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Mgr Centène s'adresse aux grands parents - 24 sept 2006


10ème anniversaire du pèlerinage de Jean Paul II à Sainte Anne d'Auray



Intervention de Mgr Centène - 24 septembre 2006



Rencontre du groupe «Anne et Joachim»





Pour terminer ce colloque de deux jours consacrés à la famille, dans l'esprit que Jean-Paul II avait souhaité donner à sa venue à Sainte Anne en 1996, je suis heureux de rencontrer le groupe des grands-parents, Anne et Joachim.



Depuis mon arrivée dans le Diocèse, chacun a pu constater l'intérêt que je porte à la jeunesse, dans le souci de l'avenir « pour que la génération à venir Le connaisse ».



Ma première année de ministère parmi vous a été marquée par une restructuration du service des vocations qui a débouché sur l'ouverture du Foyer Jean-Paul II pour des collégiens et des lycéens qui veulent réfléchir à la vocation,



et par l'ouverture d'une année de propédeutique pour des jeunes adultes qui se préparent à entrer au séminaire.



A partir de cette rentrée scolaire, c'est l'ensemble du service de la Pastorale des Jeunes qui sera restructurée dans le sens d'une plus grande synergie et dans une perspective d'Evangélisation.



Certains pourraient en conclure et l'on pourrait murmurer ici ou là que mon intérêt pour les jeunes est trop exclusif et que je ne m'intéresse pas suffisamment aux autres générations.



Je voudrais vous dire ce soir combien cette approche des choses me paraît erronée.



Il faut éviter d'entrer dans un discours dialectique. L'Eglise est communion. Elle n'exclue pas les uns pour mettre en avant les autres, mais elle essaie de conduire les uns avec les autres, les uns par les autres, vers la plénitude de la communion.



Mes intentions sont clairement exprimées : il faut que la génération à venir Le connaisse parce qu'il en va de l'avenir de l'Eglise et de l'avenir de l'homme.



Et dans cette perspective il est vrai que l'on ne peut pas se cantonner à une pastorale du 3ème âge en attendant que les jeunes, atteignant le 3ème âge, puissent bénéficier enfin de la sollicitude pastorale de l'Eglise.



C'est dès maintenant qu'il faut leur transmettre la foi. Mais c'est de transmettre qu'il s'agit et toute transmission suppose un émetteur et un récepteur.



On ne saurait négliger aucun de ces deux termes au bénéfice de l'autre si l'on veut que le message soit transmis effectivement.



Dans la question qui nous préoccupe, la transmission suppose une collaboration intergénérationnelle, à l'image de ce beau rassemblement que nous venons de vivre.



La génération des grands-parents, à laquelle vous appartenez constitue une richesse pour la famille, pour la société et pour l'Eglise.



Dans la famille, ce qui caractérise les grands-parents, c'est d'abord un rapport au temps différent.



On sait par le proverbe que « le temps c'est de l'argent », c'est-à-dire qu'il a une grande valeur et pour tout ce qui concerne l'éducation, il a une valeur inestimable. On en mesure peut-être davantage le prix aujourd'hui où tout est chronométré.



Les grands-parents sont moins pris par des situations d'urgence. Ils ont le temps d'écouter.



Souvent les parents disent qu'ils sont pressés, ce qui ne constitue pas la meilleure introduction au dialogue.



Souvent dans leur souci d'éduquer l'enfant, ils lui coupent la parole pour commencer une leçon de morale.



Les jeunes parents ont parfois tendance à être moralistes.



Les grands-parents bénéficient du recul du temps, ils peuvent prendre le temps d'écouter.



Dans le dialogue, l'expérience leur a appris qu'il vaut mieux faire des suggestions que de poser des principes absolus.



Ils peuvent devenir les confidents des petits enfants parce qu'ils ne sont pas prisonniers d'une relation d'autorité.



Ils peuvent offrir une plus grande capacité d'écoute indispensable à l'éducation.



Quand tout va bien, ils apportent aux parents une aide appréciable en leur offrant la garde des enfants comme une bouffée d'oxygène qui leur permet de gérer leurs obligations avec plus de sérénité ou de partir en week-end en amoureux.



Cette aide peut aussi parfois revêtir, dans la discrétion, un aspect économique. 64 % des Français reconnaissent qu'ils ont été aidés financièrement par leurs parents pour se lancer ou pour s'établir dans la vie.



Lorsque les couples sont en crise ou se séparent, le rôle des grands-parents, d'important qu'il était, devient essentiel.



C'est alors que leurs qualités d'écoute, de disponibilité, d'accueil et d'accompagnement seront particulièrement précieuses.



Les disputes des parents et la séparation provoquent chez l'enfant un traumatisme profond, surtout s'il est pris à témoin par l'un ou par l'autre ou s'il devient affectivement l'otage des parents.



Son univers s'écroule. L'enfant cherche un responsable de cette situation qu'il ne comprend pas et qui lui est insupportable. Ce coupable, il le trouve souvent : c'est lui-même. C'est alors qu'arrive un cortège de mal être, d'échecs scolaires, d'instabilité.



Les enfants souvent culpabilisent sur la séparation de leurs parents.



Les grands-parents peuvent alors contribuer à sauver l'essentiel.



Si la famille nucléaire vole en éclats, la famille au sens plus large prend le relais.



Le foyer des grands-parents devient alors le modèle de stabilité dont les enfants ont besoin pour se construire.



C'est le point d'ancrage indispensable.



