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cinéma : "Les Bureaux de Dieu", ou la culture de mort au guichet - 6.11.2008


Décryptage
Cinéma
"Les Bureaux de Dieu", ou la culture de mort au guichet
6 novembre 2008 | Père Etienne Kern*


Dans les salles depuis le 5 novembre, le film Les Bureaux de Dieu fait l'apologie du Planning familial, et de sa seule préoccupation: promouvoir l'avortement.

REALISEE par Claire Simon, ce long flash publicitaire a reçu le prix SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) de la Quinzaine des réalisateurs.

Il s'agit d'une fiction documentaire sur le quotidien de cinq conseillères du Planning Familial, à travers les différents entretiens qu'elles peuvent avoir. Des jeunes filles, ou des femmes, viennent parler et s'informer à propos de la contraception, l'avortement, etc. Cette longue succession d'échanges - plus de deux heures - a été réalisée à partir d'entretiens véritables qui eurent lieu entre 2000 et 2007. Les conseillères sont interprétées par de grandes actrices françaises (Nathalie Baye, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Béatrice Dalle, Marie Laforêt), tandis que les femmes qui sollicitent les conseils du PF sont jouées par des comédiennes qui apparaissent pour la première apparition à l'écran.

Ce documentaire est utile pour mieux connaître les situations auxquelles peut être confronté le PF, ainsi que le type d'écoute et d'aide apportées. Le documentaire est assez fidèle à ce qui se vit et se dit au PF ; à ce titre, il est donc très instructif.

On y découvre une vraie sensibilité et un vrai savoir-faire pour écouter. Ainsi, par exemple, la gestion du silence très bien mise en valeur dans le film. La diversité et la complexité des situations y sont très bien rapportées : des mineures qui veulent des contraceptifs ou avorter sans que les parents le sachent ; des femmes qu'une nouvelle grossesse n'arrange pas ; un jeune musulman qui veut savoir si sa copine est vierge ; une femme mariée enceinte d'un amant violent ; une prostituée qui avorte pour la troisième fois, enceinte d'un même homme, etc. On y perçoit un vrai souci des personnes (alors que la répétitivité des situations doit être usante) et le souci de pointer les vrais problèmes sous-jacents aux difficultés immédiates.

C'est cette capacité à « atteindre l'émotion juste face à ces destins de femmes », pour reprendre les termes du communiqué de presse de la SACD, qui a justifié, ses yeux, le prix reçu.

Idéologie

Toutefois, ce film pose problème : non content de rapporter fidèlement l'idéologie du Planning familial, il en assure surtout la promotion, sans aucun regard critique. Ce film grand public - même s'il ne devrait pas attirer les foules, vu le sujet relativement austère - présente en détail les méthodes de contraception : par piqûre, le stérilet, le préservatif. Une longue séquence explique toutes les procédures à suivre pour aller avorter en Espagne au-delà de douze semaines : la description du voyage dans tous les détails, le nom de la clinique, le prix, etc. En sortant du film, il ne manque plus que les horaires des trains !

Dans ce film, il est considéré comme normal, voire recommandé, que les parents ne soient pas mis au courant des choix de vie sexuel et contraceptif de leurs enfants mineurs. Sous prétexte de protéger les jeunes, la responsabilité éducative est purement et simplement déniée aux parents. Relevons également que la place de l'homme est marginale dans cet univers quasi exclusivement féminin, comme si les questions de la fécondité et de l'accueil de la vie ne relevaient que de la femme seule.

Au-delà de l'idéologie qu'il promeut, le film est également nuisible par ses omissions. Il n'aborde jamais la question de l'éducation à la vie sexuelle et affective : les conseillères se contentent d'apporter une réponse immédiate (contraception et avortement) aux problèmes rencontrés, sans évoquer ou traiter les causes profondes du désordre affectif des jeunes. À aucun moment le film ne traite du statut de l'enfant, ni les raisons pour lesquelles les femmes oublient de prendre la pilule (alors que cela arrive à de nombreuses reprises au cours du documentaire).

Ainsi, quand une femme qui va avorter s'interroge : « Comment vais-je vivre avec ça après ? », aucune réponse ne lui est apportée par la conseillère. Cette question serait-elle trop délicate, ou gênante, voire tabou ? Le site Internet de SOS-grossesse est ridiculisé, tandis que la recherche d'une alternative à l'avortement (trouver une maison d'accueil) est présentée comme inutile, puisque avorter suffirait à « régler le problème ». Enfin, les risques médicaux liés à l'avortement sont niés.


L'absence de Dieu

Il est important que les éducateurs, et à premier titre les parents, soient informés exactement du contenu de ce film et de l'idéologie qui la sous-tend. Si l'humanité de l'accueil et de l'écoute est indéniable, on ne peut sous-estimer la nocivité d'une présentation unilatérale d'une institution, dont les ambiguïtés ne sont jamais évoquées.

Pour conclure, comment ne pas s'interroger sur le titre : Les Bureaux de Dieu, d'un film où Dieu, justement, y est étrangement absent ? N'est-ce pas révélateur d'une volonté explicite de se substituer à toute autre autorité morale ou religieuse, de revendiquer le monopole de l'humanité et du droit à conseiller les jeunes et les femmes sur les questions cruciales de la fécondité et de l'accueil de la vie ?


*Le père Etienne Kern est prêtre du diocèse de Paris, Communauté de l'Emmanuel.



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