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Intervention de Mgr. Ricard, 5° Rencontre mondiale des familles à Valence - 7 juillet 2006

Mgr RicardLa Pastorale de la Famille et de la Vie en Europe

LA PASTORALE DE LA FAMILLE ET DE LA VIE EN EUROPE

5° Rencontre mondiale des familles à Valence - Vendredi 7 juillet 2006

Parler de la pastorale de la famille et de la vie en Europe en 15 minutes est une véritable gageure. Je vais essayer d'en relever le défi mais pardonnez-moi si mon exposé vous paraît quelque peu rapide, allusif ou incomplet. Le texte que j'ai remis pour les Actes de ce Colloque est, lui, volontairement plus développé.

1 - LES DEFIS

La pastorale de la famille et de la vie qui se développe aujourd'hui en Europe se veut une réponse aux profonds bouleversements qui ont marqué l'institution familiale et la défense de la vie dans les pays européens depuis une quarantaine d'années. En effet, la famille et la vie sont deux aspects de l'existence humaine qui ont été grandement fragilisés par des développements technologiques inédits et par de profonds changements culturels.

On est ainsi passé du problème du divorce à celui des "unions de fait", du problème de l'infertilité de certains couples à celui de l'embryon humain traité comme matériel de laboratoire ou sélectionné selon les attentes ou les désirs des parents, des questions tournant autour de la pilule contraceptive dite combinée à la banalisation de la pilule abortive. La légalisation de l'avortement s'est rapidement étendue à presque toute l'Europe. On en est arrivé à mettre en doute le bien de la famille en opposant à celle-ci d'autres "modèles". On plaide aujourd'hui pour la reconnaissance de ce que les sociologues désignent comme « les différents modèles de nuptialité. » A côté de ce qui est appelé « la famille traditionnelle ou bourgeoise, à savoir un homme marié à une femme et tous les deux ayant des enfants », on parle de « famille homosexuelle », de « famille recomposée » ou de famille « monoparentale ». Certains courants plaident très fort pour l'union ou le mariage entre personnes du même sexe et pour la possibilité par elles d'adopter des enfants. L'approche est subjective. On proclame très fortement qu'il ne doit pas y avoir de discrimination entre les individus. Chacun a le droit de vivre selon ses inclinations sexuelles. La législation, pense-t-on, doit le permettre. Il n'y a plus pour le législateur de normes objectives, le critère de la moralité devenant ce que la majorité d'une population affirme comme devant s'imposer à tous dans un moment et une société donnés. Qui ne voit que cette majorité peut changer, qu'on peut la faire bouger et que dans ce contexte, elle reste très perméable au travail de lobbying de certains groupes de pression qui savent particulièrement bien se servir des médias.

Les résultats de ces évolutions marquent fortement nos pays d'Europe, en particulier de l'Europe de l'Ouest. D'où les constatations qui peuvent être faites :

- baisse du nombre de mariages et du taux de nuptialité

- augmentation du nombre de jeunes qui cohabitent avant le mariage, allongement de la durée de la cohabitation et augmentation du nombre d'enfants nés hors mariage

- fragilité croissante de la stabilité et de la fidélité des couples

- acceptation et quasi-fatalisme devant le divorce

- augmentation des « unions de fait » et encadrement juridique de ces unions par l'Etat, introduit récemment dans plusieurs pays d'Europe (« Cohabitation légale », « PACS », mariages entre personnes du même sexe)

- dissociation entre union sexuelle et procréation

- baisse de la natalité avec ses conséquences démographiques

- recherche de la fabrication de l'enfant parfait

- sélection possible des embryons et recherches médicales autorisées dans certains pays sur les embryons surnuméraires.

Cette évolution s'inscrit dans un processus de forte sécularisation qui a touché un certain nombre de pays européens dont la France. Ce processus s'est traduit par l'éloignement d'une partie de la population par rapport à l'appartenance ecclésiale, à la foi chrétienne. Nos pays ont été marqués par une grave crise de transmission entre les générations. Cela a affaibli une référence aux valeurs chrétiennes et à la culture religieuse.

