'elle est un paradigme pour la foi de l'Eglise (cf. Lumen gentium, n. 64-65).

Toute la vie est une ascension, toute la vie est méditation, obéissance, confiance et espérance, même dans les ténèbres; et toute la vie est cette "sainte hâte", qui sait que Dieu est toujours la priorité et que rien d'autre ne doit susciter de hâte dans notre existence.

Enfin, l'Assomption nous rappelle que la vie de Marie, comme celle de chaque chrétien, est un chemin d'imitation, à la suite de Jésus, un chemin qui a un objectif bien précis, un avenir déjà tracé:  la victoire définitive sur le péché et sur la mort et la pleine communion avec Dieu, car - comme le dit Paul dans la Lettre aux Ephésiens - le Père "nous a ressuscités; avec lui, il nous a fait régner aux cieux, dans le Christ Jésus" (Ep 2, 6). Cela veut dire qu'avec le Baptême, nous sommes fondamentalement déjà ressuscités et que nous siégeons dans les cieux en Jésus Christ, mais que nous devons corporellement rejoindre ce qu'il a commencé et réalisé dans le Baptême. En nous, l'union avec le Christ, la résurrection, est inachevée, mais pour la Vierge Marie, elle est accomplie, malgré le chemin que la Vierge a dû elle aussi accomplir. Elle est entrée dans la plénitude de l'union avec Dieu, avec son Fils, et elle nous attire et nous accompagne sur notre chemin.

Alors, en Marie élevée au ciel, nous contemplons celle qui, par un singulier privilège, participe corps et âme à la victoire définitive du Christ sur la mort.

"Ayant accompli le cours de sa vie terrestre, elle fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l'univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs (cf. Ap 19, 16), victorieux du péché et de la mort" (Lumen gentium, n. 59). Dans la Vierge élevée au ciel, nous contemplons le couronnement de sa foi, de ce chemin de foi qu'Elle indique à l'Eglise et à chacun de nous:  Celle qui a recueilli la Parole de Dieu à chaque instant est élevée au ciel, c'est-à-dire qu'Elle est elle-même accueillie par le Fils, dans cette "demeure" qu'il nous a préparée avec sa mort et sa résurrection (cf. Jn 14, 2-3).

La vie de l'homme sur la terre - comme nous l'a rappelé la première lecture - est un chemin qui se déroule, constamment, dans la tension de la lutte entre le dragon et la femme, entre le bien et le mal. Telle est la situation de l'histoire humaine:  elle est comme un voyage sur une mer souvent tempétueuse; Marie est l'étoile, qui nous guide vers son Fils Jésus, soleil qui est né au dessus des ténèbres de l'histoire (cf. Spe salvi, 49) et elle nous donne l'espérance dont nous avons besoin:  l'espérance que nous pouvons vaincre, que Dieu a vaincu et que, avec le Baptême, nous sommes entrés dans cette victoire. Nous ne succombons pas définitivement:  Dieu nous aide, nous guide. Telle est l'espérance:  cette présence du Seigneur en nous, qui devient visible en Marie élevée au ciel. "En Elle (...) - lirons-nous dans quelques instants dans la Préface de cette solennité - tu as fait resplendir pour ton peuple en pèlerinage sur la terre, un signe de réconfort et d'espérance certaine".
Avec saint Bernard, poète mystique de la Sainte Vierge, nous l'invoquons ainsi:  "Nous te prions, ô bénie, par la grâce que tu as trouvée, par ces prérogatives que tu as méritées, par la Miséricorde que tu as fait naître, fais que celui qui pour toi a daigné participer à notre misère et à notre infirmité, grâce à ta prière, nous fasse participer à ses grâces, à sa béatitude et à sa gloire éternelle, Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur, qui est au-dessus de toutes choses, Dieu béni pour les siècles des siècles. Amen" (Sermo 2 de Adventu, 5:  PL 183, 43).

 

 

 

2010

 

15 août 2010 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI pour la Messe de l'Assomption

Aujourd’hui, l’Eglise célèbre l’une des plus importantes fêtes de l’année liturgique consacrées à la Très Sainte Vierge Marie: l’Assomption. Au terme de sa vie terrestre, Marie a été élevée corps et âme au Ciel, c’est-à-dire dans la gloire de la vie éternelle, dans la pleine et parfaite communion avec Dieu.

