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Avant le G8, le Pape écrit à Berlusconi

Publiée le 01-07-2009

Honorable Monsieur le Président,

En vue du prochain G8 des Chefs d'État et de Gouvernement du Groupe des Pays les plus industrialisés, qui se déroulera à l'Aquila du 8 au 10 Juillet sous la Présidence italienne, il m'est agréable de vous adresser un salut cordial à vous et à tous les participants. Je saisis volontiers l'occasion pour offrir une contribution à la réflexion sur les thématiques de la rencontre, comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire dans le passé. J'ai été informé par mes collaborateurs de l'engagement avec lequel le Gouvernement, que vous avez l'honneur de présider, se prépare à cet important rendez-vous, et je sais quelle attention vous réservez aux réflexions, que, sur les thématiques du Sommet imminent, le Saint Siège, l'Église Catholique en Italie et le monde catholique en général ont formulées, ainsi que les Représentants d'autres religions.

BerlusconiLa participation de Chefs d'État ou de Gouvernement, non seulement du G8 mais de beaucoup d'autres Nations, fera en sorte que les décisions à adopter, pour trouver des solutions partageables sur les principaux problèmes qui pèsent sur l'économie, la paix et la sécurité internationale, puissent refléter plus fidèlement les points que vue et les attentes des populations de tous les Continents. Cette participation élargie aux discussions du Sommet prochain apparaît par conséquent plus que jamais opportune, en tenant compte des multiples problématiques du monde actuel, hautement interconnecté et interdépendant.

Je me réfère, en particulier, aux défis de la crise économico financière en cours, ainsi qu'aux données préoccupantes du phénomène des changements climatiques, qui ne peuvent que pousser à un sage discernement et à de nouveaux projets pour « convertir » le modèle de développement global » (cf Angelus du 12 novembre 2006), le rendant capable de promouvoir, de manière efficace, le développement humain intégral, inspiré aux valeurs de la solidarité humaine et de la charité dans la vérité.

Quelques-unes de ces thématiques sont abordées aussi dans ma troisième Encyclique Caritas in veritate, qui sera présentée à la presse dans les jours qui suivent.

En préparation au Grand Jubilée de l'an 2000, sur l'impulsion de Jean Paul II, le Saint Siège a prêté une grande attention aux travaux du G8. Mon vénéré Prédécesseur était en effet persuadé que la libération des Pays les plus pauvres du fardeau de la dette et, plus généralement, le déracinement des causes de la pauvreté extrême dans le monde, dépendaient du plein engagement des responsabilités solidaires vis-à-vis de toute l'humanité qu'ont les Gouvernements et les États économiquement les plus avancés. Des responsabilités qui ne se sont pas amenuisées, mais qui au contraire sont devenues aujourd'hui encore plus pressantes. Dans le passé récent, en partie grâce à l'impulsion que le Grand Jubilée de 2000 a donné à la recherche de solutions adaptées aux problématiques relatives à la dette et à la vulnérabilité économique de l'Afrique et d'autres Pays pauvres, en partie grâce aux considérables changements dans le scénario économique et politique mondial, la majorité des Pays les moins développés a pu jouir d'une période d'extraordinaire croissance, qui a permis à beaucoup d'eux d'espérer l'obtention de l'objectif fixé par la Communauté internationale au seuil du troisième millénaire, c'est-à-dire celui de vaincre la pauvreté extrême en 2015.
Malheureusement, la crise financière et économique, qui investit la Planète tout entière dès le début de 2008, a changé le panorama, de sorte que non seulement le risque que s'éteignent les espoirs de sortir de la pauvreté extrême s'est éteint, mais qu'au contraire des populations jusqu'à présent bénéficiaires d'un minimum de bien-être matériel tombent aussi dans la misère.

En outre, la crise économique mondiale actuelle comporte la menace de l'effacement ou de la réduction drastique des plans d'aide internationale, spécialement en faveur de l'Afrique et des autres Pays économiquement moins développés. Et par conséquent, avec la même force avec laquelle Jean Paul II demanda la rémission de la dette étrangère, je voudrais aussi faire appel aux Pays membres du G8, aux autres États représentés et aux Gouvernements du monde entier, afin que l'aide au développement, surtout celui destiné « à valoriser » la « ressource humaine », soit maintenu et augmenté, non seulement malgré la crise, mais justement parce que c'est une des principales voies de solution.

N'est-ce pas en effet en investissant sur l'homme - sur tous les hommes et les femmes de la Terre - qu'on pourra réussir à éloigner de manière efficace les perspectives préoccupantes de récession mondiale ? N'est-ce pas en vérité la route pour obtenir, autant que possible, une marche de l'économie mondiale au bénéfice des habitants de chaque Pays, riche et pauvre, grand et petit ?

