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Le mariage entre un homme et une femme : réalité naturelle voulue par Dieu - Homélie du père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire N-D du Laus, le 7 octobre 201

"Homme et femme il les créa"
Par le père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire

 

Mariage civil et adoption d’enfants par des couples homosexuels ; remariage de personnes divorcées ; familles recomposées… des sujets de société d’une actualité plus vive aujourd’hui que jamais. Mais souvent, les chrétiens hésitent à entrer dans le débat, se sentent minoritaires ou mal préparés. L’anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, que nous célébrerons dans cinq jours, conduit même certains à se demander si l’aggiornamento - la mise à jour - de la pastorale de l’Eglise voici cinquante ans, ne devrait pas se renouveler aujourd’hui, particulièrement dans les domaines de la morale sexuelle et de la conception de la famille. Il s’agirait, pense-t-on, de prendre acte des évolutions inéluctables de la société.

Et voilà qu’avec l’Evangile de ce dimanche, le Christ s’invite dans le débat ; un débat qui existait déjà de son temps, selon d’autres problématiques et avec d’autres enjeux, mais qui révèle combien ces questions de rapports humains, de liens sociaux et de sexualité sont cruciales et concernent Dieu. Si les problématiques du divorce et des remariages restent grandement d’actualité, c’est évidemment sur le mariage homosexuel que se situe actuellement le débat le plus essentiel, dans notre pays.

* * *

Il n’y a pas deux mois, on pouvait constater à quel point le monde médiatique reprochait à l’Eglise d’être, pour le moins,  « trop crispée sur le mariage homosexuel », pour reprendre le titre de l’éditorial d’un grand quotidien national, daté du 15 août. La prière universelle de l’Assomption, à l’origine de cette réaction médiatique, n’avait en soi pas de quoi scandaliser les foules. Je vous en rappelle les termes : « Pour les enfants et les jeunes ; […] qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère ».

Il est bien désolant que de tels propos apparaissent désormais inacceptables pour certains. La « nouvelle éthique mondiale » nous formate tellement dans des concepts et un vocabulaire réinventés, qu’elle nous interdit presque de redire les vérités les plus élémentaires de la réalité humaine : il est bon que des enfants puissent bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère.

Alors, on peut être surpris qu’aucun média n’ait polémiqué… sur l’Evangile de ce dimanche ! Dans toutes les églises catholiques du monde, on entend cette même parole de la révélation : l’homme « s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un ». N’est-il pas scandaleux de revendiquer ainsi l’altérité et l’interdépendance de l’homme et de la femme ? Cette conception biblique ne serait-elle pas totalement dépassée ?

Pourtant, même ceux qui n’accueillent pas la révélation d’un Dieu créateur de la différenciation sexuée pourraient reconnaître que, de manière naturelle, il est évident que l’homme et la femme sont différents et collaborateurs d’un projet qui porte la vie. Tous pourraient se souvenir qu’ils ont eu besoin d’un homme et d’une femme pour naître. Ce n’est pas une société particulière, une religion ou un courant de pensée qui en aurait décidé ainsi ; c’est dans la nature même de l’être humain.

Il est bien entendu fort dommage que des personnes homosexuelles se sentent incomprises par l’Eglise. Nous savons la nécessité d’avoir une délicate attention à leur égard, dans nos manières de parler d’elles, mais aussi, si ça se présente, de respecter l’un des membres de nos familles qui serait homosexuel. L’Eglise est certainement appelée aussi à trouver davantage encore une parole évangélique, qui ne se contente pas de dire "non", mais qui apporte une lumière à ceux de ses membres homosexuels qui cherchent honnêtement leur chemin et la volonté de Dieu sur eux. A ce titre, il est bien utile de lire le très bon document rédigé voici quelques jours par le Conseil "Famille et Société", de la Conférence des Evêques de France[1].

Nous avons peut-être, aussi,  à développer davantage notre manière de témoigner que personne ne doit se sentir exclu de l’Eglise. Nos attitudes, nos propos et nos réflexions sont donc toujours à passer au crible de l’Evangile, où le Seigneur n’accepte pas tout ; mais il accueille, tend la main et relève toute personne, quelle que soit sa situation.

Cependant, ce respect que nous devons à chacun, nous pouvons espérer le recevoir en retour : respect pour notre foi, pour la révélation sur laquelle nous appuyons notre conception de l’être humain, pour les deux mille ans d’expérience de l’Eglise, pour les convictions de nombreux croyants et non-croyants silencieux.

Car on peut avoir un véritable respect pour les personnes homosexuelles tout en maintenant la vérité que le Créateur – ou la nature, pour ceux qui n’ont pas la foi – a bien fait l’homme et la femme l’un pour l’autre, capables d’union et de communion, différents et porteurs de vie. Pour nous, croyants, ces deux réalités de la différence sexuée et de l’ouverture à la vie sont accueillies dès le premier chapitre du livre de la Genèse : « Dieu créa l'homme à son image ; à l'image de Dieu il le créa, homme et femme il les créa. Dieu les bénit et leur dit : soyez féconds et multipliez vous » (Genèse 1, 27-28). Dans la vocation propre du mariage, l'homme et la femme reflètent, tous deux ensemble, l'image de la communion d’amour qui se vit en Dieu de toute éternité.

D’ailleurs, le sacrement du mariage vient porter cette réalité naturelle à une dimension sacramentelle, source d’une grâce insigne puisque l’alliance de l’homme et de la femme devient alors l’image et l’expression particulière de l’alliance du Christ et de l’Eglise, comme le dit saint Paul aux Ephésiens (5, 21-33).

