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Pour mieux se nourrir de la paternité du Cad Bagnasco - Mars 2013

Le cardinal Angelo Bagnasco, primat de l'Eglise italienne

B     Il est le président de la conférence épiscopale d'Italie (choisi directement par le pape) : le cardinal Angelo Bagnasco. Successeur du cardinal Ruini, l'archevêque de Gênes n'a pas la langue dans sa poche, au point d'avoir été maintes fois l'objet de menaces, qui ont entrainé sa protection rapprochée.

En mars 2007, à quelques heures d'une manifestation à Rome en faveur de la reconnaissance des unions civiles, il déclarait :

"La famille, et c'est ce que dit aussi la constitution italienne, est fondée sur le mariage entre un homme et une femme. C'est une valeur qui a traversé les millénaires et les cultures aux quatre coins du monde. Quand le concept de la vie est en jeu, sa défense de la naissance à la mort ; le concept de famille fondée sur le mariage ; la justice ; la paix : ce sont des choses qui touchent à la personne et qui ne sont pas accessoires. Et pour cette raison, selon nous, elles ne peuvent pas être discutables, car c'est la dignité et la valeur de la personne qui sont en jeu". "[S]ur certains points nous ne pouvons pas faillir: ce serait trahir l'homme. Nous n'avons aucune intention d'ingérence, d'intérêt ou d'hégémonie. Nous parlons de la valeur de l'être humain, et sur ce terrain l'Eglise a beaucoup à dire".

Récemment, il a réagi au vote en première lecture du projet de loi Taubira.

«de nombreux pays européens qui ont déjà adopté des lois erronées sur la vie, la famille, la liberté, démontrent qu'elles ne les acquièrent pas en termes de civilisation plus humaine et solidaire, mais au contraire plus individualiste et plus régressive».

Diplômé en philosophie et en théologie, avec la spécialisation «métaphysique et athéisme contemporain», il dénonce aussi le laïcisme :

"La laïcité, c’est l’autonomie de la sphère civile et politique par rapport à la sphère religieuse, mais pas par rapport à la sphère morale".

Il s'en est également pris à la presse :

"[Même si] résumer une encyclique en un article est difficile, on ne peut accepter les ‘précompréhensions' de la part des médias".

"Il n'existe aucune forme et volonté d'ingérences dans les choses publiques. Les évêques exercent tout simplement leur magistère sur des thèmes d'éthique. Pour comprendre cela, il faut que les faits soient rapportés de manière sereine et objective". 

Ce qui l'a conduit à défendre le pape, ici en 2009 sur l'affaire du préservatif en Afrique :

"Nous n'accepterons pas que le pape fasse l'objet de moqueries et d'offenses sur les médias ou ailleurs. Il représente pour tous une autorité morale que ce voyage a fait davantage apprécier encore". [...] "Ce n'est pas un hasard si les médias africains n'ont porté aucun intérêt particulier si ce n'est pour l'insistance pleine de préjugés des agences internationales et pour les déclarations de certains hommes politiques européens".

 

Il a aussi vivement rappelé les principes non négociables, qui doivent être à la base du discernement politique. L'archevêque de Gênes a souligné en 2008 la nécessité de faire face avec détermination et clarté d'intentions au

"danger d'options politiques et législatives en contradiction avec des valeurs fondamentales et des principes anthropologiques et éthiques enracinés dans la nature de l'être humain".

Le président de la CEI a rappelé l'appel du pape concernant

A"la défense de la vie humaine dans toutes ses étapes, de la conception à la mort naturelle, et la promotion de la famille fondée sur le mariage, refusant d'introduire dans la législation publique d'autres formes d'union qui contribueraient à la déstabiliser, en occultant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable. C'est à la lumière de telles valeurs fondamentales que chaque personne est appelée à exercer son discernement, car il s'agit de valeurs qui constituent depuis toujours l'être même de la personne humaine [...] il n'y a pas de quoi s'étonner ou être scandalisé si l'Eglise réaffirme les valeurs morales qui jaillissent de la foi chrétienne, et que la raison, qui ne cesse d'enquêter sur ce qu'est l'homme, - selon l'expérience universelle - découvre souvent elle-même. Ce sont ces valeurs qui ont inspiré l'histoire de notre peuple, sa civilisation, ses horizons d'ouverture et de cohésion. [...] l'Eglise apprécie le grand bien de la raison [et la défend] aussi bien de toute prétention rationaliste qui tendrait à réduire les horizons, que de la prétention de certains fidéismes qui refusent de se donner la peine de penser".

