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On ne peut défendre la vie que si l'on en perçoit la beauté - Jean Laffitte - 7.3.2006


« On ne peut défendre la vie que si l'on en perçoit la beauté »
Entretien avec le vice-président de l'Académie pour la Vie

ROME, Mardi 7 mars 2006 (ZENIT.org) - « Le grand problème actuel est la perte du sens de la beauté de la vie », affirme le nouveau vice-président de l'Académie pour la Vie.

Dans cet entretien accordé à Zenit, Mgr Jean Laffitte, ancien sous-secrétaire du Conseil pontifical pour la Famille, récemment nommé vice-président de l'Académie pour la Vie, explique que l'on ne peut défendre la vie que si l'on a pris conscience de sa beauté.

Né à Oloron-Sainte-Marie en 1952, Mgr Laffitte est prêtre du diocèse d'Autun et membre de la Communauté de l'Emmanuel. Depuis 2003 il est consulteur de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

Zenit : Le pape vous a donné une nouvelle mission : vice-président de l'Académie pour la Vie dont la tâche est, entre autres, de sensibiliser nos contemporains, au don de la vie. Quels sont aujourd'hui, selon vous, les grands défis dans le domaine de la défense de la vie ?

Mgr Jean Laffitte : A mon avis, le grand problème actuel est la perte du sens de la beauté de la vie. On ne peut défendre la vie que si l'on en perçoit la beauté. La vie s'est transformée aujourd'hui en terrain de luttes idéologiques. Il n'en a pas toujours été ainsi. La vie, c'est d'abord une réalité concrète, qui existe. Les personnes, autour de nous, existent. Nous sommes en relation avec elles. Elles représentent dans le monde une richesse objective. La vie exige au départ une attitude fondamentale d'accueil et d'amour. La vie humaine n'est jamais neutre. Quand on perd de vue le caractère de bonté immédiate de ce qui existe, et qui vit sous nos yeux, la beauté des personnes qui nous entourent et auxquelles nous sommes liés par des liens d'amour et de solidarité, alors on fait de la vie le lieu d'une lutte idéologique.

Comment cela se produit-il ? D'abord par une banalisation de la vie humaine. Elle perd son caractère spécifique et on finit par l'assimiler à toute autre manifestation de vie, de quelque être vivant que ce soit. On ne voit plus que derrière chaque visage humain, derrière chaque personne, il y a une singularité, une richesse unique où les croyants reconnaissent une intention de Dieu, un projet d'amour. La vie est le don de l'amour de Dieu pour tous les hommes.

Le premier enjeu est d'essayer de redonner à ceux qui l'ont perdue, cette notion d'un bien réel qui nous précède, que nous n'avons pas choisi, en tous cas que nous n'avons pas choisi pour nous-mêmes. Personne n'a jamais décidé de vivre. Nous sommes devant une réalité qui nous invite à ce regard d'amour et d'accueil. On ne peut pas avoir une attitude de neutralité envers la vie. La vie n'est pas simplement un phénomène biologique. On ne peut considérer une personne humaine simplement sous l'aspect de ses caractères biologiques, anatomiques ou cellulaires. Il est bien sûr possible de le faire dans le cadre d'une science appliquée, mais lorsqu'on veut expliquer en vérité ce qu'est la vie d'un homme, on est obligé de le considérer dans tout ce qui le constitue, c'est-à-dire non seulement dans ce qui fait son organisme - il est un être vivant soumis à des lois physiques et biologiques - mais aussi dans ce qui fait sa spécificité, sa qualité de créature rationnelle, douée d'intelligence, de volonté, douée d'une capacité d'aimer et d'entrer dans une relation de communion avec d'autres hommes.

Zenit : Aujourd'hui, dans un monde où la science nous permet presque de commander un enfant à la carte, la vie devient un objet de consommation. Que nous propose Benoît XVI dans sa première encyclique ?

Mgr Jean Laffitte : Cette question complète la première. Il y a un deuxième aspect par rapport à ce qui a été dit: si une vie humaine est une richesse, on est conduit à se demander quelle est l'origine de cette richesse qui nous précède. Nous abordons là un aspect complémentaire, très lié au thème de l'encyclique : le rapport entre une vie humaine et l'auteur de la vie humaine. Dieu, qui est le créateur de toute vie, est en même temps la source de toute charité et de tout amour. Il y a ainsi un lien très étroit entre la vie et l'amour, d'abord parce que la vie elle-même est un fruit de l'amour de Dieu - elle est un don - mais aussi parce que la vie humaine prend tout son sens dans une perspective d'amour. L'homme est fait pour aimer Celui qui l'a créé. Il est fait aussi pour aimer les autres, son prochain; c'est dans l'amour qu'il se développe, qu'il réalise toutes ses potentialités et qu'il considère avec admiration l'ensemble de la création, exerçant sur elle une sorte de seigneurie - naturellement subordonnée à la Seigneurie divine. Il ne peut toutefois le faire que dans le respect de la nature et un esprit de service de ses semblables, ce qui suppose qu'il soit animé par l'amour.

