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Du côté de l'enfant brésilienne - Mgr Rino Fisichella - 15.3.2009


Du côté de l'enfant brésilienne
Mgr Rino Fisichella
Archevêque, président de l'Académie Pontificale pour la Vie
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Il arrive que le débat sur certaines questions se fasse serré, et que les différentes perspectives ne permettent pas toujours de voir à quel point l'enjeu est vraiment grand. C'est le moment où l'on doit regarder à l'essentiel et, pour un instant, laisser de côté ce qui ne touche pas directement au problème.
Le cas, dans sa tragédie, est simple. C'est un enfant de seulement neuf ans - nous l'appellerons Carmen - que nous devons regarder droit dans les yeux, sans détourner même un instant le regard, pour lui faire comprendre combien nous l'aimons. Carmen, à Recife, Brésil, violée de façon répétée par son jeune beau-père, se retrouve enceinte de deux jumeaux et n'aura plus une vie facile. La blessure est profonde parce que la violence entièrement gratuite l'a détruite en profondeur, et lui permettra difficilement à l'avenir de regarder les autres avec amour.

Carmen représente une histoire de violence quotidienne et a fait les unes des journaux uniquement parce que l'archevêque d'Olinda et de Recife s'est hâté de déclarer l'excommunication pour les médecins qui l'ont aidée à interrompre la grossesse.
Une histoire de violence qui, malheureusement, serait passé inaperçue, tellement on s'est habituée à subir chaque jour des faits d'une gravité sans égal, s'il n'y avait eu la rumeur et les réactions suscitées par l'intervention de l'évêque. La violence sur une femme, déjà grave en elle, revêt un relief encore plus déplorable lorsque c'est un enfant qui la subit, avec pour l'aggraver la pauvreté et de la dégradation sociale dans laquelle elle vit.

Il n'y a pas de mot pour condamner de tels épisodes, et les sentiments qui en dérivent sont souvent un mélange de rage et de rancune qui ne s'apaise que quand la justice est réellement rendue, et quand la peine infligée au délinquant impliqué est appliquée.
Carmen devait être avant tout défendue, embrassée, caressée avec douceur pour lui faire sentir que nous étions tous avec elle ; tous, sans aucune distinction.
Avant de penser à l'excommunication il était nécessaire et urgent de sauvegarder sa vie innocente et de la ramener à un niveau d'humanité dont nous, hommes d'Église, devrions être experts et maîtres de l'annonce. Cela n'a malheureusement pas été le cas, et la crédibilité de notre enseignement s'en ressent, qui apparaît aux yeux de beaucoup comme insensible, incompréhensible et privé de miséricorde.

C'est vrai, Carmen portait en elle d'autres vies innocentes comme la sienne, même si elles étaient fruit de la violence, et qui ont été supprimées ; cela, toutefois, ne suffit pas pour porter un jugement tranchant comme une hache. Dans le cas de Carmen, la vie et la mort se sont heurtées. À cause de son très jeune âge et de conditions de santé précaires, sa vie était mise en sérieux danger par la grossesse en cours.
Comment agir dans ce cas ? Décision ardue pour les médecins, et pour la loi morale elle-même. Des choix comme celui-ci, même dans une "casuistique" différente, se répètent quotidiennement dans les salles de réanimation et la conscience du médecin se retrouve seule avec elle-même dans l'acte de devoir décider ce qu'il convient de faire.

Personne, de toute façon, n'arrive à une décision de ce genre avec désinvolture ; il est injuste et offensant de seulement le penser. Le respect dû au caractère professionnel du médecin est une règle qui doit impliquer chacun, et ne peut pas permettre d'arriver à un jugement négatif sans avoir auparavant considéré le conflit qui s'est créé au fond de lui. Le médecin porte avec lui son histoire et son expérience ; un choix comme celui de devoir sauver une vie, tout en sachant qu'on en met une deuxième à grand risque, n'a jamais été vécu avec facilité. Certes, certains s'habituent aux situations au point de ne plus éprouver d'émotion ; dans ces cas, le choix d'être médecin est réduit au seul métier vécu sans enthousiasme et subi passivement.

Carmen a proposé un cas moral parmi des plus délicats ; le traiter de façon expéditive ne rendrait justice ni à sa fragile personne ni à ceux qui sont impliqués à différents titres dans l'événement. Comme chaque cas individuel et concret, de toute façon, il mérite d'être analysé dans sa particularité, sans généralisation.
La morale catholique a des principes qu'on ne peut négliger, même si on le voulait. La défense de la vie humaine depuis sa conception en fait partie, et se justifie par la sacralité de l'existence. Chaque être humain, en effet, depuis le premier instant porte imprimée en lui l'image du Créateur, et pour cela nous sommes convaincus que la dignité et les droits de chaque personne doivent lui être reconnus, et premier parmi tous celui de son intangibilité et de son inviolabilité.

L'avortement provoqué a été toujours condamné par la loi morale comme un acte intrinsèquement mauvais et cet enseignement demeure inchangé depuis les premiers jours de l'Église. Le concile Vatican II, dans Gaudium et spes - document de grande ouverture et perspicacité en référence au monde contemporain - emploie de manière inattendue des mots sans équivoque et très durs contre l'avortement direct. Même la collaboration formelle constitue une faute grave qui, lorsqu'elle est réalisée, met automatiquement hors de la communauté chrétienne. Techniquement, le Code de droit canonique emploie l'expression latae sententiae pour indiquer que l'excommunication se réalise dans l'instant même où le fait se produit.
Retenons qu'il n'y avait nul besoin de tant d'urgence et de publicité pour déclarer un fait qui se réalise de manière automatique.
Ce dont on ressent le plus grand besoin en cet instant, c'est d'un témoignage de proximité avec ceux qui souffrent, un acte de miséricorde qui, tout en maintenant fermement le principe, est capable de regarder au-delà de la sphère juridique pour rejoindre ce que le droit lui- même prévoit comme but de l'existence : le bien et le salut de ceux qui croient en l'amour du Père et de ceux qui accueillent l'évangile du Christ comme les enfants que Jésus appelait auprès de lui et prenait dans ses bras en disant que le règne des cieux appartient à ceux qui sont comme eux.

Carmen, nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvé, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l'amour dont tu auras encore plus besoin. Ce sont d'autres qui méritent l'excommunication, et notre pardon, pas ceux qui t'ont permis de vivre et t'aideront à retrouver l'espoir et la confiance. Malgré la présence du mal et la méchanceté de beaucoup.

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