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Pierre-Olivier Arduin : "La souveraineté de la famille dans la loi naturelle" - Paris, le 13 janvier 2013

 Pierre-Olivier Arduin : "La souveraineté de la famille dans la loi naturelle" - Paris, le 13 janvier 2013

    "Chers amis,

    Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec l’Histoire pour défendre la dignité du mariage, fondement de la famille, fondement de cette communion de toute une vie entre un homme et une femme et les enfants qui en sont issus.

    Le Concile Vatican II affirme dans une formule, belle et concise, que « la communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur [1]». Signifiant par là qu’il existe une vérité naturelle sur le mariage qui découle de l’Auteur de la nature mais dont les traits naturels sont accessibles à la raison, dont les exigences sont profondément inscrites dans l’être de l’homme et l’être de la femme, dont les caractéristiques essentielles et permanentes correspondent à ce que l’homme et la femme sont en vérité. Ces traits spécifiques du lien matrimonial tels que le don de la vie et l’éducation des enfants issus de leur amour ou la fidélité et l’assistance qu’ils se promettent sont des inclinations, des dynamismes enracinés dans la loi morale naturelle et donc inscrits par Dieu dans le cœur humain. A contrario, tout ce qui dénature le lien conjugal apparaît comme un mal qu’il faut rejeter et que personne ne voudrait d’ailleurs subir soi-même. « Si l’on ne savait pas que ces choses sont mauvaises, jamais on ne se plaindrait quand elles nous sont infligées [2]», rappelle fort justement saint Jérôme en parlant de l’adultère.

    De même, « le don de soi dans l’amour mutuel des époux est déjà inscrit dans la nature même du corps sexué [3]» de l’homme et de la femme si bien que l’on peut dire sans aucune erreur que la complémentarité des sexes appartient elle aussi à la nature même de l’institution du mariage. L’humanité n’est pas divisée entre hétérosexuels et homosexuels, mais elle est constituée d’hommes et de femmes qui accomplissent distinctement une nature humaine commune, nature humaine qui ne se réalise pas en dehors de la masculinité et de la féminité. C’est sur cette donnée anthropologique fondamentale que repose l’institution du mariage. Cette communion des sexes permet à son tour l’exercice de la maternité et de la paternité dont l’enfant a un besoin vital pour croître harmonieusement. En ce sens, « la famille est le lieu premier d’humanisation de la personne et de la société [4]», « la cellule originelle de la vie sociale [5]», le « berceau de la vie [6]», la « base de la civilisation de l’amour [7]». Dénaturer le mariage et la famille, c’est blesser la personne, notamment à travers la partie la plus faible et sans défense, l’enfant lui-même.

    Parce que la raison est de notre côté, nous nous engageons dans ce combat avec la certitude d’œuvrer pour le bien commun et la sauvegarde des fondements éthiques de la société. Dans un des textes les plus importants de ces dernières années publiés pour défendre le droit naturel de la famille, l’Eglise a voulu proposer à nouveau « cette vérité évidente pour la droite raison et reconnue comme telle par toutes les grandes cultures du monde. Le mariage n’est pas une union quelconque entre personnes humaines. Aucune idéologie ne peut effacer de l’esprit humain cette certitude : le mariage n’existe qu’entre deux personnes de sexe différent qui, par le moyen du don personnel réciproque, propre et exclusif, tendent à la communion de leurs personnes [8]».

    Oui, l’Eglise, en argumentant à partir de la raison, considère la famille comme « la première société naturelle, titulaire de droits propres et originels [9]», la première structure humaine fondamentale sans la protection de laquelle la société elle-même ne peut perdurer. Oui, l’Eglise affirme la « priorité de la famille par rapport à la société et à l’Etat [10]» et rappelle qu’ « aucun pouvoir ne peut abolir le droit naturel au mariage ni modifier ses caractères et ses finalités [11]». Aristote n’écrivait-il pas déjà la même chose dans La Politique, le philosophe grec ne montrait-il pas que la cité des hommes, la polis, ne peut exister qu’à partir de la famille naturelle et que tout ce qui détruit cette famille détruit la société[12] ?