Ce dont cette encyclique nous invite à prendre conscience, c'est que, si Dieu est réellement amour, la vie qui vient de lui est un fruit direct de cet amour. Cela change totalement notre regard sur l'existence humaine et sa finalité, sur le but de la vie, sur ce qui nous anime, sur nos intentions profondes, et sur la manière dont nous exerçons notre activité. L'encyclique attire notre attention sur le fait que la vie est intérieure à Dieu, la vie est communion, elle est amour. En Dieu, vie et amour coïncident parce que l'amour divin fait exister, il est un amour qui conduit à l'existence des êtres qui n'existaient pas auparavant. Ce n'est pas seulement un acte de causalité matérielle. Il s'agit formellement d'un acte d'amour qui fait exister les êtres.

Zenit : Comment peut-on retrouver le sens de la beauté de la vie lorsqu'on l'a perdu ?

Mgr Jean Laffitte : Il faudrait distinguer les raisons qui ont conduit à l'altération ou la perte de ce sens. Il y a parfois des raisons liées à la gravité de choix moraux personnels qui, en blessant l'âme, obscurcissent le regard sur la vie et ne permettent plus d'en reconnaître le caractère précieux. On ne peut développer ici ce qui serait une analyse morale de cet état de fait.
Il y a aussi, plus communément, des raisons évidentes liées à la souffrance, à l'épreuve, ou à l'injustice subie.

Nous avons des circonstances où, dans la vie, des personnes, sans responsabilité de leur part, sont confrontées à une difficulté objective à percevoir la beauté de la vie. Il faut admettre que ces situations existent pour les comprendre. D'ailleurs, cette expérience d'opacité de la beauté de la vie peut arriver à chacun. Chacun peut être confronté à un moment de sa vie, où la maladie d'un être cher, la disparition d'un proche, les atteintes de la maladie peuvent occulter à ses yeux la beauté de la vie. Dans ces situations, la perception de la beauté de la vie va se faire à travers un processus analogue à la démarche de la foi. Nous croyons et nous adhérons à la beauté de la vie, de la même façon que les croyants adhèrent, sans Le voir, à la beauté de Dieu. Nous ne voyons pas Dieu mais nous savons que Sa beauté est réelle.

Il est très rare qu'une personne n'ait jamais été confrontée à la beauté de la vie. Mais des situations existent où le caractère difficile et douloureux de certaines affections, de maladies très graves, l'injustice des hommes, ou toute autre circonstance, peuvent ôter à l'existence ce qui lui donne son attrait dans les cas normaux.

Il ne faut pas considérer le problème isolément. Personne ne peut affronter une misère personnelle, une maladie, un deuil, d'une façon solitaire. L'homme n'est pas une monade. Il est en relation constante avec quantité d'autres personnes, proches et moins proches. Sans prétendre que l'amour de la vie, qu'une personne qui souffre perçoit chez les autres, rende sa propre vie immédiatement plus facile, cela lui donne au moins une vision de l'existence qui ne se réduit pas à la précarité de sa propre situation. Ce n'est évidemment pas un effort à demander à la personne qui souffre, mais une sollicitation faite aux personnes plus heureuses. Le respect que les gens portent à la vie de ceux qui souffrent est une condition nécessaire pour que ces derniers perçoivent quelque chose de la beauté de la vie. Quand une personne éprouvée reçoit une aide, une attention aimante, elle va très naturellement cesser d'identifier sa vie à sa souffrance; car, dans sa vie, il n'y aura plus simplement la souffrance, il y aura aussi l'acte d'amour qu'elle aura reçu.
Il faut bien considérer que, dans le domaine de la vie, les questions ne se posent jamais de façon abstraite, mais d'une façon concrète: toute personne se trouve impliquée dans des relations ou des situations où peut justement s'exercer cette charité pour le prochain à laquelle invite l'encyclique « Deus Caritas est ».
On rejoint là ce qui est au coeur de toute existence humaine, ces besoins fondamentaux très profondément inscrits dans le coeur de l'homme : parmi eux, au premier plan, le désir d'aimer et celui d'être aimé. Il y a aussi d'autres désirs essentiels comme celui d'être utile. Toutefois, le désir d'être aimé semble le plus profondément enraciné. C'est l'un des apports originaux et très forts de l'encyclique, que de montrer l'importance primordiale de savoir recevoir l'amour. L'amour n'est pas seulement le mouvement unilatéral de quelqu'un qui donne et qui se donne. Il est aussi le mouvement de quelqu'un qui, en se donnant, est capable de recevoir un autre amour qui le précède parfois.

Dans la relation à Dieu, d'ailleurs, c'est toujours le cas. Nous sommes toujours précédés dans notre amour pour Dieu par l'amour que nous recevons de Lui. Dans l'encyclique, est présente cette intention de montrer ce double mouvement de l'amour, mouvement unifié qui établit une véritable communion entre les deux termes. L'encyclique fait honneur à cette dimension très souvent oubliée dans des approches volontaristes de la charité ou des approches très partielles, d'ailleurs souvent spiritualistes, où l'on imagine que l'amour est simplement le fait de donner. L'amour, dans sa plénitude et son expression parfaite, est aussi réception et il faut beaucoup de vertu pour savoir recevoir l'amour des autres et l'apprécier pour ce qu'il est: un don de Dieu, un don de la grâce de Dieu.
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