2 - LES REALISATIONS DE LA PASTORALE DE LA FAMILLE ET DE LA VIE EN EUROPE

La pastorale de la famille et de la vie a voulu relever ces défis avec détermination et espérance, consciente de la richesse de l'expérience chrétienne et de la nécessité de partager à tous les hommes sa vision de la famille et la Bonne nouvelle dont elle est porteuse.

2.1 Mettre au centre la pastorale de la famille

Rappelons tout d'abord que si la préoccupation pastorale pour la famille a toujours marqué l'Eglise, en particulier en Europe, l'émergence d'une pastorale spécifique pour répondre aux défis croissants touchant la famille et la vie en Europe s'est précisée à partir du Synode des Evêques qui s'est réuni en octobre 1980 sur « les devoirs de la famille chrétienne dans le monde d'aujourd'hui ». Les propositions de ce synode, confiées par le pape Jean-Paul II au Conseil pontifical pour la Famille qui venait d'être créé (9 mai 1981), ont abouti au document postsynodal Familiaris consortio (22 novembre 1981) C'est cette exhortation apostolique qui a constitué le document de base et aussi la charte de la pastorale familiale renouvelée. Celle-ci a commencé dès lors à se diffuser dans tous les diocèses d'Europe, avec la création de multiples comités, commissions ou services pour la pastorale familiale établis par les Conférences épiscopales des différents pays.

Le pape Jean-Paul II est souvent intervenu pour souligner l'importance de cette pastorale de la famille et de la vie et la recommander comme un des axes d'une nouvelle évangélisation. Il écrivait dans sa lettre apostolique Novo Millenio Ineunte, 6 janvier 2001 n° 47 : « Une attention spéciale doit être portée à la pastorale de la famille, d'autant plus nécessaire dans un moment historique comme le nôtre, où l'on enregistre une crise diffuse et radicale de cette institution fondamentale... Il faut... faire en sorte que, par une éducation évangélique toujours plus complète, les familles chrétiennes donnent un exemple convaincant de la possibilité d'un mariage vécu de manière pleinement conforme au dessein de Dieu et aux vraies exigences de la personne humaine. »

Vu les défis qui touchent aujourd'hui la famille et la vie en Europe, il est décisif de donner une place centrale à la pastorale familiale, non pas comme une des dimensions particulières de la pastorale à côté d'autres mais comme un élément fondamental qui touche tous les autres domaines de la pastorale. Pour être plus efficace, la pastorale de la famille doit pouvoir se développer à la façon d'un réseau de relations, associant à son travail tous les acteurs des différents domaines de la pastorale.

On trouve cette centralité de la pastorale de la famille et de la vie dans différents Directoires de la Pastorale Familiale, en particulier le Direttorio di Pastorale Familiare per la Chiesa in Italia publié par la Conférence épiscopale italienne en 1993, très complet, le Directoire de Pastorale Familiale, publié par l'Eglise en Espagne et les différents textes de la COMECE, en particulier le document Plaidoyer pour une stratégie européenne pour la famille (2005) et le document de travail du secrétariat de la COMECE Une stratégie familiale pour l'union européenne. Encourager l'Union à faire de la famille une priorité. (2004)

2.2 Evangéliser la réalité familiale et soutenir les familles

La première tâche que doit se fixer une pastorale de la famille et de la vie est d'aider les couples et les familles à s'ouvrir au don de Dieu et accueillir la vision évangélique du couple et de la vie familiale. Les chrétiens ont à témoigner de la réalisation d'une promesse qui donne goût à la vie. C'est l'expérience d'être aimés personnellement par Dieu, d'être pardonnés, d'être soutenus par la fidélité même de Dieu qui fonde l'amour conjugal et l'amour familial. Il faut aider la famille à devenir ce qu'elle est : une petite Eglise domestique, un lieu où on apprend à être aimé et à aimer, à vivre la communion dans la différence, à s'initier à l'expérience de foi avec tout ce que cela comporte.

