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Le Père Daniel Ange évoque le Père M-D Philippe, fondateur de la Cté Saint Jean




Père Marie-Dominique Philippe :
ÉTOILE NEUVE SCINTILLANT AU FIRMAMENT DE L'ÉGLISE


Je veux laisser résonner en écho l'encièlement récent de père Marie-Dominique Philippe, cet Enfant de Dieu, cet Enfant-Lumière, humble et ardent serviteur de la Vérité.

Le titre de ce petit témoignage personnel est de Dieu, à qui je dois les droits d'auteur : " Les sages brilleront comme le firmament en toute sa splendeur. Et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude resplendiront comme des étoiles, pour les âges sans fin. " (Dn 12,3) Un Maître : Dieu sait s'il l'a été, au long de... 70 ans de prédication inlassable, nous essoufflant tous, à la manière d'un Jean-Paul II.

Étoile, car il n'a pas cessé de faire briller l'Étoile des Mages, que la Liturgie orientale assimile à la Vérité, pour conduire un grand nombre, échelonnés sur plusieurs générations, jusqu'à la crèche où l'on tombe à genoux pour adorer en silence. Cette Vérité, il l'a laissée resplendir dans tout son éclat jusqu'au soir couchant de sa vie, en sa phase terrestre.

Grâce à lui, tant d'entre nous se sont laissés guider par cette étoile, toujours matinale, qu'il aimait comparer à Marie. Marie ! Il l'a chantée comme nul peut-être ne l'a fait depuis saint Bernard (jamais je n'ai entendu méditation si profonde sur Marie au pied de la Croix).


Mais ce ne sont pas ses enseignements qui m'ont le plus marqué, c'est lui, sa personne, son coeur d'enfant surtout, son adoration, sa charité. Cette charité a été un pur rayon de gloire divine, resplendissant dans notre monde enténébré. J'en ai la certitude : il sera un jour béatifié, et qui sait ? Proclamé Docteur de l'Église contemporaine, comme notre Jean-Paul II, plus que son ami : son frère d'âme.

Chantre d'une vérité qui resplendit par sa seule beauté.

J'ai eu la grâce de suivre ses cours à l'Université de Fribourg dès 1972, en même temps que les deux ultimes années de " petits cours " du saint cardinal Journet, à qui le liait une si profonde amitié. J'ai pu participer à quelques récollections à l'abbaye cistercienne d'Hauterive (où j'avais failli entrer à 17 ans) avec son " groupe de jeunes " qui doucement muait en nucleus de la future Congrégation. Comment aurais-je soupçonné que cette poignée de fervents jeunes hommes, deviendrait un arbre aux multiples branches, constellant la planète en une vingtaine de pays. Et ce n'est qu'un commencement ! Ce qui m'a frappé alors : son immense respect de notre liberté. Je sentais confusément qu'il aurait aimé que je m'y joigne, mais la perche tendue était d'une telle discrétion et délicatesse... (Dieu merci pour la future Congrégation, que le Seigneur ait eu d'autres desseins sur moi. Ç'eut été la cata, menaçant le fragile édifice. Petits frères, vous y avez échappé de justesse !) Cela n'a pas empêché le Père de me nourrir, au long de ce quart de siècle, intellectuellement et spirituellement.

Entre tant d'aspect qui m'ont marqué, je relève : 1) Sa passion pour proclamer la vérité " à temps et à contretemps, toujours avec le souci de convaincre ", mais toujours dans la douceur, avec la certitude que la vérité s'impose par sa seule beauté : Veritatis splendor ! D'où l'absence étonnante de polémique, critique, agressivité pour d'autres tendances ou écoles de pensée ou sensibilités. Pour moi, il est l'illustration parfaite du " contemplata aliis tradere " si cher aux Fils de saint Dominique.

2) Sa bouleversante disponibilité dans ce service d'écoute de ses frères et soeurs. Des frères-amis m'en ont témoigné : parfois au delà de minuit il y avait encore une queue devant sa cellule. Et à 6 heures du matin on le retrouvait en oraison au fond de la chapelle.

3) Enfin, sa sollicitude pour les jeunes. Je n'oublierais jamais nos dernières rencontres. La première lors d'un de ces formidables festivals-jeunes à Saint-Quentin. Je le revois encore descendre le sentier de la colline s'appuyant sur mon bras, pour rejoindre une petite tente blanche, y écouter, dans une chaleur étouffante, pendant des heures, des jeunes venant se confier à lui. Cela à 90 ans !!! S'épuisant jusqu'au bout à leur service, à un âge où d'autres rêveraient d'un bon fauteuil, un bon bouquin de philo dans les mains... Le soir, frère Jean-Pierre Marie m'invita à un petit dîner en tête-à-tête avec le Père, sa mémoire prodigieuse permettant d'évoquer l'épopée fribourgeoise. La dernière fois : au prieuré de Brignoles, encore un petit moment seul à seul. Qu'a-t-il abordé de lui-même ? Comment atteindre, rejoindre, toucher la génération montante ? Comment les fortifier dans leur fragilité, leur vulnérabilité ? A 93 ans, quelle étonnante jeunesse de coeur ! Que de connivences avec le monde de la jeunesse !