Si, surmontant leur propre souffrance, les grands-parents sont capables de ne pas juger leur gendre ou leur bru, d'entretenir avec eux des relations, de ne pas les critiquer devant l'enfant, d'entretenir chez lui l'estime de son père ou de sa mère, ils peuvent apparaître comme ceux qui continuent à aimer papa et maman et permettre à l'enfant de rétablir l'équilibre psycho-affectif ébranlé par une situation qui est pour lui absurde et désespérante.



Au-delà de leur importance pour la famille, les grands-parents révèlent ici la richesse qu'ils constituent pour la société.



Cette richesse ne s'analyse pas seulement comme l'intérêt économique important que représentent les personnes du 3ème âge dans l'organisation sociale.



Cette richesse ne s'analyse pas seulement en fonction de leurs compétences humaines et des responsabilités qu'ils peuvent prendre dans le milieu associatif et qui sont souvent importantes.



Leur rôle spécifique d'éducateur et les valeurs qu'ils véhiculent font d'eux ceux qui tissent le lien social nécessaire pour ne pas désespérer du monde de demain.



Au-delà des situations de conflits, le rôle social des grands-parents est très important, en ce sens qu'ils sont les témoins de l'histoire, ils font le lien entre les générations, ils transmettent une culture qui est nécessaire pour que naisse une identité.



Enfin, et au sein même de cette transmission culturelle, les grands-parents ont un rôle primordial à jouer dans la transmission de la foi.



Leur génération a été et reste très présente dans le domaine religieux. Souvent leur jeunesse a été marquée profondément par l'Eglise. Ils ont fait partie des mouvements éducatifs chrétiens ou ils ont milité dans l'Action catholique.



Leur apport est très important dans les nouvelles formes de vie ecclésiale - équipes d'animation pastorale des paroisses, conseils paroissiaux, G.A.P., associations caritatives, même si leur foi reste pour beaucoup de jeunes une énigme, leur générosité dans le service est un sujet d'admiration.



L'exemple qu'ils donnent est une annonce implicite de la foi.



Les jeunes n'adhèrent pas aujourd'hui, spontanément, à la foi. Les milieux dans lesquels ils vivent, le caractère de haute technicité de notre société ne les ouvre pas au discours analogique de la foi.



Souvent, les parents ne pratiquent pas, quelquefois ils ne font même pas baptiser leurs enfants.



Les grands-parents sont alors les gardiens des traditions religieuses et de la foi.



Le souci de l'éducation religieuse des petits enfants est important chez beaucoup de grands-parents, et il faut passer de l'annonce implicite à l'annonce explicite.



Je vous avait dit l'hiver dernier, quand j'ai prêché à l'occasion de la Messe du groupe Anne et Joachim, qu'en Russie, alors que le pouvoir athée combattait le Christianisme, la foi avait été sauvée par les grands-mères. Cela est vrai ici aussi. Beaucoup de demandes de baptêmes et d'inscriptions au catéchisme se font après une incitation plus ou moins forte des grands-parents. Des jeunes couples demandent le mariage à l'église pour ne pas les contrarier.



Cela se fait parfois dans une ambiance de paix familiale. Si les parents ne sont pas absolument hostiles, l'apport des grands-parents est alors bénéfique pour l'éveil à la foi et tout au long des années de catéchisme, pour initier l'enfant à la prière, à la pratique.



Les choses peuvent se gâter, en revanche, si l'un ou l'autre des parents est farouchement opposé à l'éducation religieuse. C'est parfois un drame pour les grands-parents qui sont alors profondément blessés dans leurs convictions les plus profondes, écartelés entre l'amour et la force des convictions. Quelle ligne faut-il tenir alors ? Que faut-il privilégier, que faut-il préserver ? Quelle est la juste attitude ?



Une chose entre toutes est évidente, c'est que la foi ne peut en aucun cas s'opposer à l'amour. Elle ne peut être transmise que dans un véritable dialogue, dans un climat de confiance et de vérité qui saura éviter tout à la fois l'intransigeance du rigorisme et le laxisme du relativisme. Il faut éviter de fermer les portes et de couper les ponts mais il faut éviter, avec le même soin, de faire comme si la situation était indifférente.



Il pourra arriver dans des situations extrêmes que le dialogue soit impossible.



Il restera toujours la possibilité du témoignage d'une présence aimante et de la prière.



Sans renoncer à rien de ce que vous êtes ni de ce que vous croyez, ni de ce que vous faîtes. Le Seigneur saura se servir de ce que vous semez dans l'affliction et il saura le faire germer à son heure : « ceux qui sèment dans les larmes moissonnent dans la joie ».



Il ne faut jamais oublier que la foi est un don du Seigneur qui se révèle lui-même au plus secret des coeurs.



Nous ne pouvons espérer qu'être les instruments dont il se servira pour le témoignage et pour donner le goût de Dieu, pour aiguiser, par l'exemple, l'appétit de Le connaître.



La disponibilité de l'amour reste le meilleur témoignage pour faire connaître le Christ qui est venu pour sauver et non pour condamner.



Pour terminer cette causerie, je voudrais citer les propos que le pape Benoît XVI a tenu à Valence le 8 juillet 2006, à l'occasion de la 5ème rencontre mondiale des familles, à l'intention des grands-parents : « ils sont les garants de l'affection et de la tendresse que tout être humain a besoin de donner et de recevoir. Ils donnent aux plus jeunes la perspective du temps, ils sont la mémoire et la richesse des familles. Qu'ils ne soient sous aucun prétexte exclus du cercle familial ! Ils sont un trésor que nous ne pouvons pas arracher aux nouvelles générations, surtout quand ils donnent un témoignage de foi ».



+ Raymond CENTENE

Evêque de Vannes

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