On fête cette année le soixantième anniversaire du moment où le vénérable Pape Pie XII, le 1er novembre 1950, définit solennellement ce dogme, et je voudrais lire — même si c’est un peu compliqué — la formule du dogme. Le Pape dit: «C’est pourquoi l’auguste Mère de Dieu, unie de toute éternité à Jésus Christ, d’une manière mystérieuse, par “un même et unique décret” de prédestination, Immaculée dans sa Conception, Vierge très pure dans sa divine Maternité, généreuse associée du Divin Rédempteur qui remporta un complet triomphe du péché et de ses suites, a enfin obtenu comme suprême couronnement de ses privilèges d’être gardée intacte de la corruption du sépulcre, en sorte que, comme son Fils, déjà auparavant, après sa victoire sur la mort, elle fut élevée dans son corps et dans son âme, à la gloire suprême du ciel où Reine, elle resplendirait à la droite de son fils, Roi immortel des siècles» (Const. ap. Munificentissimus Deus, AAS, 42 (1950), 768-769).

Cela est donc le noyau de notre foi dans l’Assomption: nous croyons que Marie, comme le Christ son Fils, a déjà vaincu la mort et triomphe déjà dans la gloire céleste dans la totalité de son être, «corps et âme».

Saint Paul, dans la deuxième lecture d’aujourd’hui, nous aide à faire un peu de lumière sur ce mystère, en partant du fait central de l’histoire humaine et de notre foi: c’est-à-dire le fait de la résurrection du Christ, qui constitue «les prémisses de ceux qui sont morts». Plongés dans son mystère pascal, nous participons de sa victoire sur le péché et sur la mort. C’est là que se trouvent le secret surprenant et la réalité clef de toute l’histoire humaine. Saint Paul nous dit que nous sommes tous «incorporés» en Adam, le premier et vieil homme, que nous avons tous le même héritage humain auquel il appartient: la souffrance, la mort, le péché. Mais à cette réalité que nous pouvons tous voir et vivre chaque jour s’ajoute quelque chose de nouveau: nous nous trouvons non seulement dans cet héritage de l’unique être humain, commencé avec Adam, mais nous sommes également «incorporés» dans le nouvel homme, dans le Christ ressuscité, et ainsi la vie de la Résurrection est déjà présente en nous. Cette première «incorporation» biologique est donc une incorporation dans la mort, une incorporation qui engendre la mort. La deuxième, nouvelle, qui nous est donnée dans le baptême, est une «incorporation» qui donne la vie. Je cite encore la deuxième lecture d’aujourd’hui; saint Paul dit: «Car la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang: en premier le Christ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra» (1 Co 15, 21-24).

A présent, ce que saint Paul affirme de tous les hommes, l’Eglise, dans son magistère infaillible, le dit à propos de Marie, d’une manière et dans un sens précis: la Mère de Dieu est insérée à tel point dans le Mystère du Christ qu’elle participe de la Résurrection de son Fils de tout son être, déjà au terme de sa vie terrestre; elle vit ce que nous attendons à la fin des temps, lorsque sera anéanti «le dernier ennemi», la mort (cf. 1 Co 15, 26); elle vit déjà ce que nous proclamons dans le Credo: «J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir».

Nous pouvons alors nous demander: quelles sont les racines de cette victoire sur la mort anticipée de manière prodigieuse en Marie? Les racines se trouvent dans la foi de la Vierge de Nazareth, comme en témoigne le passage de l’Evangile que nous avons entendu (Lc 1, 39-56): une foi qui est obéissance à la Parole de Dieu et abandon total à l’initiative et à l’action divine, selon ce que lui annonce l’Archange. La foi est donc la grandeur de Marie, comme le proclame joyeusement Elisabeth: Marie est «bénie entre toutes les femmes», «béni est le fruit de son sein» car elle est «la mère du Seigneur», car elle croit et elle vit de manière unique la «première» des béatitudes, la béatitude de la foi. Elisabeth le confesse dans sa joie et dans celle de l’enfant qui tressaille en son sein: «Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur» (v. 45). Chers amis! Ne nous limitons pas à admirer Marie dans son destin de gloire, comme une personne très éloignée de nous: non! Nous sommes appelés à regarder ce que le Seigneur, dans son amour, a également voulu pour nous, pour notre destin final: vivre à travers la foi dans la communion parfaite d’amour avec Lui, et vivre ainsi véritablement.

