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Sida et préservatif : "J'attends une parole claire de l'Eglise


Prêtre de la communauté Saint-Jean, le père Jean-Benoît Casterman, a passé plus de 18 ans au Cameroun. Il y a travaillé à l'éducation affective et sexuelle, notamment dans le cadre de la lutte contre le Sida. La Banque Mondiale a financé la première édition de son livret aujourd'hui publié en France : "Pour réussir ta vie sentimentale et sexuelle".

Jugez-vous scandaleux les propos tenus par le Pape ?

A mon avis, Benoît XVI était difficilement compréhensible par les médias et l'opinion internationale. Dans le fond, il a raison : ce n'est pas en distribuant des préservatifs que l'on résoudra le problème du Sida. Mais il faut expliquer pourquoi le préservatif n'est pas la meilleure solution. Celui-ci n'est qu'un pis-aller, une parade à court terme pour éviter le pire. Et il est vrai que si on ne prône que cette solution, le problème des MST et du Sida ne sera jamais résolu. Il pourrait même s'aggraver.

Le Pape n'a fait que répéter l'enseignement traditionnel de l'Eglise. En 1968, l'encyclique Humane Vitae exclut l'usage du préservatif.

Avec Humanae Vitae, il s'agissait de la contraception. Ici, nous sommes face à des maladies pouvant être fatales : le Sida, et une vingtaine d'autres maladies sexuellement transmissibles. Ces pandémies introduisent une question de vie ou de mort. D'où cette question : comment se fait-il que l'Église n'ait pas émis une parole claire sur ce problème depuis plus de vingt ans que le Sida sévit ? Bien des pasteurs de l'Eglise, y compris au Vatican, attendent cette réponse. Ce problème mine le terrain : faute d'être déminé, on saute sur une mine - c'est ce qui vient d'arriver dernièrement avec la déclaration du pape, comme d'autres fois auparavant dans divers endroits. Le silence de l'Eglise sur cette question semble cautionner l'opinion courante qui dit que "l'Église est contre le préservatif" (purement et simplement !), opinion qui la fait taxer de "criminelle" par certains. Triste visage de l'Eglise, qui est censée annoncer la Bonne Nouvelle ! Nous avons mieux à faire que de planter des sens interdits.

Qu'attendez-vous alors du Vatican ?

Je souhaiterais un éclaircissement de l'Eglise sur la question du préservatif, qui tienne compte de tous ceux qui ne sont pas capables de vivre la chasteté pour le moment, et ceux qui ont des comportements sexuels à risques. Il faut bien tolérer "le moindre mal", à moins que nous ne soyons capables d'éduquer l'ensemble de la planète à la chasteté ou à la fidélité... en 15 jours ! En disant cela, je n'invite pas au laisser-aller ! Car les gens, pour la plupart, sont capables de comprendre ce discours : "Si vous n'êtes pas dans le bon chemin de l'amour, évitez le pire : protégez-vous ! Mais surtout réfléchissez et convertissez-vous !" Ce n'est pas parce que certains risquent d'abuser de la tolérance qu'il faut l'interdire. Car dans ce cas, on ne devrait même plus prêcher le pardon de Dieu, de crainte que l'on abuse de sa miséricorde.

Est-il possible pour autant d'autoriser le port du préservatif s'il n'est pas fiable ?

Le préservatif est une "roulette russe", car il comporte 10 à 30 % de risque en cas de mauvaise utilisation. Mais dans bien des cas, c'est beaucoup mieux que rien. Mieux vaut être protégé à 70 % qu'à 0 % ! Cependant, la plus sûre réponse au Sida consiste à changer de comportements, en pratiquant la chasteté et la fidélité. C'est ce qui est parfaitement compris dans la plupart des pays africains, avec le mot d'ordre : "Abstinence, (ou) fidélité, (ou) préservatif." Notez l'ordre !

La morale ne découle-t-elle pas de la foi ? N'est-elle pas la réponse d'amour d'un chrétien désireux de se conformer davantage au Christ ? Plutôt que d'investir dans l'éducation affective et sexuelle, l'Église ne devrait-elle pas simplement évangéliser ?

Pour vivre en plénitude un amour de qualité ou la chasteté, la foi et la grâce sont importantes, voire nécessaires. Mais une saine éducation doit intégrer la raison, et ne pas la court-circuiter au nom de la foi. Évitons de trop "moraliser" l'éducation à l'amour, ou de l'enfermer dans une bulle spirituelle. D'ailleurs, avant de nous donner sa Parole, Dieu nous a donné l'intelligence. En amour, la vérité est inscrite dans le coeur de l'homme, et elle est accessible à tout homme de bonne volonté. Aujourd'hui surtout, il est important de bâtir l'éducation sur une saine réflexion, qui nous permet de mobiliser toute notre personne : coeur, corps, esprit. Elle nous permet aussi de dialoguer avec nos semblables.

Cette démarche suscite-t-elle de l'enthousiasme en Afrique ?

Cette année, lors de la Saint Valentin, j'ai été invité au Burundi pour rencontrer des milliers de jeunes sur la question de l'amour et de la sexualité. Sur une initiative du Père Daniel-Ange, à l'instar de "True Love Waits" ("L'amour vrai attend") aux Etats-Unis, environ deux mille jeunes se sont engagés à la chasteté jusqu'au mariage, dans un esprit profondément évangélique. Nombreux sont les témoignages de jeunes qui remercient ensuite d'avoir retrouvé leur dignité, leur liberté, et surtout de découvrir l'amour vrai.

Pour terminer avec le Sida, soyons clair : si la prévalence du VIH a pu baisser dans nombre de pays africains, ce n'est pas grâce au préservatif, mais bien grâce à l'éducation à l'amour et à la chasteté. Je pense à l'Ouganda notamment. C'est d'ailleurs ce que la Banque Mondiale a parfaitement compris, et c'est pourquoi elle m'a financé mon document d'éducation à l'amour et à la chasteté.*

Stéphanie Combe

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