"le Saint Synode mettait l'accent sur une série de dangers, que nous qualifierions aujourd'hui de non négociables, dans la mesure où ils minent le bien constitutif de la personne, soit tout ce qui porte atteinte à la vie même, comme toute sorte d'homicides, le génocide, l'avortement, l'euthanasie, voire le suicide. Dans cette même ligne, le Concile a longuement parlé du bien fondamental et inégalable de la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme. Tout comme il a parlé de l'éducation et de son extrême importance, et de la liberté que celle-ci suppose, consacrant à ce thème tout un document : la déclaration Gravissimum educationis. Vraiment, il n'y a absolument rien d'improvisé dans ce que l'Eglise aujourd'hui rappelle aux hommes et aux femmes de bonne volonté".

Sur l'éducation, le cardinal Bagnasco a invité les adultes à être des « témoins crédibles », des « points de référence » pour que les jeunes puissent regarder l'avenir « avec confiance » (...)

1« Le problème fondamental des jeunes, ce sont les adultes, c'est nous [...] il est nécessaire d'avoir des critères éducatifs clairs, solides, qui aillent si besoin à contre-courant, contre les modes dominantes [...] Il est possible d'éduquer, nous ne devons pas baisser les bras, parce que ce sont les jeunes eux-mêmes qui nous demandent cette aide à nous, adultes ». « Dans une culture fortement marquée par le relativisme et l'individualisme, on vit dans une atmosphère où l'unité de la personne s'est perdue ». « Actuellement, entre le broyage, la division de la personne et donc de la société, personne ne vit bien ».

 

Et il s'est opposé à l'enseignement de l'islam à l'école :

"L'heure de religion catholique se justifie par le fait qu'elle fait partie de notre histoire et de notre culture. La connaissance du fait religieux catholique est indispensable pour la compréhension de notre culture. Il ne ne me semble pas que l'heure de religion envisagée (par le gouvernement pour la religion musulmane) corresponde à cette motivation raisonnable et reconnue".

Sur l'immigration, lors de l'assemblée générale de la Conférence épiscopale italienne de 2009, Mgr Bagnasco a expliqué que, l'immigration doit être gouvernée, autrement «on finit par la subir». Le cardinal indique deux voies à suivre : celle de la coopération internationale, qui «doit devenir un repère transversal de la politique italienne et même européenne», et celle du processus d'intégration. Il convient en effet d'éviter la formation d'enclaves d'ethniques, en conjurant les micro-conflits répandus dans notre territoire :

"Prenons garde à ne pas sous-estimer les signaux d'alarme qui ici et là ont été enregistrés dans le Pays".

Intégration ne signifie pas «juxtaposition d'ethnies qui ne dialoguent pas», il faut au contraire

"que se déclenchent les mécanismes d'une cohabitation, qui, à partir de l'identité séculaire de notre peuple, se construise non pas sur la base de modalités auto-rérérentielles et d'opposition" [mais devienne capable] de rencontrer d'autres identités".

Il a qualifié la crise démographique de catastrophe culturelle :

2"Il peut paraître étrange de parler du rapport entre la démographie et la démocratie, mais il faut quand même reconnaître que l'équilibre démographique n'est pas seulement nécessaire à la survie physique d'une communauté – sans enfants il n'y a pas d'avenir ! – mais qu'il est la condition pour cette alliance entre les générations qui est essentielle à une dialectique démocratique normale. C'est pourquoi l'Eglise, depuis longtemps, dit qu'en Occident, derrière la baisse démographique se trouve une grave catastrophe culturelle. Je ne vais en souligner qu'un aspect.

Le manque d'enfants n'annonce pas seulement un avenir automnal : dès maintenant il a créé un déséquilibre entre les générations, il est la cause d'une pauvreté éducative, pas seulement parce que nous autres adultes, nous soustrayons à notre charge éducative, mais aussi parce que nous ne sommes plus éduqués nous-mêmes. Les enfants et les jeunes, en effet, nous obligent à nous remettre en question ; ils nous obligent à sortir de nous-mêmes alors que l'âge et les infirmités nous incitent à nous replier sur nos propres besoins immédiats. Ce ne sont pas seulement les parents qui, ayant des enfants, doivent changer leur manière de voir l'avenir et leur style, et doivent aussi penser et s'organiser en fonction des différents âges de leurs enfants. C'est la société dans son ensemble qui doit se penser et s'organiser en ce sens. [...]"

Face à la crise économique, il a lancé une initiative pour aider les familles.

Sur la pédophilie,

"nous devons tous nous interroger, en rejetant désormais tout faux-fuyant, à propos d’une culture qui, de nos jours, règne incontestée et favorisée, et qui tend progressivement à effilocher le tissu conjonctif de toute la société, en se moquant, le cas échéant, de ceux qui résistent et tentent de s’opposer : c’est l’attitude de ceux qui cultivent une autonomie absolue vis-à-vis des critères du jugement moral et qui propagent comme bons et séduisants des comportements inspirés de désirs individuels et d’instincts parfois effrénés. Mais l’exacerbation de la sexualité détachée de son sens anthropologique, l’hédonisme à tout va et le relativisme qui n’admet ni barrières ni sursauts font beaucoup de mal parce qu’ils sont spécieux et parfois, sans que l’on s’en rende compte, omniprésents."

