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Euthanasie : le bras de fer




par Tugdual Derville
paru dans France Catholique 16 mars 2008

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Cette fois, l'orchestration ne fait plus aucun doute. Le cas de Chantal Sébire, cette femme de 52 ans souffrant d'une tumeur maligne de la face et qui demande le suicide médicalement assisté, est l'objet d'un bras de fer emblématique.


C'est la mobilisation générale de part et d'autre d'une ligne de fracture. Elle sépare les tenants de la lé­­­gislation actuelle (la Loi fin de vie dite Leonetti de 2005) des militants d'une dépénalisation de l'euthanasie. L'offensive appartient à ces derniers. Leur arme fatale  : un visage et l'énergie désespérée d'une femme qui souffre physiquement et moralement. Pour entretenir l'émotion qui risquait de se dégonfler aussi vite qu'elle avait été projetée dans l'actualité, ils ont calculé leur ca­lendrier avec divers re­bondissements

D'abord, c'est l'annonce des contacts établis avec la patiente par l'ADMD et son président, Jean-Luc Romero, en pleine campagne de ce lobby sur les députés. On a du mal à penser que l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité ignorait tout de la situation de Chantal Sébire quand celle-ci s'est exposée médiatiquement sur France-Télévision et auprès de l'Agence France Presse.

Ensuite, c'est le dévoilement d'un projet d'action en justice qu'on annonce « originale »  ; Maître Antonowitcz, vient de la mettre en oeuvre, niant toute idée de « procédure farfelue » ou « fantaisiste ». C'est en délégation et devant les caméras que la patiente, sa fille, son avocat et Jean-Luc Romero sont sortis du tribunal de Dijon le 12 mars. Un juge les avait écoutés. Un verdict était attendu pour le 17 mars.

Jean-Luc Romero, qui s'est fait un nom dans le théâtre médiatique, croit devoir affirmer  : « Je suis confiant ». Cautionner des élucubrations juridiques qui ne convainquent pas les juristes permet d'entretenir le suspens et de préparer les manifestations de colère et de déception que ne manquera pas de provoquer le refus de la justice d'accéder à la demande des plaignants. Leurs réactions seront d'autant plus médiatisées.

La famille Sébire fait d'ail­leurs peine à voir, non seulement à cause de cette maladie qui mine inexorablement la santé et l'apparence de Chantal Sébire, mais aussi par l'instrumentalisation de sa situation qui l'a fait entrer, selon les propres dires de sa fille aînée « dans une spirale » qui, parfois, la « dépasse ». Car toute l'ambivalence sordide d'une certaine pitié s'exhibe désormais dans la presse. On ne s'étonnera pas que France Dimanche titre « Atteinte d'une tumeur insoignable, elle se voit petit à petit transformée en 'monstre' », suivi d'un poignant  : « Par pitié, M. Sarkozy, laissez-moi mourir  ! ».

Même le quotidien Le Monde a fini par s'y mettre en titrant un entretien annoncé en Une  : « Chantal Sébire, 'littéralement mangée par la douleur', réclame le droit d'anticiper sa mort ».

Face à cette déferlante, le dispositif Leonetti pare les coups avec sang-froid. Même si Bernard Kouchner a jugé la loi "insuffisante", estimant qu'il faudrait la "compléter", plusieurs autres ministres, à commencer par le premier d'entre eux, appuient les arguments de l'auteur de la loi fin de vie. Jean Leonetti avait expliqué qu'on ne devait pas légiférer sous le coup de l'émotion. Évoquant « le droit à la vie » Rachida Dati a souligné que « la médecine a d'abord pour vocation de sauver la vie ». « à titre personnel, je considère que la médecine n'est pas là pour administrer des subs­tances létales » a ajouté le Garde des Sceaux. François Fillon, tout en s'associant à l'émotion générée chez les Français par la situation de Madame Sébire, reprend finalement la posture de Jean-Pierre Raffarin, son prédécesseur, du temps de l'affaire Humbert, en déclarant  : « Je pense qu'il faut avoir la mo­destie de reconnaître que la société ne peut pas répondre à toutes ces questions ».

Quant à Christine Boutin, mettant en garde contre la « société barbare » vers laquelle nous irions « si l'on fait sauter le verrou » en donnant le droit à une personne de tuer une autre, elle s'est interrogée sur les soins antidouleurs reçus par la patiente. Et, effectivement, c'est sur ce point que convergent les doutes des experts avec, finalement, la suspicion d'une scandaleuse manipulation. Plusieurs médecins que nous avons interrogés se disent dégoûtés par ce qui est affirmé à propos des douleurs de Chantal Sébire. Privés d'accès au dossier médical, ils sentent la médecine prise en otage dans un choix truqué, comme si il n'y avait comme solution que, d'un côté, la mort à petit feu dans d'a­troces souffrances physiques et, de l'autre, l'euthanasie par suicide médicalement assisté.

Or, comme pour l'affaire Humbert, la volonté de « maîtriser la mort », bien compréhensible mais devant laquelle il ne faut surtout pas céder, s'accompagne du refus des solutions so­ciales ou médicales (notamment analgésiques) qui pourraient être proposées. Il semble même que ces propositions sont caricaturées. Dépêché par le président Sarkozy, son conseiller pour la santé, le professeur Arnold Munich a proposé à Chantal Sébire qu'un collège de médecins lui donne un « nouvel avis médical ». Son cas ne serait pas aussi « limite » qu'il est spectaculaire. D'ailleurs c'est le choix de la mort comme dernière liberté pour tous que prône l'ADMD. Quitte à refuser toute proposition d'accompagnement, on somme la médecine de tuer. Déboutée comme prévu lundi, Chantal a prévenu : elle ne fera pas appel, ayant désormais les moyens de se suicider...

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