A cet égard, je voudrais m’arrêter sur un aspect de l’affirmation dogmatique, là où l’on parle d’assomption à la gloire céleste. Aujourd’hui, nous sommes tous bien conscients qu’à travers le terme «ciel», nous ne nous référons pas à un lieu quelconque de l’univers, à une étoile ou à quelque chose de semblable: non. Nous nous référons à quelque chose de beaucoup plus grand et difficile à définir avec nos concepts humains limités. Par ce terme «ciel», nous voulons affirmer que Dieu, le Dieu qui s’est fait proche de nous, ne nous abandonne pas même dans la mort et au-delà de celle-ci, mais qu’il a une place pour nous et qu’il nous donne l’éternité; nous voulons affirmer qu’en Dieu, il y a une place pour nous. Pour comprendre un peu mieux cette réalité, considérons notre vie elle-même: nous faisons tous l’expérience qu’une personne, lorsqu’elle est morte, continue à subsister d’une certaine manière dans la mémoire et dans le cœur de ceux qui l’ont connue et aimée. Nous pourrions dire qu’en eux continue à vivre une partie de cette personne, mais elle est comme une «ombre» car cette survie dans le cœur des personnes qui lui sont proches est elle aussi destinée à finir. Dieu, en revanche, ne passe jamais et nous existons tous en vertu de son amour. Nous existons parce qu’il nous aime, parce qu’il a pensé à nous et nous a appelés à la vie. Nous existons dans les pensées et dans l’amour de Dieu. Nous existons dans toute notre réalité, pas seulement dans notre «ombre». Notre sérénité, notre espérance, notre paix se fondent précisément sur cela: en Dieu, dans sa pensée et dans son amour, ne survit pas seulement une «ombre» de nous-mêmes, mais en Lui, dans son amour créateur, nous sommes gardés et introduits avec toute notre vie, avec tout notre être dans l’éternité.

C’est son Amour qui vainc la mort et nous donne l’éternité, et c’est cet amour que nous appelons «ciel»: Dieu est si grand qu’il a une place également pour nous. Et l’homme Jésus, qui est en même temps Dieu, est pour nous la garantie que l’être-homme et l’être-Dieu peuvent exister et vivre éternellement l’un dans l’autre. Cela veut dire que de chacun de nous ne continuera pas à exister seulement une partie qui nous est, pour ainsi dire, arrachée, alors que d’autres parties se perdent; cela veut plutôt dire que Dieu connaît et aime tout l’homme, ce que nous sommes. Et Dieu accueille dans son éternité ce qui, à présent, dans notre vie, faite de souffrance et d’amour, d’espérance, de joie et de tristesse, croît et devient. Tout l’homme, toute sa vie est prise par Dieu et, purifiée en Lui, elle reçoit l’éternité. Chers amis! Je pense qu’il s’agit d’une vérité qui doit nous remplir d’une joie profonde. Le christianisme n’annonce pas seulement un quelconque salut de l’âme dans un au-delà imprécis, dans lequel tout ce qui, en ce monde, a été précieux et cher pour nous serait effacé, mais il promet la vie éternelle, «la vie du monde à venir»: rien de ce qui est précieux et cher pour nous ne sera perdu, mais trouvera sa plénitude en Dieu. Tous les cheveux de notre tête sont comptés, dit un jour Jésus (cf. Mt 10, 30). Le monde définitif sera également l’accomplissement de cette terre, comme l’affirme saint Paul: la création sera elle-même «libérée de l’esclavage, de la dégradation inévitable, pour connaître la liberté, la gloire des enfants de Dieu» (Rm 8, 21). On comprend alors que le christianisme donne une profonde espérance en un avenir lumineux et ouvre la voie à la réalisation de cet avenir. Nous sommes appelés, précisément en tant que chrétiens, à édifier ce monde nouveau, à travailler afin qu’il devienne un jour «le monde de Dieu», un monde qui dépassera tout ce que nous pourrons construire nous mêmes. En Marie élevée au ciel, participant pleinement à la Résurrection du Fils, nous contemplons la réalisation de la créature humaine selon le «monde de Dieu».