* * *

La question ne se situe donc pas sur plan de la charité, de la compréhension ni de la main tendue. Elle ne se situe pas non plus dans le domaine du péché, car la tendance homosexuelle n’est pas, en soi, peccamineuse. Si la personne homosexuelle n’a pas fait le choix de sa tendance, elle reste cependant totalement libre, comme dans l’hétérosexualité, d’éclairer et d’orienter ses sentiments et ses pulsions selon un projet plus élevé, selon la volonté de Dieu.

La question de fond est donc celle de la réalité naturelle de l’homme et de la femme, et du projet voulu par Dieu pour la famille et pour la société. Qu’on nous permette donc de réfléchir à ces questions sans être taxés a priori d’homophobes ou de rétrogrades.

Et nous pouvons alors percevoir qu’en ouvrant le mariage aux personnes de même sexe, on transforme, en fait, cette institution et on déstabilise la vie sociale. Si l’union matrimoniale n’était qu’un simple contrat, on pourrait comprendre que des personnes homosexuelles, ayant partagé des biens matériels et des souvenirs, puissent se les transmettre lorsque l’un d’eux décède, ou se les répartir quand ils se séparent. Mais le terme de « mariage » n’est pas choisi par hasard : il vise à présenter un contrat civil comme s’il s’agissait d’une réalité naturelle. Or, seule l’union d’un homme et d’une femme peut donner la vie, perpétuer l’humanité et servir de structure de base à la société.

En mars dernier, le Pape Benoît XVI dénonçait « des courants politiques et sociaux puissants qui cherchent à altérer la définition légale du mariage » et tendent à « tenir pour nulles les différences des sexes ». Il faut donc nous réveiller de la torpeur d’un monde où le véritable débat n’est même plus possible, puisqu’on est tout de suite accusé d’intégrisme quand on cherche à le provoquer.

* * *

C’est là que le message du Laus peut nous apporter une aide précieuse. D’abord, l’époque de Benoîte ne faisait pas exception de situations de vie compliquées ; il n’y a qu’à lire chaque page des Manuscrits du Laus pour s’en convaincre. Et dans toutes ces situations, nous voyons la Vierge Marie et les anges respecter les personnes, par la douceur d’une vraie charité qui sait accueillir l’autre. Mais cette charité trouve justement sa plus grande expression dans l’exigence de vérité.

Souvent, la mission de Benoîte va donc consister à oser dire la vérité, sans laquelle l’autre n’est pas vraiment respecté…et peut même se perdre pour l’éternité. Alors, la servante du Laus fait preuve de courage et d’humilité pour aller avertir les pèlerins, selon les indications de la Belle Dame. Benoîte n’en avait pas toujours envie, on peut la comprendre. Elle a même parfois renoncé à cette mission exigeante ; et Marie le lui a reproché. Ces reproches ne nous sont-ils pas adressés, à nous aussi ?

Notre époque a bien besoin de Benoîte ; elle a besoin que nous soyons des « Benoîte », en ayant le courage et l’humilité de dire objectivement ce qui va à l’encontre du projet de Dieu et du respect fondamental de la dignité humaine. Prenons donc les moyens d’organiser le débat, quand le gouvernement et les médias veulent imposer ce qu’ils considèrent presque comme une évidence pour tous. Ecrivez à vos représentants parlementaires, manifestez-vous avec intelligence et de manière positive. Ne vous contentez pas de baisser la tête quand vous participez à un dîner où cette question est abordée. Soyez des « Benoîte » !

Ce qui est en jeu, c’est la vérité de notre être. Ce qui est en jeu, aussi, comme souvent, ce sont les plus petits : les enfants à naître, qu’on considère comme un droit et non plus comme un don ; les enfants en croissance, pour lesquels l’homosexualité est présentée comme une simple alternative à l’hétérosexualité. On sait comment la théorie du genre (le Gender), loin d’accepter une réalité de fait ("l’homme et la femme dans leur différence") veut créer une réalité par idéologie ("on ne naît pas homme et femme, on le choisit"). La nature aura beau nous dire le contraire, on estime qu’on n’a pas à lui être soumis ; alors, la soumission à un projet de Dieu, n’en parlons même pas ! C’est la toute-puissance humaine qui éclate ici au grand jour : le refus de dépendre de quoi que ce soit, fut-ce une réalité naturelle, qui est vue elle aussi comme un obstacle à la liberté.

Dans tous ces débats et ces questions familiales qui peuvent nous toucher de très près, sachons entendre les paroles de la lettre aux Hébreux, dans la deuxième lecture de ce dimanche : « Le créateur et maître de tout voulait avoir une multitude de fils à conduire jusqu’à la gloire ». Voilà bien la finalité ultime de toutes nos réflexions et de toutes nos actions. Nous avons à redire à chacun qu’il est appelé à la gloire par « le créateur et maître de tout » ; rappeler à chacun que tout ce à quoi il aspire, avec des désirs forts, des besoins d’amour, des failles, des tendances et des bouillonnements intérieurs, ne peut trouver qu’en Dieu son accomplissement plénier.  Rappeler, enfin, que toute notre vie doit être une tension positive vers le Ciel ; un élan qui oriente notre regard sur l’être humain et lui donne une dignité qu’aucune loi humaine ne pourra jamais lui apporter. Amen.


[1] www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/elargir-le-mariage-aux-personnes-de-meme-sexe-ouvrons-le-debat-note-du-conseil-famille-et-societe-14982.html

 

 

publié le : 09 octobre 2012

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