    Chers amis, l’Eglise est experte en humanité parce qu’elle interprète droitement la loi morale naturelle, elle-même confirmée par les « récits bibliques de la création ». Dans cette conception biblique des origines, l’Eglise voit tout à la fois le projet grandiose de Dieu sur la famille ainsi que « l’expression de la sagesse humaine originaire où se fait entendre la voix de la nature elle-même [13]». L’Eglise voit dans le droit naturel l’horizon dans lequel est appelé à se mouvoir l’ordre politique, un horizon qui n’est pas étranger à la raison. Au contraire, elle présente les exigences du droit naturel, non pas comme des préceptes religieux à appliquer avec soumission et valides uniquement à l’intérieur de la communauté de croyants, mais comme des vérités morales sur le bien de la personne et au service du bonheur de la famille humaine toute entière. Comme l’a expliqué Benoît XVI devant les évêques américains, « la défense par l’Eglise d’un raisonnement moral fondé sur le droit naturel se base sur sa conviction que ce droit n’est pas une menace à notre liberté, mais un «langage» qui nous permet de nous comprendre nous-mêmes et de comprendre la vérité de notre personne, et ainsi, d’édifier un monde plus juste et plus humain. C’est pourquoi elle propose son enseignement moral non comme un message de contrainte, mais de libération, et comme la base de l’édification d’un avenir certain [14]».

    Chers amis, c’est forts de ces principes qu’aujourd’hui, nous sommes venus participer à cette grande manifestation pour obtenir le retrait du projet de loi du gouvernement visant à légaliser le « mariage entre personne de même sexe » assorti du droit à adopter. « Projet de loi », c’est abuser du terme de loi, le galvauder, car la loi civile ne peut entrer en contradiction avec la droite raison, car la loi humaine n’a force de loi qu’en tant qu’elle est conforme à la loi morale naturelle et en tant qu’elle respecte les droits inaliénables de la personne. Dans le cas contraire, « il ne s’agit plus d’une loi mais d’une corruption de la loi [15]» comme l’avait montré saint Thomas d’Aquin.

    Aujourd’hui, c’est vrai, nous sommes venus rappeler la mission essentielle de toute autorité politique qui est de protéger les droits inviolables de la famille naturelle. La valeur profondément humaine de l’union matrimoniale entre un homme et une femme précède toute reconnaissance par l’autorité publique : elle s’impose à elle. Mais nous sommes aussi venus rappeler qu’au-delà de ce projet inique, toutes les lois qui s’opposent au bien commun sont « entièrement dépourvues de toute validité juridique [16]» selon l’analyse ferme du bienheureux Jean-Paul II. C’est cette compréhension profonde du rapport entre la loi civile et le bien commun qui nous pousse aujourd’hui à nous lever également contre les lois injustes ayant autorisé l’avortement et les procréations artificielles, ayant favorisé l’impérialisme contraceptif ou la planification eugéniste systématique des naissances, s’apprêtant à légaliser le suicide médicalement assisté ou la recherche sur l’embryon,…

    Devant cette autodestruction programmée de nos grands principes moraux et juridiques patiemment élaborés au cours des siècles, nous ne nous tairons pas. Devant la dictature du relativisme et ses terribles conséquences sur la convivialité humaine, nous ne nous tairons pas. Devant le « totalitarisme sournois » d’une « démocratie sans valeurs [17]», nous ne nous tairons pas. Devant l’oubli de notre patrimoine moral et chrétien, nous ne nous tairons pas.

    Nous sommes appelés à devenir une « minorité créative qui détermine l'avenir [18]» selon le mot de Benoît XVI. Une minorité certes, mais agissante et priante, qui pas après pas, s’emploiera à bâtir la civilisation de l’amour et de la vie, à la faire rayonner en commençant par créer des foyers, « des îlots, des oasis, puis de grands terrains de culture catholique, dans lesquels vivre le dessein du Créateur [19]».

publié le : 17 janvier 2013

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