Prions le Seigneur afin qu’il nous fasse comprendre combien toute notre vie est précieuse à ses yeux; qu’il renforce notre foi dans la vie éternelle; qu’il fasse de nous des hommes d’espérance, qui œuvrent pour construire un monde ouvert à Dieu, des hommes pleins de joie, qui savent apercevoir la beauté du monde à venir au milieu des difficultés de la vie quotidienne et qui vivent, croient et espèrent dans cette certitude.

 

 

 

2011

 

15 août 2011 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption

Nous sommes réunis une fois de plus pour célébrer l’une des fêtes les plus antiques et les plus aimées dédiées à la Très Sainte Vierge Marie: la fête de son Assomption à la gloire du Ciel, corps et âme, c’est-à-dire de tout son être humain, dans l’intégrité de sa personne. Ainsi nous est donnée la grâce de renouveler notre amour à Marie, de l’admirer et de la louer pour les «grandes choses» que le Tout-Puissant a faites pour Elle et a opérées en Elle.

En contemplant la Vierge Marie, une autre grâce nous est donnée: celle de pouvoir voir également notre vie en profondeur. Oui, car notre existence quotidienne elle aussi, avec ses problèmes et ses espérances, reçoit une lumière de la Mère de Dieu, de son parcours spirituel, de son destin de gloire: un chemin et un objectif qui peuvent et qui doivent devenir, d’une certaine façon, notre même chemin et notre même objectif. Nous nous laissons guider par les passages de l’Ecriture Sainte que nous propose la liturgie d’aujourd’hui. Je voudrais m’arrêter en particulier sur une image que nous trouvons dans la première lecture, tirée de l’Apocalypse, et à laquelle fait écho l’Evangile de Luc: c’est-à-dire celle de l’arche.

Dans la première lecture, nous avons entendu: «Alors s'ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d'alliance apparut, dans le temple» (Ap 11, 19). Quelle est la signification de l’arche? Qu’est-ce qui apparaît? Pour l’Ancien Testament, elle est le symbole de la présence de Dieu parmi son peuple. Mais désormais, le symbole a laissé la place à la réalité. Ainsi, le Nouveau Testament nous dit que la véritable arche de l’alliance est une personne vivante et concrète: c’est la Vierge Marie. Dieu n’habite pas un meuble, Dieu réside dans une personne, dans un cœur: Marie, Celle qui a porté dans son sein le Fils éternel de Dieu fait homme, Jésus, notre Seigneur et Sauveur. Dans l’arche — comme nous le savons — étaient conservées les deux tables de la loi de Moïse, qui manifestaient la volonté de Dieu de conserver l’alliance avec son peuple, en indiquant les conditions pour être fidèles au pacte de Dieu, pour être conformes à la volonté de Dieu et ainsi, également, à notre vérité profonde. Marie est l’arche de l’alliance car elle a accueilli en elle Jésus; elle a accueilli en elle la Parole vivante, tout le contenu de la volonté de Dieu, de la vérité de Dieu; elle a accueilli en elle Celui qui est l’alliance nouvelle et éternelle, qui a culminé dans le don de son corps et de son sang: un corps et un sang reçus de Marie. C’est donc à juste titre que la piété chrétienne, dans les litanies en l’honneur de la Vierge, s’adresse à Elle en l’invoquant comme Foederis Arca, c’est-à-dire «arche de l’alliance», arche de la présence de Dieu, arche de l’alliance d’amour que Dieu a voulu établir de façon définitive avec toute l’humanité dans le Christ.