4) Encore ceci : sa sérénité, sa paix du coeur, la magnanimité de ses pardons, quand on l'accablait de calomnies, avec parfois des ragots de commère frisant le ridicule ! Il m'a alors écrit un petit mot de reconnaissance émue pour avoir pris sa défense par une lettre ouverte à certaines publications soi-disant chrétiennes, alors que c'était le devoir de charité minimum de réagir pour rétablir la vérité, sous peine d'être coupable devant le Seigneur de silence complice ou de lâcheté. Comment se taire quand des frères sont ainsi salis et une oeuvre de Dieu ainsi vilipendée ? Comment se taire devant l'injustice, le mensonge, la délation ?


L'épreuve des derniers jours l'a tellement rapproché de son frère d'âme, Jean-Paul II. Tous les deux, hommes de la parole s'il en fut, réduits au grand silence de l'Agneau au long de sa Passion (Voir mon : Rire et pleurer avec Jean-Paul II, Sarment 2006, pp.179-181)

Mais ce silence, sûrement offert dans l'amour, n'a-t-il pas été le cri le plus fort de sa vie, plus fort que ses dizaines d'ouvrages, que ses dizaines de milliers de cours ?

Silence du coeur ouvert, qu'il disait n'être plus qu'un cri, se passant de toute traduction, atteignant le coeur là où aucune parole ne peut descendre. Plus qu'une parole, un geste, un cri, en silence... Deux délicatesses du Seigneur entre tant d'autres : venir le cueillir non seulement un Samedi, mais un jour de fête de sa Maman Reine, comme nous le désirions tous : ce 26 août, Notre-Dame de Czestokowa !

Puis l'encièlement, célébré par le descendant hiérarchique de saint Irénée, petit fils spirituel de... l'apôtre Jean lui-même, via saint Polycarpe.

Un encièlement, ou : le ciel à fleur de terre.

La célébration à la primatiale de Lyon signifiait, au-delà d'un bel hommage de la part de l'Église en sa hiérarchie, une action de grâces au Seigneur pour ce don merveilleux fait à l'Église de la Famille Saint-Jean. En tant de pays où m'ont conduit mes tournées d'évangélisation, j'ai eu la grâce de passer dans leurs prieurés (Bucarest, Mexico, Yaoundé, Abidjan, Salvador, Vilnius, Genève, Vienne), j'ai été le témoin émerveillé de leurs labeurs au service de la Vérité à faire aimer, des jeunes à évangéliser, si ce n'est d'une paroisse à ressusciter. Quelle fécondité ! Quel rayonnement ! Comme ils y sont aimés !

Je sais bien tout ce qu'on a pu leur reprocher, mais je réponds : " Que celui qui est sans péché, leur lance la première pierre ! " Quel Ordre ou Congrégation n'a connu difficultés, crises de croissance, apparents échecs. Il ne faut pas être féru d'histoire pour en faire le constat. Il aurait fallu tous les supprimer ! Mais enfin, va-t-on interdire à un enfant de tomber, à un ado de s'écorcher ? Va-t-on pour autant les éliminer ?

L'immense grâce m'a été donnée de pouvoir, à peine rentré du Brésil, vivre l'ultime veillée d'amour autour de son corps, dans l'église de Saint-Jodard. Déjà tout au long de la semaine, frères, soeurs, oblats s'étaient relayés non-stop, vivant une véritable Pentecôte communautaire, ultime veillée d'armes, en fait le couronnement. À la seule lueur de quelques cierges, dans la douce pénombre, l'église n'a presque pas désempli de la nuit, les petites sentinelles venant l'une après l'autre baiser ou poser longuement le front sur l'humble cercueil en bois de sapin. Cela n'était pas sans me rappeler l'ultime veillée autour de frère Roger un an plus tôt. Mais le moment qui m'a plus que tout bouleversé et qui a été comme le couronnement final de cette octave de grâces, a été les adieux dans l'intimité de la Famille Saint-Jean à Rimont.

Contrastant avec la solennelle beauté de la célébration dans la primatiale Saint-Jean, toute inondée de lumière, voici...

Imaginez quelque 300 frères, soeurs et oblats, debout ou assis en vaste demi-cercle sur la pelouse, entourant le petit cercueil, posé sur le perron de quatre marches, au dessous d'une statue toute fleurie de Marie. Et nous voilà, écoutant non des discours, éloges, panégyriques, mais des témoignages tout simples, improvisés, partagés dans une telle fraîcheur, une telle simplicité, non sans humour provoquant des rires bon enfant... Une branche de sapin me cachant le cercueil, je me croyais à une fête de famille pour l'anniversaire d'un grand-papa! La famille était entre elle, ni pompes funèbres, ni évêque, ni personnalités, ni journalistes, ni écrans TV. On avait tout son temps. En vérité des heures d'éternité. Jamais, jamais je ne pourrais les oublier ! Moi qui pleure si rarement, je n'ai cessé de pleurer devant la paisible beauté, la sérénité paisible, presque joyeuse de cette réunion d'une famille autour de son père. Le ciel effleurait doucement notre terre.

