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La théorie du genre est le signe le plus problématique des idées actuelles sur l'homme.

Publiée le 31-08-2010

Entretien accordé à Zenit, le 30 août 2010 - 1ère partie

Zenit : L'encyclique Caritas in veritate aborde-t-elle vraiment les problèmes posés par la théorie du genre ?
Mgr Tony Anatrella : La question anthropologique sert de fil rouge à la réflexion de la dernière encyclique du Pape. En effet, au-delà de l'enjeu économique de la crise actuelle, se présente également un enjeu sur le sens de l'homme qui est donc moral et spirituel. Caritas in veritate entend aborder la conception de l'homme qui s'est édifiée ces cinquante dernières années à partir des sciences humaines. L'approche de celles-ci qui, sous le couvert de la science, se présente comme une idéologie qui laisse entendre que l'homme n'est que le résultat de la culture et qu'il se construit indépendamment de la nature humaine et de lois universelles inhérentes à sa condition. La théorie du genre est le signe le plus problématique des idées actuelles sur l'homme.

 

Dans les pays occidentaux, nous sommes justement dans cette déstabilisation anthropologique et donc morale qui déséquilibre le lien social puisqu'on s'attaque au cadre porteur de la société. Elle se réalise dans la dérégulation financière au nom du libéralisme et de l'économie de marché, et dans la dérégulation anthropologique et morale en laissant croire que les normes se créent uniquement dans le consensus. Or ce n'est pas la discussion démocratique qui fait la valeur d'une loi, mais ce qui la fonde. Il y a ainsi des lois qui sont contestables du point de vue anthropologique. Son vote ne lui donne pas nécessairement une valeur morale. Il est du devoir de l'Église de le dire.

Ainsi s'installe un relativisme et un négationnisme des repères objectifs d'une anthropologie. Comment ne pas voir que l'on crée ici une nouvelle forme de violence ? Elle s'exprime à commencer chez les plus jeunes qui ont des difficultés à accéder aux dimensions objectives et symboliques de la relation aux autres et à la société. Chacun s'installe dans le désir d'inventer ses propres codes dans la volonté de les imposer aux autres. C'est le drame et le symptôme de certaines de nos cités. Nous ne sommes plus dans la recherche de normes transcendantes, des principes d'humanité, dans le sens où elles ne dépendent pas du sujet, mais du libre arbitre de l'interprétation aléatoire. Une anthropologie qui a le sens du développement humain, nous dit Benoît XVI, s'inscrit dans la perspective du bien commun qui rend compte de la dimension politique et de la dimension religieuse de l'existence.

Zenit : Ne va-t-on pas reprocher à l'Église, comme au sujet du débat sur les Roms en France, d'intervenir dans le champ politique ? Est-elle vraiment dans son rôle ?

Mgr Tony Anatrella : L'Église est dans son rôle et elle doit intervenir à chaque fois que la dignité de la personne humaine est mise en cause. Durant toute l'histoire, les gouvernants ont parfois eu du mal à accepter son discours et à en tenir compte. De nombreux évêques et prêtres l'ont payé au prix de leur vie. Il y a une incompréhension de la part de l'opinion publique et aussi parfois des responsables politiques quant au rôle de l'Église qui n'a pas à être exclue du débat politique lorsqu'elle rappelle les enjeux pour éveiller les consciences.

Le Christ ne faisait pas autre chose dans l'Évangile lorsqu'il manifestait la vérité de Dieu et révélait celle de l'homme. Il suffit d'écouter les médias qui expriment de nombreuses confusions sur le rôle de l'Église à propos du débat en France sur la question des Roms. Pour certains la séparation entre l'Église et l'État ferait que l'Église n'a pas le droit d'intervenir sur des questions sociales et politiques. Il s'agit d'une erreur de perspective sur le sens même de la laïcité en France. C'est l'État qui est laïc et non pas la société, rappelait en son temps le cardinal Jean-Louis Tauran, puisque celle-ci est traversée par différents courants de pensée.

L'Église n'a donc pas à être maintenue dans la sacristie, comme on intimait au Christ l'ordre de se taire. On oppose également les règles de l'Église à celles de l'État comme l'affirmait le ministre de l'agriculture, Bruno Le Maire, dans le journal La Croix (23 août 2010). « Il y a, dit-il, dans notre pays une règle très importante qui est la séparation de l'Église et de l'État (...). L'Église prend ses postions qui sont dictées par la morale, par ses propres règles, nous, nous sommes les représentants de l'État, nous sommes là pour faire respecter la règle de droit du territoire ». Le ministre devrait revoir ce genre de classification qui est loin d'être pertinente pour la réflexion sur les situations humaines qui concerne tous les citoyens de la cité et toutes les institutions, et relire les classiques en la matière. En s'exprimant ainsi, on cherche à clore autoritairement le débat et on méconnaît le sens réel de la séparation de l'un et de l'autre.

Si l'Église n'a pas vocation à gouverner politiquement la société, il lui revient de s'exprimer, au nom de sa doctrine sociale qui a largement influencé la culture occidentale, sur tous les sujets de société qui conditionnent l'existence humaine. La séparation de l'Église et de l'État porte sur la séparation du pouvoir religieux et du pouvoir politique (au sens de gouverner) et non pas de faire croire qu'il y aurait deux systèmes de pensée opposés et contradictoires afin de penser le bien commun. Les règles politiques seraient ainsi étrangères non seulement aux exigences anthropologiques objectives et, en conséquence, aux règles morales. La création de la loi civile comme la pratique politique révèlent toujours une conception de l'homme qui est en cohérence ou en contradiction avec des principes de raison. La loi civile n'est pas au-dessus des références morales.