Le passage de l’Apocalypse veut indiquer un autre aspect important de la réalité de Marie. Arche vivante de l’alliance, Elle possède un destin de gloire extraordinaire, car elle est unie de façon si étroite au Fils qu’elle a accueilli dans la foi et engendré dans la chair, qu’elle en partage pleinement la gloire au ciel. C’est ce que nous suggèrent les paroles que nous avons entendues: «Un signe grandiose apparut au ciel: une Femme! Le soleil l'enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête; elle est enceinte... la Femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations...» (12, 1-2; 5). La grandeur de Marie, Mère de Dieu pleine de grâce, pleinement docile à l’action de l’Esprit Saint, vit déjà dans le Ciel de Dieu de toute sa personne, corps et âme. Saint Jean Damascène, en se référant à ce mystère, affirme dans une homélie célèbre: «Aujourd’hui la sainte et l’unique Vierge est amenée au temple céleste... Aujourd’hui l’arche sacrée et vivante du Dieu vivant, celle qui a porté dans son sein son Auteur, se repose dans le temple du Seigneur non fait de main d’homme...» (Deuxième homélie sur la dormition, 2, PG 96, 723) et poursuit: «Il fallait que celle qui avait donné asile au Verbe divin dans son sein, vînt habiter dans les tabernacles de son Fils... Il fallait que l’Epouse que le Père s’était choisie vînt habiter au ciel la demeure nuptiale» (ibid., 14, PG 96, 742). Aujourd’hui, l’Eglise chante l’amour immense de Dieu pour sa créature: elle l’a choisie comme véritable «arche de l’alliance», comme Celle qui continue à engendrer et à donner le Christ Sauveur à l’humanité, comme Celle qui partage au Ciel la plénitude de la gloire et jouit du bonheur même de Dieu et, dans le même temps, nous invite également à devenir, de notre modeste façon, une «arche» dans laquelle est présente la Parole de Dieu, qui est transformée et vivifiée par sa présence, lieu de la présence de Dieu, afin que les hommes puissent rencontrer dans l’autre homme la proximité de Dieu et vivre ainsi en communion avec Dieu et connaître la réalité du Ciel.

L’Evangile de Luc que nous venons d’écouter (cf. Lc 1, 39-56), nous montre cette arche vivante, qu’est Marie, en mouvement: ayant quitté sa maison de Nazareth, Marie se met en route vers la montagne pour rejoindre en hâte une ville de Juda et se rendre à la maison de Zacharie et Elisabeth. Il me semble important de souligner l’expression «en hâte»: les choses de Dieu méritent qu’on se hâte; je dirais même que les seules choses au monde qui méritent que l’on se hâte sont précisément celles de Dieu, qui revêtent un caractère de véritable urgence pour notre vie. Alors Marie entre dans cette maison de Zacharie et Elisabeth, mais elle n’y entre pas seule. Elle y entre en portant dans son sein son fils, qui est Dieu lui-même fait homme. Il est certain qu’on l’attendait, ainsi que son aide, dans cette maison, mais l’évangéliste nous fait comprendre que cette attente renvoie à une autre, plus profonde. Zacharie, Elisabeth et le petit Jean-Baptiste sont, en effet, le symbole de tous les justes d’Israël, dont le cœur, riche d’espérance, attend la venue du Messie sauveur. Et c’est l’Esprit Saint qui ouvre les yeux d’Elisabeth et qui lui fait reconnaître en Marie la véritable arche de l’alliance, la Mère de Dieu, qui vient lui rendre visite. Et ainsi, la parente âgée l’accueille en poussant «un grand cri»: «Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! Et comment m'est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur?» (Lc 1, 42-43). C’est le même Esprit Saint qui, devant Celle qui porte le Dieu fait homme, ouvre le cœur de Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Elisabeth s’exclame: «Car, vois-tu, dès l'instant où ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en mon sein» (v. 44). Ici, l’évangéliste Luc utilise le terme «skirtan», c’est-à-dire «sautiller», le même terme que nous trouvons dans l’une des plus anciennes traductions grecques de l’Ancien Testament pour décrire la danse du Roi David devant l’arche sainte qui est enfin revenue dans sa patrie (2 S 6, 16). Dans le sein de sa mère, Jean-Baptiste danse devant l’arche de l’Alliance, comme David; et il reconnaît ainsi: Marie est la nouvelle arche de l’alliance, devant laquelle le cœur exulte de joie, la Mère de Dieu présente dans le monde, qui ne garde pas pour elle cette divine présence, mais l’offre en partageant la grâce de Dieu. Et ainsi — comme le dit la prière — Marie est réellement «causa nostrae laetitiae», l’«arche» dans laquelle le Sauveur est réellement parmi nous.

Chers frères! Nous parlons de Marie mais, dans un certain sens, nous parlons également de nous, de chacun de nous: nous aussi sommes les destinataires de l’amour immense que Dieu a réservé — certes, de façon absolument unique et irremplaçable — à Marie. En cette solennité de l’Assomption, tournons notre regard vers Marie: Elle nous ouvre à l’espérance, à un avenir plein de joie, et nous enseigne la voie pour y parvenir: accueillir dans la foi son Fils; ne jamais perdre l’amitié avec Lui, mais nous laisser illuminer et guider par sa parole; le suivre chaque jour, même dans les moments où nous sentons que nos croix deviennent lourdes. Marie, l’arche de l’alliance qui est dans le sanctuaire du Ciel, nous indique avec une clarté lumineuse que nous sommes en chemin vers notre véritable Maison, la communion de joie et de paix avec Dieu. Amen!