Un père au coeur de sa famille.

Je pensais à la tristesse de tant de Congrégations historiques ou de communautés nouvelles, où le fondateur, tôt ou tard est gentiment, ou brutalement, prié de s'éloigner. Quelle beauté qu'une famille religieuse qui peut entourer dans l'amour, jusqu'au bout son Père, qui répond au " meurtre freudien du père ", par une sollicitude amoureuse d'enfants. Soyez bénis, frères et soeurs tant aimés, d'avoir si merveilleusement gardé votre père comme le coeur même, le coeur palpitant, de votre Communauté jusqu'au-delà de sa Pâques. Je demande au Seigneur que toutes les communautés, classiques ou nouvelles, puissent vivre d'une manière aussi fervente que paisible, le départ de leur père ou mère, demeurant jusqu'au bout l'âme de leurs famille, même et surtout après qu'ils se soient désistés de leur charge de gouvernement.

Ses dernières années ont été une admirable illustration de cette possibilité. La paternité/maternité initiale, fondatrice - et fondamentale - d'une oeuvre dans l'Eglise, est une réalité spirituelle tellement plus grande que la gérance, le " supériorat " ou la modération générale, des congrégations ou communautés. Elle n'est pas de l'ordre de la direction, mais de l'orientation (la direction finale). Pas de l'administration mais de la dilection. Pas de l'autorité mais de l'intériorité. Elle ne dépend pas d'abord des capacités à faire et à faire faire, mais de la disponibilité à être un coeur qui aime, une âme qui insuffle l'esprit, l'Esprit, un être qui donne du dedans un élan. Elle ne relève pas d'abord du ministère mais du mystère. Elle n'est pas le résultat d'une élection, mais le fruit d'un don. Elle n'est pas choisie. Elle est reçue... des mains de Dieu. De son Coeur. Dans la joie et la gratitude des enfants qui savent ce qu'accueillir veut dire.

Un rayon de la beauté du Visage du Christ.

A la grande Pentecôte des communautés nouvelles à Rome, l'année du Saint Esprit (1998), notre Jean-Paul II évoquait " cette affinité spirituelle entre les personnes et cette amitié dans le Christ [amitié spirituelle tant chanté par le Père Marie-Dominique] qui est à l'origine des mouvements " et cette " mystérieuse attraction exercée par les fondateurs sur ceux qui se laissent entraîner dans leur expérience spirituelle ". Et lors de la dernière Pentecôte des communautés nouvelles à Rome, notre cher Benoît nous écrivait : " Vous êtes des rayons de la beauté du Christ, rayonnant sur le visage de son Épouse, l'Église ". Pour moi, Saint-Jean est un de ces plus purs lumineux rayons. Un soir, dînant avec une de ses amies les plus intimes - qui me l'a rapporté quelques jours plus tard - notre grand Jean-Paul II s'est exclamé tout d'un coup : " Heureusement que nous avons aujourd'hui encore des prophètes comme... le père Marie-Dominique Philippe ! "

Comment ne pas lui dire, avec Benoît XVI le lui répétant avec tant d'affection et de reconnaissance, lors de l'audience des 30 ans de la Famille Saint-Jean en février dernier : " Merci, Père, merci de tout ce que vous avez fait ".

Marie-Do, frère et Père plus aimé encore qu'admiré, j'entends résonner tes paroles lors d'une homélie aux Oblats en ce Paray le Monial que tu aimais tant, le 23 octobre dernier : " Dans le Ciel nous serons tous avec Jésus dans une unité parfaite, et cette unité doit se réaliser dès cette terre... Les Anges qui nous voient, nos parents et nos amis qui sont déjà dans le Ciel et qui nous voient ici [et maintenant toi-même parmi eux qui nous vois] vivant ensemble le même sacrifice du Christ, communiant tous au Corps du Christ, doivent tous dire à Jésus : Comme ils s'aiment ! " Parce que tu as été " fidèle jusqu'au bout de cette fidélité qui provient de l'amour ", alors tu as part à cette "victoire paisible, cette victoire divine, cette victoire de la Croix en ton coeur. " A ta victoire, donne-nous part pour " être fort dans n'importe quel combat ".

Tu n'auras plus jamais 94 ans. Tu es entré dans tes 18-20 ans éternels. Avec ton frère d'âme et de coeur, Jean-Paul II, tu danses la ronde des enfants avec les Anges, comme ton cher Fra Angelico l'a illustré pour toutes les générations. Bientôt (pas trop vite j'espère) vous serez tous les deux rejoints par cet autre prophète d'une Vérité à faire aimer, d'une étoile à faire resplendir : notre Benoît XVI. Quel trio vous allez former ! Quelle valse de Mozart vous allez danser ! Devant le trône de cet Agneau que vous avez suivi partout, jusqu'au bout de l'Amour.

Daniel-Ange

8 septembre, anniversaire de sa naissance sur terre

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