Le thème de l'accès à l'éducation est intimement lié à l'efficacité de la coopération internationale. S'il est vrai qu'il faut « investir » sur les hommes, l'objectif de l'éducation de base pour tous, sans exclusions, en 2015, non seulement doit être maintenu, mais même généreusement renforcé.

L'éducation est la condition indispensable pour le fonctionnement de la démocratie, pour la lutte contre la corruption, pour l'exercice des droits politiques, économiques et sociaux et pour la reprise effective de tous les États, pauvres et riches. Et en appliquant correctement le principe de subsidiarité, le soutien au développement ne peut pas ignorer l'action éducatrice diffuse qu'accomplissent l'Église catholique et d'autres confessions religieuses dans les régions les plus pauvres et abandonnées du Globe.

Aux illustres participants à la rencontre du G8, il me tient aussi à cœur de rappeler que la mesure de l'efficacité technique des mesures à adopter pour sortir de la crise coïncide avec la mesure de leur valeur éthique. Il faut garder à l'esprit les exigences humaines et familiales concrètes : je me réfère, par exemple, à la création effective de postes de travail pour tous, qui permettent aux travailleurs de pourvoir dignement aux besoins de leur famille, et d'assumer la responsabilité primordiale qu'ils ont dans l'éducation de leurs enfants et d'être protagonistes dans les communautés dont ils font partie.

« Une société dans laquelle ce droit est systématiquement nié, - écrivit Jean Paul II - dans laquelle les mesures de politique économique ne permettent pas aux travailleurs d'atteindre des niveaux d'emploi satisfaisants, ne peut atteindre ni sa légitimité éthique ni la paix sociale » (Centesimus Annus, 43 ; cf. Id., Laborem exercens, 18). Et c'est justement dans ce but que s'impose l'urgence d'un système commercial international équitable, portant à leur réalisation - et si nécessaire allant même et au-delà - les décisions prises à Doha en 2001, en faveur du développement.
Je souhaite que chaque énergie créatrice soit employée pour assumer les engagements pris au Sommet de l'ONU du Millénaire concernant l'élimination de l'extrême pauvreté en 2015.
Il est juste de réformer l'architecture financière internationale pour assurer la coordination efficace des politiques nationales, évitant la spéculation de crédit et garantissant une large disponibilité internationale du crédit public et privé au service de la production et du travail, spécialement dans les Pays et dans les régions les plus défavorisés.

La légitimation éthique des engagements politiques du G8 exigera naturellement qu'ils soient confrontés avec la pensée et les nécessités de toute la Communauté Internationale. À cette fin, il apparaît important de renforcer le multilatéralisme, non seulement pour les questions économiques, mais pour la totalité des thématiques concernant la paix, la sécurité mondiale, le désarmement, la santé, la sauvegarde de l'environnement et des ressources naturelles pour les générations présentes et futures. L'élargissement du G8 à d'autres régions constitue sans aucun doute un important et significatif progrès ; toutefois, lors de la négociation et des décisions concrètes et opérationnelles, il faut garder en considération attentive toutes les instances, non seulement des Pays les plus importants ou avec un passé économique plus marqué.

Cela seul peut en effet rendre de telles décisions réellement applicables et soutenables dans le temps. Qu'on écoute par conséquent la voix de l'Afrique et des Pays les moins développés économiquement ! Que l'on recherche des modalités efficaces pour relier les décisions des divers regroupements des Pays, y compris le G8, à l'Assemblée des Nations Unies, où chaque Nation, quel que soit son poids politique et économique, peut légitimement s'exprimer dans une situation d'égalité avec les autres.

Je voudrais enfin ajouter combien est significatif le choix du Gouvernement Italien de recevoir le G8 dans la ville de l'Aquila, choix approuvé et partagé par les autres États membres et invités. Nous avons tous été témoins de la généreuse solidarité du Peuple italien et d'autres Nations, d'Organismes nationaux et internationaux envers les populations des Abruzzes frappées par le séisme. Cette mobilisation solidaire pourrait constituer une invitation pour les membres du G8 et pour les Gouvernements et les Peuples du monde à affronter unis les actuels défis qui se posent impérativement à l'humanité face à des choix décisifs pour le destin même de l'homme, intimement associé avec celui de la création.

Honorable Monsieur le Président, pendant que j'implore l'assistance de Dieu sur toutes les personnes présentes au prochain G8 de l'Aquila et sur les initiatives multilatérales entendues pour résoudre la crise économico-financière et garantir un avenir de paix et de prospérité pour tous les hommes et les femmes sans aucune exclusion, je saisis volontiers l'occasion pour vous renouveler mon estime et, en vous assurant de ma prière, je vous adresse mes salutations déférentes et cordiales.

Du Vatican, 1er Juillet 2009
BENEDICTUS PP. XVI

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