Zenit : Le discours de l'Église ne se joue pas contre la raison humaine ?

Mgr Tony Anatrella : Bien sûr que non. De nombreux discours idéologiques et politiques tentent d'échapper aux évidences de la raison humaine. Si le christianisme produit sa propre rationalité issue de l'Évangile, elle n'est pas en contradiction avec la raison des choses lorsqu'elle les pense. La relation à Dieu, comme nous l'enseigne le Christ, est une question d'amour, d'amour de la vérité. Aime-t-on la vérité ? Le Souverain-Pontife le souligne fortement dans son encyclique. C'est d'abord au nom de ces principes de raison, rendant compte de la réalité et éclairée par la révélation chrétienne, que l'Église intervient.

Le Pape Benoît XVI l'avait magnifiquement souligné dans son discours au Collège des Bernardins lors de son voyage apostolique à Paris et à Lourdes (12 septembre 2008). La foi chrétienne s'appuie sur la raison pour discerner le sens de la Parole de Dieu et en tirer toutes les conséquences. Il ne s'agit pas uniquement d'une question religieuse mais de savoir à partir de quelles réalités l'homme se développe en vérité et en justice. L'Église peut donc être entendue aussi bien par des croyants que par des non-croyants. Caritas in veritate est de cette veine quand elle en appelle au sens d'un développement intégral qui ne réduit par l'homme à un objet économique (la société marchande n'a-t-elle pas inventé le concept aliénant de « ressources humaines »), au respect de la dignité de la personne humaine, à l'égalité des personnes qui ne se confond pas à l'égalitarisme des situations et des comportements, au sens du mariage et de la famille fondées uniquement sur la relation constituée entre un homme et une femme, à une prévention contre le SIDA qui ne se limite pas à des mesures sanitaires qui, au lieu d'en appeler à la responsabilité des comportements face au sens de l'amour, laissent supposer que toutes les pratiques sont possibles dans la mesure où l'on se protège, ou encore que la contraception et l'avortement sont des avancées sociales alors qu'elles portent atteinte à la vie humaine et entraînent de sérieux et graves problèmes psychologiques, sociaux, écologiques, démographiques et moraux, et, enfin, l'euthanasie n'est jamais un geste d'amour. L'amour n'inspire pas la mort.

Nous pourrions ainsi égrainer d'autres situations sur lesquelles l'Église cherche à se faire entendre là où on a tendance à minimiser ou à passer sous silence son discours quand il ne convient pas au conformisme plombant des clichés sociaux et des médias. En revanche, le discours de l'Église devient crédible s'il justifie des postions particulières et va dans le sens de certains mouvements d'opinion. Sinon, il est déclaré illégitime par le premier chroniqueur ou contestataire professionnel qui se positionne en magistère contre l'Église et en donneur de leçon au Pape et aux évêques. Bref d'une façon où d'une autre on cherche davantage à instrumentaliser son discours que d'en rendre compte de façon authentique.

En définitive, que dit le Pape dans son encyclique que des responsables politiques devraient lire : les décisions politiques se prennent souvent dans le conditionnement de la société marchande qui impose ses normes économiques (avec la cote du moral des français uniquement basé sur la puissance des achats qui ont été faits durant une période donnée). La société dite libérale, aliénant en fait de plus en plus les subjectivités, entraîne les responsables politiques à s'inspirer d'une vision pragmatique, à gouverner à partir des points aveugles de la société avec des lois de circonstances et sans avoir de principes anthropologiques précis. Les lois démocratiques proviennent souvent de lois prescrites médiatiquement auxquelles se soumettent parfois les gouvernants.

Les médias et les sondages, ayant le pouvoir des images et des discours, s'imposent à tous dans l'immédiateté du temps de l'Internet au détriment du sens de l'histoire et des délais de la maturation des choix politiques. L'histoire qui est de moins en moins enseigné à l'école (on supprime ainsi la présentation des grands personnages et la période de Louis XIV et de Napoléon) donne le sentiment aux jeunes que le temps ne compte pas, seul domine l'instant et l'exotisme de ce qui se passe ailleurs. Comment réfléchir et gouverner sérieusement dans un tel climat de surenchère et « d'excitation médiatique », comme le rappelait récemment le Cardinal Vingt-Trois, en ayant le regard fixé sur l'événement présent et sans aucune distance ? L'Église en appelle à la raison, à la dignité des personnes et des réalités, et à s'inscrire dans une histoire.

Pour certains, l'Église serait généreuse à l'égard des étrangers et des déshérités, et rigide en matière de mœurs (surtout quand on parle du préservatif, de l'homosexualité, du divorce, de l'avortement et de l'eugénisme avec, entres autres, la trisomie 21 quand ce n'est pas l'euthanasie). Elle n'est pas rigide, bien au contraire, elle est libre, lucide et ouverte sur la vie comme l'exige le Christ, puisque c'est toujours au nom du même principe qu'elle intervient et structure sa relation au monde : le respect de la dignité humaine, le respect de l'expression sexuelle qui est une modalité de la relation amoureuse seulement engagée entre un homme et une femme, et le respect de la vie de son commencement à sa fin. Toutes choses contestées, par ailleurs, par la théorie du genre puisque chacun est son propre créateur et pourquoi pas son destructeur et l'exterminateur des vies qui ne sont pas utiles ! Une nouvelle idéologie technocratique et idéaliste tout aussi meurtrissante que les précédentes !

(à suivre)

Propos recueillis par Anita S. Bourdin

 

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