 

 

2012

 

15 août 2012 - Homélie du Saint-Père Benoit XVI, pour la Messe de l'Assomption

Le 1er novembre 1950, le vénérable Pape Pie XII proclamait comme dogme que la Vierge Marie, «au terme de sa vie terrestre, fut élevée à la gloire du ciel en son âme et en son corps». Cette vérité de foi était connue de la Tradition, affirmée par les Pères de l’Eglise, et c’était surtout un aspect important du culte rendu à la Mère du Christ. C’est précisément l’élément cultuel qui a constitué, pour ainsi dire, la force motrice qui détermina la formulation de ce dogme: le dogme apparaît comme un acte de louange et d’exaltation à l’égard de la Sainte Vierge. Cela émerge également du texte même de la Constitution apostolique, où l’on affirme que le dogme est proclamé «en l’honneur du Fils, pour la glorification de sa Mère et la joie de toute l’Eglise». Ainsi fut exprimé, dans sa forme dogmatique, ce qui avait déjà été célébré dans le culte et dans la dévotion du peuple de Dieu comme la glorification la plus élevée et la plus établie de Marie: l’acte de proclamation de Celle qui a été élevée au ciel, se présenta ainsi presque comme une liturgie de la foi. Et, dans l’Evangile que nous venons d’écouter, Marie elle-même prononce de manière prophétique certaines paroles qui nous orientent dans cette perspective. Elle dit en effet: «Désormais toutes les générations me diront bienheureuse» (Lc 1, 48). C’est une prophétie pour toute l’histoire de l’Eglise. Cette expression du Magnificat, rapportée par saint Luc, indique que la louange rendue à la Vierge Marie, Mère de Dieu, intimement unie au Christ son fils, concerne l’Eglise de tous les temps et de tous les lieux. Et la citation de ces paroles par l’évangéliste présuppose que la glorification de Marie existait déjà à l’époque de saint Luc et qu’il considérait que c’était un devoir et un engagement de la communauté chrétienne vis-à-vis de toutes les générations. Les paroles de Marie disent que c’est un devoir de l’Eglise de rappeler la grandeur de la Vierge pour la foi. Cette solennité est donc une invitation à louer Dieu et à contempler la grandeur de la Vierge, parce que c’est sur le visage de ses enfants que nous reconnaissons qui est Dieu.

Mais pourquoi Marie est-elle glorifiée par son assomption au ciel? Saint Luc, nous l’avons entendu, voit la racine de l’exaltation et de la louange rendue à Marie dans l’expression d’Elisabeth: «Bienheureuse celle qui a cru» (Lc 1, 45). Et le Magnificat, ce chant au Dieu vivant et agissant dans l’histoire, est un hymne de foi et d’amour, qui jaillit du cœur de la Vierge. Elle a vécu dans une fidélité exemplaire et a conservé au plus profond de son cœur les paroles adressées par Dieu à son peuple, les promesses faites à Abraham, Isaac et Jacob, et en a fait le contenu de sa prière: dans le Magnificat, la Parole de Dieu était devenue la parole de Marie, lumière sur sa route, au point de la rendre disponible à accueillir également en son sein le Verbe de Dieu fait chair. La page de l’Evangile d’aujourd’hui rappelle cette présence de Dieu dans l’histoire et dans le déroulement des événements; elle contient en particulier une référence au chapitre six du Second livre de Samuel (6, 1-15), dans lequel David transporte l’Arche sainte de l’Alliance. Le parallèle que fait l’Evangéliste est clair: Marie, dans l’attente de la naissance de son fils Jésus, est l’Arche Sainte qui porte en elle la présence de Dieu, une présence qui est source de consolation, de plénitude de joie. Jean, en effet, danse dans le sein d’Elisabeth, tout comme David dansait devant l’Arche. Marie est la «visite» de Dieu qui crée la joie. Dans son chant de louange, Zacharie le dira de manière explicite: «Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, de ce qu'il a visité et délivré son peuple» (Lc 1, 68). La maison de Zacharie a fait l’expérience de la visite de Dieu avec la naissance inattendue de Jean-Baptiste, mais surtout par la présence de Marie qui porte en son sein le Fils de Dieu.

