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L'idéologie de la théorie du genre et Caritas in Veritate - Tony Anatrella

Publiée le 31-08-2010

Deuxième partie de l'entretien accordé par Mons. Tony Anatrella, à Zenit - 31.8.2010

Zenit : Si dans l'idéologie de la théorie du genre on affirme que chacun se construit et invente ses normes ? Que dit Caritas in Veritate à ce sujet ?

Monseigneur Tony Anatrella : Nous sommes en pleine illusion narcissique de croire que l'homme se crée lui-même en étant sa propre référence. C'est le péché de l'esprit par excellence, le péché originel toujours en acte.

Dans Caritas in Veritate, le Saint-Père s'interroge, selon sa formule, sur l'idéologie technocratique qui crée des systèmes de compréhension de l'homme et d'organisation de la société irréalistes et contraires à la fois aux nécessités humaines et au bien commun.

 

C'est pourquoi, le Pape, dans son encyclique, met en garde contre « l'utopie d'une humanité revenue à son état premier de nature » qui est une façon « de séparer le progrès de son évaluation morale et donc de notre responsabilité » (n. 14). Derrière cette idée « d'une humanité revenue à son état premier », se révèle la volonté de déconstruire les rapports économiques au nom de la société marchande mais également les conceptions de l'homme et de la femme, du couple, du mariage, de la famille et de l'éducation des enfants. La vérité de l'homme se trouverait ainsi dans l'indifférencié pour être égaux, en la libérant de tous les modèles et de toutes les représentations, élaborés dans le processus de la civilisation, conçus comme des superstructures qui viennent contrarier des désirs premiers et des exigences de circonstance.

En ce sens, dit le Pape, l'homme n'est plus approché comme un donné offert à lui-même en ayant une ontologie qui lui est propre, mais comme un être qui se crée et se façonne lui-même. Le développement humain, loin d'être une vocation qui naît d'un appel transcendant, et qui a donc déjà un sens, est souvent présenté à travers l'idée que l'homme doit se donner un sens à lui-même. Or, note Benoît XVI, « l'homme est incapable de se donner par lui-même son propre sens ultime » (n. 16). En reprenant Populorum Progressio, il affirme : « Il n'y a donc d'humanisme vrai qu'ouvert à l'Absolu, dans la reconnaissance d'une vocation, qui donne l'idée de la vie humaine ». Sinon l'homme va se penser seul en se mirant en lui-même, sans autre vis-à-vis que son propre narcissisme et sa suffisance, une vision qui caractérise l'esprit païen des sociétés occidentales imprégnées de conceptions égotistes. Les bâtisseurs d'illusions, selon la formule de Jean-Paul II (n. 17), « fondent toujours leurs propositions sur la négation de la dimension transcendante du développement, étant certains de l'avoir tout entier à leur disposition. Cette fausse sécurité se change en faiblesse, parce qu'elle entraîne l'asservissement de l'homme, réduit à n'être qu'un moyen en vue du développement, tandis que l'humilité de celui qui accueille une vocation se transforme en autonomie véritable, parce qu'elle libère la personne » (n.17). Autrement dit, si le sujet humain développe une personnalité particulière, au sens psychologique du terme, il n'est pas à l'origine de son être qui sert de base à son élaboration personnelle et sociale. L'homme devient libre, autonome et vigoureux quand il connait l'origine de son être. Dans cette perspective, la foi chrétienne est une libération puisque le Christ lui révèle sa vérité dans l'alpha et l'oméga. Une « vérité qui libère » (Jn 8, 36-38), et cette vérité, des réalités majeures, permet de s'inscrire dans un développement constant qui est autre chose que le fait de se construire nous dit Benoît XVI.

Mais cette vérité est loin d'être accueillie comme un donné reçu. La vérité est souvent considérée comme une production humaine alors qu'elle est, dans le meilleur des cas, le fruit d'une découverte ou d'une réception (n. 34). Et c'est ainsi que « l'amour dans la vérité place l'homme dans l'étonnante expérience du don » (n. 34). L'homme cultive une mauvaise foi à ne pas reconnaître ce fait et s'enferme dans son autosuffisance, dans une vérité toute faite et convenue. Il veut lutter contre le mal avec ses seules forces et au nom des lois démocratiques qu'il fabrique. Il tente d'ignorer le sens du péché et du mal qui blesse l'homme en imaginant l'éradiquer avec des lois civiles qui parfois ne font que le renforcer. L'homme moderne, souligne le Pape, veut faire coïncider le bien être matériel et social avec le salut, voire le bonheur. En voulant se sauver lui-même, non seulement il se perd et encore davantage il s'épuise dans la dépression en étant incapable de se situer à l'égard de la source de son être.

Zenit : L'idéologie du genre aurait-elle pris la place des autres idéologies défuntes ?

Monseigneur Tony Anatrella : Il faut bien considérer que les Organisations internationales, l'Onu, la Commission européenne et le Parlement de Strasbourg imposent cette nouvelle idéologie dans l'ignorance des citoyens. Je donne de nombreuses conférences sur ce thème en France et à l'étranger, l'auditoire est souvent stupéfait de constater que ces idées se sont infiltrées de façon insidieuse dans les lois civiles, dans les médias, dans les séries télévisées, en milieu scolaire et à l'Université. Les médias français ont ainsi valorisé, de façon démagogique et sans aucun esprit critique, la création d'une Chaire sur le genre à Sciences Po. à Paris au printemps 2010 alors que cette idéologie innerve l'enseignement et les représentations sociales depuis des années. Comme d'habitude l'idéologie à la mode d'une époque ne supporte pas la critique comme dans les années 1950-1960, il était de bon ton, dans les milieux dits intellectuels, de ne pas critiquer le marxisme, mais au contraire de l'honorer dans toutes les disciplines. La plupart des enseignements universitaires en étaient imprégnés.

L'idéologie du genre passe maintenant à travers des lois qui ont pour objectif de créer la réalité sociale. C'est le cheval de Troie et il est trop tard lorsqu'on le découvre. Les Africains veulent être vigilants à ce sujet et leur clairvoyance m'a impressionné lors de mon séjour en Afrique. Ils ont des leçons de réalité et de pensée à nous donner.

L'Occident devrait être plus humble et plus modeste à l'égard des Africains, sinon nous risquons de nous décrédibiliser et de les voir se tourner vers des collaborations avec d'autres pays et d'autres horizons culturels. Les démocraties, pour autant qu'elles soient encore dans cette logique alors que nous sommes à l'ère des lobbies et des dossiers bouclés idéologiquement d'avance, dans de nombreuses instances internationales et européennes, créent souvent des lois (technocratiques) au nom de simples aménagements techniques, comme le ministre de la Justice l'avait dit en France lors du vote du Pacs (1999), alors qu'elles engagent davantage une conception de la vie et modifient le sens des réalités. C'est bien le sens de l'institution du mariage qui en pâti. Le marxisme voulait inventer un homme nouveau, le nazisme un homme pur et la théorie du genre un homme délié de la différence sexuelle : l'homme et la femme sont interchangeables au nom de la fausse valeur de la parité, et les orientations sexuelles pourraient être à l'origine du couple et de la famille. Comment ne pas voir que le nihilisme et le révisionnisme des réalités majeures sont toujours à l'œuvre ?

à suivre

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