La pastorale familiale dans la plupart des pays européens a voulu ainsi soutenir le mariage, ceux qui s'y engagent et ceux qui le vivent. Je pense à tout ce qui a été fait pour la préparation au mariage (Centres de préparation au mariage), l'aide psychologique et spirituelle apportée aux personnes mariées, le soutien par les mouvements de spiritualité, les propositions des communautés nouvelles en direction des couples, le soutien des veuves, des personnes séparées, des divorcés qui veulent rester fidèles à leur conjoint, aux divorcés remariés. On a cherché à soutenir les femmes confrontées à une décision d'avortement : soutien matériel, psychologique et spirituel.

On assiste depuis quelques années à une redécouverte du sacrement de mariage et à une présentation renouvelée de la Bonne nouvelle évangélique concernant le mariage. Avec le Christ et l'aide de son Esprit, il est possible de fonder un couple pour la vie, de tenir dans la durée, de vivre une réelle fidélité. Le témoignage des couples eux-mêmes est dans ce domaine irremplaçable. Cette foi et cette espérance peuvent être reçues par tous ceux pour qui tiennent dans nos sociétés aux valeurs familiales. Ils sont bien plus nombreux qu'on ne croit. N'oublions pas que la valeur « Famille » reste au hit parade des valeurs plébiscitées par les français. Tous les sondages le révèlent.

Enfin, beaucoup de paroisses constatent que devant le peu de contacts de beaucoup de fiancés avec l'Eglise et avec la foi chrétienne (un des deux fiancés souvent n'est pas catéchisé et parfois pas baptisé...) la préparation au mariage peut être alors un lieu de réelle première évangélisation, un lieu où peut être proposée une première initiation ecclésiale. Cela est exigeant. Cela demande un plus grand investissement que de préparer simplement une célébration. Mais l'enjeu apostolique en vaut vraiment la peine. Ceux qui ont pris ces initiatives apostoliques nouvelles peuvent en témoigner.

2-3 Promouvoir la place singulière du mariage et de la famille dans notre société. Veiller au respect de la vie.

Dans notre promotion du mariage et de la famille nous ne témoignons pas d'une vision purement confessionnelle du mariage et de la famille, d'une vision qui ne s'adresserait qu'aux catholiques. Nous savons que nous sommes porteurs d'une vision de la personne, du mariage et de la famille qui s'inscrit dans le dessein de Dieu sur l'humanité et concerne tout homme.

Il est du devoir de l'Eglise et des chrétiens de se mobiliser pour promouvoir et défendre le vrai bien de l'homme. Voici quelques insistances soulignées par la pastorale de la famille et de la vie ces dernières années en Europe.

- le respect de la place singulière de l'institution familiale et du mariage comme cellule première et fondamentale de la société

- le refus de la relativisation de ce modèle par ceux qui prônent l'équivalence d'autres modes de nuptialité

- l'invitation à réfléchir sur la stabilité, la fidélité et les moyens à prendre pour les vivre.

- l'attention à la prise en compte du bien et des droits de l'enfant qui ont droit à avoir un père et une mère. On parle beaucoup du droit à l'enfant et beaucoup moins du droit de l'enfant.

- le refus de la réification de l'embryon, de la banalisation sociale de l'avortement et de l'ouverture progressive à des pratiques euthanasiques.

Il y a là, non seulement des interventions publiques à faire mais aussi toute une longue formation des consciences à développer, à travers les âges et les différentes situations de la vie. La pastorale de la famille doit toujours avoir une dimension missionnaire. Il ne s'agit pas de créer entre familles catholiques un réseau de défense qui se refermerait sur lui-même. Certes, ces familles ont besoin de tenir, de se soutenir, dans un environnement peu porteur pour la vie conjugale et familiale, mais elles doivent témoigner autour d'elles de la vision de l'homme dont elles sont porteuses et de l'amour qui les fait vivre.

Dans le livre du Deutéronome Dieu dit à son peuple par l'intermédiaire de Moïse : « J'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie pour que vous viviez, toi et ta descendance. » (30, 19) Toute la pastorale de la famille et de la vie est bien là pour redire à tous : choisis la vie, la vraie vie, celle qui ne déçoit pas.

X Jean-Pierre cardinal RICARD
Archevêque de Bordeaux
Président de la Conférencedes Evêques de France Monseigneur Ricard

publié le : 01 janvier 2005

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