Mais demandons-nous maintenant: qu’apporte à notre chemin, à notre vie, l’Assomption de Marie? La première réponse est la suivante: dans l’Assomption, nous voyons qu’en Dieu, il y a de la place pour l’homme, Dieu lui-même est la maison aux nombreuses demeures dont parle Jésus (cf. Jn 14, 2); Dieu est la maison de l’homme, en Dieu il y a l’espace de Dieu. Et Marie, en s’unissant, en étant unie à Dieu, ne s’éloigne pas de nous, elle ne se rend pas sur une galaxie inconnue; au contraire celui qui va à Dieu se rapproche, parce que Dieu est proche de nous tous, et Marie, unie à Dieu, participe de la présence de Dieu, elle est très proche de nous, de chacun de nous. Saint Grégoire le Grand a eu, au sujet de saint Benoît, une belle expression que nous pouvons appliquer encore aussi à Marie: saint Grégoire le Grand dit que le cœur de saint Benoît est devenu si grand que toute la création peut entrer dans ce cœur. Cela est encore plus vrai pour Marie: Marie, entièrement unie à Dieu, a un cœur si grand que toute la création peut entrer dans ce cœur, et les ex-voto partout sur la terre le démontrent. Marie est proche, elle peut écouter, elle peut aider, elle est proche de chacun de nous. En Dieu, il y a de la place pour l’homme, et Dieu est proche et Marie, unie à Dieu, est très proche, elle a un cœur aussi large que celui de Dieu.

Mais il y a encore un autre aspect: non seulement il y a en Dieu, de la place pour l’homme, mais dans l’homme, il y a de la place pour Dieu. Nous voyons cela aussi en Marie, l’Arche Sainte qui porte la présence de Dieu. En nous, il y a de la place pour Dieu, et cette présence de Dieu en nous, si importante pour illuminer le monde dans sa tristesse et dans ses problèmes, se réalise dans la foi: dans la foi, nous ouvrons les portes de notre être pour que Dieu puisse entrer en nous, pour que Dieu puisse être la force qui donne vie et ouvre un chemin à notre être. En nous, il y a de l’espace, ouvrons-nous, comme Marie s’est ouverte, en disant: «Que ta volonté soit faite, je suis la servante du Seigneur». En nous ouvrant à Dieu, nous ne perdons rien. Au contraire, notre vie s’enrichit et grandit.

Ainsi, foi et espérance se rejoignent. On parle beaucoup aujourd’hui d’un monde meilleur qui devrait venir: ce serait cela notre espérance. Si et quand ce monde meilleur doit venir, nous ne le savons pas, je ne le sais pas. Mais il est sûr qu’un monde qui s’éloigne de Dieu ne devient pas meilleur, mais pire. Seule la présence de Dieu peut garantir également un monde bon. Mais ne parlons pas de cela. Il y a une chose, une espérance qui est certaine: Dieu nous attend, nous n’avançons pas dans le vide, nous sommes attendus. Dieu nous attend et, en allant dans l’autre monde, nous trouvons la bonté de la Mère, nous retrouvons nos proches, nous trouvons l’Amour éternel. Dieu nous attend: voilà la grande joie et la grande espérance qui naît précisément de cette fête. Marie nous rend visite, elle est la joie de notre vie et la joie est espérance.

Que dire de plus? Un cœur grand, la présence de Dieu dans le monde, une place pour Dieu en nous et une place en Dieu pour nous, l’espérance, être attendus: voilà la symphonie de cette fête, l’indication que nous donne la méditation de cette solennité. Marie est l’aurore et la splendeur de l’Eglise triomphante; elle est consolation et espérance pour le peuple encore en chemin, dit la Préface de ce jour. Confions-nous à son intercession maternelle, afin qu’elle nous obtienne du Seigneur la grâce de renforcer notre foi dans la vie éternelle; qu’elle nous aide à bien vivre dans l’espérance le temps que Dieu nous donne. Une espérance chrétienne, qui n’est pas seulement une nostalgie du Ciel, mais un désir de Dieu vivant et actif, ici, dans le monde, un désir de Dieu qui fait de nous des pèlerins infatigables et qui alimente en nous le courage et la force de la foi, qui sont dans le même temps le courage et la force de l’amour. Amen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

publié le : 06 août 2015

Sommaire documents