En 2010, il rappela avant des élections, le critère des principes non négociables. Avec succès.

Sur l'attitude de certains politiciens,

4"Nous dénonçons des styles de vie difficilement compatibles avec la dignité humaine, le respect des institutions et de la vie publique. Nous sommes mortifiés de devoir prendre acte de comportements intrinsèquement tristes et vains. Qui choisit de s'engager dans la vie politique doit être conscient de la mesure, de la discipline et du sens de l'honneur que cela implique."

Et il a engagé, à plusieurs reprise, les laïcs à s'investir : 

"Il faut s'engager encore plus largement partout où le monde contemporain affronte des questions inédites et décisives comme la conception de la personne, l'existence et le fondement des valeurs universelles, la défense et la promotion de la vie, dès sa conception à sa fin naturelle, la liberté de l'éducation, l'importance incomparable de la famille fondée sur le mariage".

Dans une récente homélie pour les élus, il leur a dit :

"La dimension politique, inspirée par un cadre éthique fort, est un élément incontournable de la vie de tout pays et de la démocratie ; et nous devons honorer ceux qui - ils sont nombreux - font leur devoir dans un esprit de service authentique, en se prodiguant, non pour des intérêts personnels ou partisans, mais pour la justice qui assure à tous et à chacun les conditions de réalisation du bien. Notre peuple regarde aujourd’hui le monde politique avec une exigence légitime ; que ce regard soit toujours plus exigeant et jamais résigné. [...] L’évangile que nous avons écouté raconte précisément la naissance du Précurseur et en dessine la mission : ramener les cœurs des pères vers leurs fils ! En général, on dit que les fils doivent aller vers leurs pères, vers leur sagesse. Mais ici, c’est le contraire ! Les fils, en effet, doivent voir dans leurs pères, dans les adultes, dans la société, non pas leurs propres intempérances naturelles, leurs incertitudes ou les égarements propres aux années de jeunesse. Mais ils veulent reconnaître des points de références vrais, et non pas les aventures inconsidérées ou des élans vers des modes de pensée dénués de critères, qui ne les aident pas à grandir pour affronter la merveilleuse, mais sérieuse, aventure de la vie. Voici alors la parole évangélique : les anciens s’étaient détournés de la véritable attente du Messie, ils l’attendaient comme un vainqueur glorieux et non pas comme celui qui allait sauver son peuple en livrant sa propre vie. Oui, le cœur des pères devaient retourner vers leur fils, vers les jeunes qui ne cherchent pas des illusions mais la vérité des choses qui comptent, celles que nos parents ont vécues dans la dignité et dans un esprit de sacrifice, avec honneur et fierté, en des temps difficiles et incertains, pauvres matériellement, mais riches d’espérance. S’éloigner de la voie de ces pères signifie faire illusion, condamner au malheur les générations futures, construire une société d’apparences, un peuple sans âme parce que privé de valeurs belles, même si elles sont sévères. Ce serait une trop grande responsabilité. [...]"

Sur la persécution des chrétiens au Moyen-Orient :

"il apparaît désormais clairement que tout a été déclenché parce que les chrétiens font actuellement œuvre de promotion humaine auprès de ceux qui, dans ces régions, se trouvent au bas de l'échelle sociale, une initiative jugée déstabilisante pour un certain équilibre social et de pouvoir". "les actes de violence se sont succédé pendant des semaines, au mépris des lois, dans l'impunité des coupables, dans la désinformation de la presse nationale, dans l'embarras des hommes politiques locaux et presque dans le silence de la communauté internationale". 

Le cardinal Bagnasco a insisté sur les risques qui paraissent également toucher l'Europe, relevant

"un certain détachement entre la religion et la raison, la deuxième reléguant la première à la sphère exclusive des sentiments, et une séparation entre la religion et la vie publique. On a là une dérivation conceptuelle entre la pratique désinvolte du relativisme, les excès antireligieux et antichrétiens et la régression culturelle et éthique des sociétés".

En Europe aussi, la persécution se fait sentir :

«une lente et sourde marginalisation du christianisme, où les discriminations apparaissent parfois de manière évidentes mais aussi sous forme silencieuse en étouffant les libertés fondamentales». «Marginaliser des symboles, isoler des contenus, dénigrer des personnes, est une arme pour induire au conformisme, pour calmer les positions qui dérangent, c’est troubler les sujets porteurs d’un témoignage en faveur de valeurs auxquelles ils croient librement».

Michel Janva (Salon Beige)

 

 

publié le : 08 mars 2013

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